Abdellatif Ouahbi: "Notre parti est comme un volcan prêt à exploser"

Interview de Abdellatif Ouahbi, secrétaire général du Parti authenticité et modernité

Serein, souriant comme à son habitude, le secrétaire général du PAM se veut rassurant: le parti va bien et prépare, confiant, les futures échéances électorales. Les alliances, aucune ligne rouge. Le programme du parti et les listes de ses candidats seront dévoilés d’ici la fin du mois de mai.

Des ONG du Nord accusent le PAM en ce début de mai 2021 de vouloir instrumentaliser le débat sur la légalisation du cannabis à des fins électorales. Qu’en dites-vous?
Au PAM, nous nous interdisons de rentrer dans une polémique pareille pour une raison toute simple: nous n’instrumentalisons rien. Le sujet du cannabis, nous l’avons toujours posé et nous avons appelé, depuis la fondation du parti, à trouver des solutions intelligentes à ce problème. Le cannabis, doit-je le répéter, est un sujet délicat. Il ne s’agit pas d’une question morale pour dire que c’est licite ou illicite. Et quand on avait proposé la légalisation de l’usage du cannabis, loin de nous était l’idée de légaliser la vente et la consommation du haschisch. En même temps, nous sommes convaincus que l’approche sécuritaire et répressive n’est pas la solution. Nous avons suivi les expériences de pays comme l’Afghanistan ou le Liban, où on a mis le feu dans les champs du cannabis. Cela n’a rien donné comme résultat. Donc, il fallait récupérer l’usage du cannabis à des fins légales et productives.

Comme quoi, par exemple?
A titre d’exemple, dans le domaine de la pharmacie, il peut servir dans le traitement des cancers. Il peut aussi être transformé dans l’industrie du cosmétique… Mais l’essentiel de notre approche est de savoir vivre avec cette plante et en tirer profit pour le développement du pays et principalement des régions du Nord. Les spécialistes peuvent avoir des idées dans ce sens. Mais il ne faut pas que la question devienne un sujet électoraliste.

A propos des élections, comment le PAM se prépare-t-il?
Nous nous y préparons normalement: il y a des commissions ad hoc qui ont été mises en place, l’une chargée d’arrêter les listes préliminaires des candidatures, l’autre pour élaborer le programme du parti sous ses différents volets: politique, économique, social et logistique. Pour les candidatures, la commission nationale a pratiquement terminé son travail. Il reste le cadre de validation, qu’on n’a pas encore arrêté: conseil national ou bureau politique? Mais tout cela va être réglé dans les plus brefs délais pour qu’on puisse boucler la liste. La commission logistique et moyens financiers travaille encore elle aussi, alors que celle du programme a terminé sa mission. On va en débattre en interne afin d’annoncer le programme à l’opinion publique vers la fin du mois de mai courant.

Quelles sont les grandes lignes de ce programme?
Nous n’avons pas encore terminé le travail pour vous donner les grandes lignes. Mais il y a des mesures assez audacieuses en matière du social, de la fiscalité, de l’emploi, de la mise à niveau de la santé et j’en passe. L’objectif est d’élaborer un programme qui tienne compte de la situation actuelle exceptionnelle, marquée par la crise sanitaire. Autrement dit, un programme pour la relance de l’économie.

Verra-t-on de nouveaux visages parmi les candidats ou uniquement les anciens qui vont rempiler pour un nouveau mandat?
Quand on a commencé la réflexion sur les préparatifs des futures échéances électorales, mon objectif a été d’avoir 50% de nouveaux candidats. Malheureusement, nous ne sommes pas parvenus à cette barre, mais nous aurons entre 20 et 30 nouvelles figures, ce qui n’est pas rien. Une importance particulière accordée aux jeunes et aux femmes.

En pleins préparatifs des élections, il y a eu des démissions des rangs du parti, notamment dans le Nord en guise de protestation contre le coordinateur régional… Comment il est réellement, l’état du parti?
Le parti se porte bien. Il y a des frictions, des problèmes et je ne sais quoi encore, mais la direction est là pour régler cela. Notre parti est comme un volcan prêt à exploser. A charge pour le bureau politique de canaliser cette énergie dans le bon sens. Depuis le dernier congrès, la parole s’est libérée au sein du PAM. Avant, les décisions se prenaient en haut, en vase clos. Maintenant, on débat de tout. Celui qui a des choses à dire, il les dit.

Il critique librement la direction sans problème du moment qu’il ne s’agit pas d’insultes ou d’attaques personnelles. En même temps, beaucoup de militants ont déposé leurs candidatures pour les prochaines élections. La commission nationale a dû batailler dur pour faire ses listes. Je trouve que c’est sain et que le parti en sortira gagnant. Je ne peux qu’être confiant quant aux résultats du PAM lors des prochaines élections.

Lorsque vous avez été élu en février 2020 à la tête du parti, vous avez déclaré que vous étiez prêt à vous allier avec le PJD. Puis vous avez fait marche arrière ces derniers temps. Qu’est-ce qui a changé?
Il n’y a pas eu de changement total ou radical, mais plutôt partiel sur certains dossiers. Le PAM n’a pas été créé pour entrer en conflit avec tel ou tel autre parti. Au contraire, il est là pour chercher les points de convergence avec les autres pour le bien du pays. Je n’ai jamais compris ni admis cette notion de lignes rouges que le PAM aurait adoptée vis-à-vis de certaines formations politiques.

Une notion qui n’a aucun fondement ni politique ni idéologique. Les partis politiques existent non pas pour créer des polémiques et des affrontements entre eux dans la rue mais pour faire avancer le pays et consolider la démocratie. La politique, c’est l’art du possible. Le PAM ne peut pas faire entorse à cette règle. Nous pouvons nous allier dans la limite du possible avec toutes les formations politiques selon un programme élaboré en commun. Sans exclusivité aucune.

Donc, vous êtes disposés à vous allier au PJD?
Je vous ai dit avec tous les partis sans exception, mais toujours sur la base d’un programme commun.

Et concernant le RNI avec, lequel vous avez une véritable passe d’armes depuis le début de Ramadan?
Non, je n’ai aucun problème avec le RNI. C’est un parti ami, d’autant plus que, comme le PAM, il est de centre droite. J’ai un problème avec son président qui, à mon avis, se croit, du moment qu’il a des moyens financiers importants, en mesure de dicter la loi et d’éliminer ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. J’ai réagi parce que j’ai senti qu’il veut nous éliminer en tant que parti politique. Il oublie une chose, la querelle entre le RNI et le PAM les affaiblira tous les deux et c’est une troisième force qui en tirera profit.

Mardi 4 mai 2021, l’affaire de l’hospitalisation de Brahim Ghali fait la Une des journaux. Comment avezvous réagi à cette affaire qui a envenimé les relations maroco-espagnoles?
Il y a deux niveaux d’analyse. Nous considérons d’abord que l’attitude de l’Espagne est contraire aux idéaux sur lesquels se basent depuis des décennies les relations entre les deux pays. Il y a des conventions bilatérales qui doivent être respectées, notamment celle de l’extradition des criminels. Il y a les vérifications des passeports: comment Brahim Ghali peut-il entrer dans le territoire espagnol avec une fausse identité sauf si notre voisin ibérique est au courant, pour ne pas dire complice?

Maintenant, la justice espagnole s’est saisie de l’affaire et M. Ghali a été convoqué. Quelle issue aura la procédure judiciaire? cela importe peu pour moi, la justice espagnole étant indépendante, je ne peux que respecter ses décisions concernant la plainte déposée par Fadel Breika contre M. Ghali. Mais il y a un crime qui est aujourd’hui attesté par la police espagnole elle-même: M. Ghali est entré avec un faux passeport.

Et ce crime à lui seul nécessite des poursuites avec incarcération sur le champ. Le problème est sérieux pour l’Espagne. Ceci dit, n’oublions pas que nous devons entretenir de bons rapports avec ce pays, qui est notre premier partenaire économique...