Abdelkader Bourhim : "La Fédération royale marocaine de football doit revoir sa copie"

Entretien avec Abdelkader Bourhim, expert en stratégie de développement des clubs et des organisations sportives

Selon Abdelkader Bourhim, pour sortir le sport marocain de sa situation d’échecs à répétition, il faut mettre en place une vraie politique sportive, où le secteur privé a un rôle à jouer.

La sélection nationale est revenue bredouille de la Coupe d’Afrique des nations. L’histoire se répète. Les Marocains sont-ils condamnés à s’habituer aux échecs et aux déceptions, alors que le Maroc dépense énormément d’argent public pour le football?
Le Maroc, à travers la Fédération royale marocaine de football (FRMF) est effectivement l’un des plus grands dépensiers pour le football, mais en revanche il se situe parmi les derniers du classement en termes de titres, notamment au niveau africain. L’histoire se répète justement et je ne vous cache pas ma déception.

On doit apprendre de nos leçons et revoir notre copie. On nous présente la sélection nationale comme étant l’une des plus grandes du monde, alors qu’on est très loin du compte. Et cette situation n’est pas propre au football, elle touche toutes les disciplines sportives.

Quel bilan peut-on dresser de la présidence de Fouzi Lekjaa à la tête de la FRMF depuis 2014?
Depuis que Fouzi Lekjaa a accédé à la présidence de la FRMF, il s’est concentré sur les infrastructures et la diplomatie sportive. Aujourd’hui, beaucoup de Marocains occupent d’importants postes au sein des instances d’institutions sportives internationales, mais qu’est-ce qu’on y gagne? Aujourd’hui, le résultat sportif n’est pas là.

Nous ne sommes pas dans un modèle américain où nous avons des franchises qui jouent dans des ligues fermées et qui disposent d’un modèle bien huilé qui leur permet de gagner de l’argent. Nos clubs n’ont pas de véritables modèles économiques. Vous savez, un homme ne peut pas tout changer.

Je ne remets pas en question les compétences avérées du président de la Fédération, mais je ne connais ni son staff, ni son projet de développement. Quand on s’attarde sur la situation des clubs du championnat marocain, on s’aperçoit de la profonde crise qu’ils traversent, mis à part 3 ou 4 clubs. La moitié des clubs aujourd’hui sont interdits de recruter de nouveaux joueurs et n’arrivent pas à joindre les deux bouts.

Pourtant, le championnat national devait être un vivier de talents et de joueurs professionnels…
Effectivement, l’équipe nationale doit être alimentée par les joueurs du championnat du pays. Or, notre sélection est composée à hauteur de 90% de joueurs professionnels qui sont binationaux. Je ne suis pas contre eux, mais je me demande si le Maroc produit lui-même de grands joueurs. Les moyens dont nous disposons sont énormes face à de médiocres résultats au niveau de toutes les catégories d’équipes nationales.

Comment faire alors pour changer la donne?
Il faut restructurer l’écosystème footballistique marocain. La Fédération doit essayer de revoir sa copie en apportant beaucoup plus de professionnalisme et de bonne gouvernance. On doit mettre en place une vraie politique sportive à travers une loi-cadre et appliquer le contenu de la lettre royale présentée lors des Assises nationales du sport à Skhirat en 2008. Le sport au Maroc n’est pas structuré pour être productif. Il dépend des subventions et de l’argent public. Le secteur privé peut et doit apporter sa pierre à l’édifice, mais pour ce faire il faut restructurer le domaine pour redonner confiance.