Abdelkader Retnani : "Le Maroc sera dans quelques années le premier éditeur du monde arabe et africain"


C’est dans un canapé du stand de la Croisée des Chemins, au milieu de visiteurs qui déambulent et d’auteurs qui signent leur création, que Abdelkader Retnani, directeur des éditions de La Croisées des Chemins, nous a accueilli. Le temps d’une discussion entrecoupée de nombreuses sollicitations, il nous fait part de sa perception de l’état du livre et de l’édition au Maroc.

Comment se porte le marché du livre aujourd’hui ?
Il pourrait se porter mieux et pour qu’il se porte mieux, on a besoin d’infrastructures. Il y a certes une prise de conscience et un éveil de la part des éditeurs marocains qui se professionnalisent de plus en plus, mais nous avons besoin de plus de libraires car nous n’en avons pas suffisamment: pas moins d’une soixantaine de librairies au Maroc, c’est anormal ! Malgré toutes ces difficultés et si on continue sur cette voie de production, de sérieux et de bonne gouvernance, le Maroc sera dans quelques années le premier éditeur du monde arabe et africain. Dans ce sens, Il faut que le privé puisse se prendre en charge en faisant de la formation professionnelle à ses cadres et en embauchant des jeunes qui font du métier du livre. Je reste optimiste mais ça demande du temps et de la rigueur.

Que pensez-vous de la programmation de cette année?
La programmation est riche, 10 jours de discussions et d’échanges sur la culture dans tous ses états, c’est passionnant. Il y a une particularité cette année, les salles étaient pleines pour les débats ce qui n’est pas toujours le cas au Maroc ni même ailleurs. En tant que président de l’union des éditeurs, je suis très optimiste et je pense qu’on avance bien.


Est ce qu’il y a des pratiques que vous désapprouvez au SIEL?
Il faut qu’on soit très vigilants du côté des éditeurs arabes qui présentent dans leurs stands beaucoup de livres piratés. Je condamne cette pratique en interne aussi. Certains éditeurs marocains présentent des livres sans avoir les droits d’auteurs et les éditent en plusieurs exemplaires, en mauvaise qualité et surtout à des prix dérisoires. Certains sont vendus à 10 dirhams et malheureusement le lecteur marocain regarde d’abord le prix ce qui est une erreur.

Justement, selon le rapport annuel de la Fondation du roi Abdul-Aziz Al Saoud sur l’état de l’édition et du livre au Maroc, le prix moyen d’un livre marocain publié en 2022 est de 96,65 dirhams. Vous ne trouvez pas que c’est un peu cher pour un marocain lambda?
La Fondation fait un travail remarquable et c’est la seule qui le fait mais certains chiffres ne sont pas corrects. À titre d’exemple, ma production est supérieure à ce qui est indiqué sur les statistiques. Il s’agit toutefois d’un travail louable dont nous avons besoin, et qui devrait être repris par le Haut-Commissariat au Plan (HCP).

La Croisée des Chemins fait partie des maisons d’édition marocaines qui publient le plus de livres en langue française. Qu’est-ce qui vous démarque des autres maisons d’édition?
Quand j’ai commencé il y a un peu plus de 40 ans, j’ai voulu créer ma maison d’édition à l’intention des marocains vivant à l’étranger et ne parlant pas arabe. Ces marocains étaient très attachés au Maroc mais ne pouvaient pas avoir de référent culturel, et c’est comme cela qu’a débuté cette belle aventure. J’étais à 100 % francophone, là je le suis à 80 %, du moment que je publie aussi des livres en arabe. Cette année, nous avons publié spécialement pour le Salon 42 titres, et quotidiennement, jusqu’à 20 auteurs signent leur ouvrage. On est en étroite symbiose avec le lecteur marocain, mais aussi avec les auteurs.

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