Abdellah El Fergui: "Nous voulons un plan Marshall national pour sauver les TPE/PME"

Interview de abdellah el fergui, président de la Confédération des TPE/PME.

La Confédération des TPE/PME a récemment publié une note pour alerter le gouvernement sur la situation d’innombrables entreprises lourdement impactées par la pandémie. Les détails avec son président Abdellah El Fergui.

Qui est-ce qui motive cette alerte?
Nous avions lancé plusieurs alertes. Cette dernière a été lancée à l’occasion de la journée mondiale des TPE-PME et suite à plusieurs réclamations que nous avons reçues de différentes TPE, PME et autoentrepreneurs lourdement affectés par la pandémie, notamment sur des manquements au niveau du programme «Intelaka». Nous avions transmis leurs doléances au Chef du gouvernement, à Bank Al-Maghrib et à la Caisse centrale de Garantie (CCG) et au ministère de l’Economie et des Finances ainsi que le ministère de l’Industrie et du Commerce, sans réponses concrètes. C’est la raison pour laquelle la Confédération a jugé utile de monter au créneau pour rappeler la situation dramatique de ce secteur. Une étude réalisée en mars-avril 2020 révélait déjà que 83% des TPE-PME étaient en arrêt total d’activité et 17% étaient avaient une activité partielle. Il faut qu’il y ait un plan Marshall national pour sauver ces entreprises.

Combien d’entreprises sont tombées en faillite?
Nous avons publié début 2021 les résultats d’une étude qui avaient montré que plus de 20.000 entreprises ont fait faillite, dont 80% de TPE. Déjà en 2019, plus de 10.000 d’entre elles étaient dans la même situation. Des statistiques qui dépassent de loin celles dévoilées par certains rapports comme celui d’Inforisk.

Quels sont les secteurs les plus impactés?
Les services sont le secteur le plus impacté par la crise sanitaire, notamment les services liés au tourisme, suivi du commerce et du bâtiment.

Avez-vous bénéficié des programmes de relance dédiés aux entreprises en difficulté?
Nous n’avons pas bénéficié des programmes «Damane Relance», dédié aux PME qui réalisent un chiffre d’affaires de plus de 10 millions de dirhams, et «Relance TPE», destiné aux TPE de moins 10 millions de dirhams. Les entreprises ne pouvaient obtenir que 10% de leur chiffre d’affaires selon les critères définis par la CCG, ce qui constitue un obstacle majeur pour plusieurs TPE dont le chiffre d’affaires n’est pas très significatif et qui ont souvent des problèmes de trésorerie et d’incidents bancaires.

Les dossiers d’une centaine d’entre elles ont été rejetés par les banques, seule une poignée a pu accéder à ces financements. J’ai d’ailleurs été contacté par plusieurs banques qui voulaient accompagner leurs clients TPE pour intervenir auprès de la CCG, car elles n’étaient pas autorisées à dépasser ce pourcentage.

Il existe un vide énorme dans l’accompagnement des TPE/PME dans ces programmes, en dépit des engagements pris par les grandes instances comme la CGEM, Bank Al-Maghrib (BAM) et l’Anapec. C’est la raison pour laquelle nous avons proposé la création d’une commission nationale de suivi composée de BAM, du Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) et de la CCG pour assurer le suivi de ces dossiers.

Bank Al-Maghrib a récemment signé une convention avec la Société financière internationale (IFC) pour, notamment, financer les TPE/PME. Qu’attendez-vous de ce programme?
Nous avions fait une réunion avec l’IFC à Rabat en 2017 et organisé plusieurs réunions de travail avec la Banque mondiale sur le programme d’accès des TPE/ PME aux commandes publiques pendant 5 ans. Malheureusement, ces financements bénéficieront aux entreprises de l’Observatoire des TPME mis en place par BAM, une structure qui est loin d’être représentative. Ce que nous avons longtemps dénoncé auprès des autorités compétentes.