Entretien avec Abdelkader Retnani: "Le déplacement du salon du livre vers Rabat n’est que conjoncturel"

Entretien avec Abdelkader Retnani, éditeur, président de l’association marocaine des professionnels du livre

Le patron des éditeurs du livre au Maroc révèle les coulisses ayant conduit le ministre de la culture à déplacer l’organisation du salon international de l’édition et du livre vers Rabat au lieu de Casablanca, où il a lieu depuis 1987, date de sa création par l’ancien ministre de la culture, Mohamed Benaissa.

Comment réagissez-vous à la polémique provoquée sur les réseaux sociaux par le déplacement du salon du livre vers Rabat au lieu de Casablanca, où il avait l’habitude d’être organisé?
Le déplacement du salon international de l’édition et du livre vers Rabat est une décision qui n’est pas encore officiellement prise par le nouveau ministre de la culture, Mehdi Bensaid. Mais il nous a clairement exprimé sa volonté de le faire. Je comprends la polémique née de cette information ainsi que la colère des Casablancais, mais il y a des raisons valables à cela.

Lesquelles?
A part la foire internationale de Casablanca et le parc des expositions de l’Office des changes, la métropole économique ne dispose pas d’un véritable parc des expositions comme on en trouve dans les pays d’Europe ou même dans certains pays arabes.

Or, la foire internationale de Casablanca est toujours occupée par les lits hospitaliers abritant les malades du Covid-19. Quant au parc des expositions de l’Office des changes, il se trouve dans un état lamentable pour ne pas dire très délabré, selon une expertise menée récemment par une équipe dépêchée par le ministre de la culture. Donc, il n’y a pour le moment aucun lieu approprié à Casablanca qui soit à la hauteur de cet évènement, qui ne cesse de gagner en notoriété sur le plan international.

Y a-t-il d’autres raisons invoquées? Il faut savoir que la ville de Rabat sera célébrée en 2022 en tant que capitale africaine. Un évènement continental important que le ministre de la culture et ses partenaires dans le domaine souhaitent saisir pour donner au salon du livre un nouvel éclat international.

Casablanca retrouvera-t-il un jour son salon?
Le salon international de l’édition et du livre existe depuis 1987 et il a toujours été organisé à Casablanca. Je militerai jusqu’à la fin de mes jours pour qu’il reste dans la métropole économique. Et ce déplacement vers Rabat n’est que conjoncturel. Je tiens ici à rendre hommage au créateur et au fondateur de ce salon, qui n’est autre que l’ancien ministre de la culture, Mohamed Benaissa. C’est lui qui a mis en place les structures de base de cet évènement et a participé à son rayonnement international.

Comment se porte actuellement le secteur de l’édition et du livre?
Comme beaucoup de secteurs d’activité, le monde de l’édition et du livre traverse une crise profonde provoquée essentiellement par la pandémie du Covid-19. Aucun budget n’a été consacré à ce secteur en 2021, ce qui a compliqué davantage la situation économique de beaucoup de maisons d’éditions. Mais le nouveau ministre nous donne beaucoup d’espoir et nous montre une grande volonté pour sauver ce domaine extrêmement vital pour la vie culturelle dans notre pays.