Abdellatif Miraoui, ministre de l'enseignement supérieur : Audace et témérité


Avant de prendre en charge le ministère de tutelle, Abdellatif Miraoui a d’abord longtemps été lui-même un homme de l’université. Portrait d’un responsable aux ambitions sans limite, et aux valeurs qui sont aussi bien enracinées.

C’est avec 20 minutes de retard qu’Abdellatif Miraoui, Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, nous ouvre finalement la porte de son bureau. Mais sa raison est bien valable: il devait absolument parer à une urgence de dernière minute. Et puis, l’homme est très affable et ne manque pas de s’excuser platement alors que notre équipe s’installe en face de la vue époustouflante qui donne sur la majestueuse vallée de Bouregreg ainsi que la future tour Mohammed VI à Salé, de l’autre côté de l’oued. Sis rue de Tunis, dans le quartier de Hassan, le siège du ministère de l’Enseignement supérieur est en luimême un hommage à la tradition marocaine.

Nous ne manquons pas d’admirer, au cours de notre visite, ses somptueuses mosaïques en blanc et bleu, sa fontaine centrale et ses arabesques. Mais s’il nous confie en apprécier le cachet, M. Miraoui semble néanmoins davantage orienté vers le futur que vers le passé: à l’affût des dernières avancées technologiques, il prône, depuis son installation en octobre 2021, que le secteur de l’enseignement supérieur suive le rythme que connaît actuellement la technologie dans le monde, tout en revoyant les bases de l’éducation et en restant attaché à notre culture.

Agé de 61 ans, cet homme brun avec une stature imposante, était tempérée par une élégance naturelle qui ne laissait aucun doute quant à son statut. Il nous confirme alors que le Maroc souffre d’une crise de valeur et de violence même, en soulignant que « La solution serait d’apprendre à nos enfants de s’excuser et de dire Merci… ».

Un chercheur chevronné
Lorsqu’il parle de ses projets de réforme, les mots du successeur de Said Amzazi sont empreints d’une conviction qui ne laisse aucun doute sur sa détermination à réussir. Son enthousiasme est contagieux et donne l’impression que, sous sa direction, l’enseignement supérieur au Maroc, qui sombre actuellement dans le désarroi, peut atteindre de nouveaux sommets. M. Miraoui semble être un homme d’action, avec un parcours professionnel impressionnant qui témoigne de son expertise et de sa détermination. Son expérience en tant que président de l’Université Cadi-Ayyad à Marrakech, à la tête de l’Institut National des Sciences Appliquées de Rennes, en France, autant que président de l’Agence Universitaire de la Francophonie, de directeur du pôle enseignement et recherche de l’université de technologie de Belfort-Montbéliard et enfin en tant que ministre, montre qu’il est un leader capable de surmonter les défis et de réaliser des changements significatifs.


Docteur en sciences de l’ingénieur à l’université de Franche-Comté, Miraoui a pu faire plus de 300 publications scientifiques, 4 ouvrages et un h-index de 46, dans des domaines de recherches scientifiques tel que les systèmes d’entraînement destinés aux véhicules électriques et hybrides, les piles à combustible… Ainsi, il a pu laisser une empreinte indélébile dans le monde de l’éducation et de la recherche.

Mais au-delà de son rôle de ministre et de son engagement en faveur de la réforme, M. Miraoui est également un homme attaché à sa famille et à ses racines de Fkih Ben Saleh. Lorsqu’il parle de sa famille, il le fait avec un mélange de fierté et de réserve. Il ne s’étendra pas sur les détails de sa vie privée, préférant insister sur l’importance des valeurs qu’il a inculquées à ses enfants : le respect, la bienveillance et le travail sérieux.

C’est cet esprit qui l’a poussé à entreprendre une réforme audacieuse du secteur de l’enseignement supérieur, en lançant le Plan National d’Accélération de la Transformation de l’Écosystème de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation ( ESRI) afin de moderniser et améliorer la qualité de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation au Maroc. Cette réforme est également basée sur des valeurs fortes telles que la transparence, l’éthique, l’excellence, la résilience, l’équité et l’égalité des chances. Ces valeurs sont névralgiques selon M. Miraoui pour assurer la rénovation pédagogique, une recherche scientifique de qualité, la bonne gouvernance du système et la valorisation du rôle des territoires.

Un homme de famille
Toutefois, depuis le 7 octobre 2021, date du début de fonction du ministre PAM, M. Miraoui a été sous les feux des critiques. On l’a épinglé d’abord pour sa gestion de la crise des étudiants marocains en Ukraine, qui ont été contraints de quitter le pays en raison des conditions de guerre, et qui n’ont pas pu se réintégrer complétement au Maroc, ou encore pour la suppression du système du Bachelor une année après son entrée en vigueur, mettant ainsi le sort de milliers d’étudiants dans le doute.

Aujourd’hui, ces critiques semblent être oubliées, alors qu’il vient d’annoncer que la prochaine rentrée universitaire 2023-2024 verra l’introduction de plusieurs réformes, notamment l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans tous les programmes de premier cycle, la mise en place d’un programme d’études-travail pour aligner l’éducation sur le marché de l’emploi et l’amélioration de la mobilité entre les universités marocaines et étrangères.

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