Abdelkader Bourhim: "Les autorités sportives marocaines doivent prendre le sport au sérieux"

Interview de Abdelkader Bourhim, expert en stratégie de développement des clubs et des organisations sportives.

Abdelkader Bourhim cumule plus de 20 ans d’expérience stratégique et opérationnelle multisports, en particulier avec les clubs sportifs de haut niveau en France et à l’étranger. Il partage, dans cet entretien avec Maroc Hebdo, ses premières impressions de la participation marocaine aux JO de Tokyo 2020.

Quel bilan d’étape peut-on faire de la participation marocaine aux Jeux olympiques de Tokyo 2020?
Les JO de Tokyo 2020 ne sont pas encore finis mais nous pouvons d’ores et déjà nous projeter vers un bilan catastrophe. Il faut dire que nous nous sommes habitués à cela, c’est devenu une très mauvaise habitude de ne rien gagner et de se satisfaire de la participation. La phrase maudite «Almouhim Houwa Almoucharaka» va malheureusement encore faire son oeuvre.

Peut-être que l’un de nos athlètes gagnera une médaille d’ici la fin des jeux, espérons-le en tout cas parce que le peuple marocain le mérite, parce que cela va nous rafraîchir en ces circonstances douloureuses du Covid-19. Le problème, c’est que lorsqu’on gagnera une médaille, elle sera érigée comme d’habitude en grand exploit, alors qu’elle est ce petit arbre qui cache malheureusement toute la forêt des problèmes du sport marocain.

Pourquoi nous sommes-nous habitués à cette situation qui perdure? Les autorités sportives disposent-elles d’une volonté pour changer la donne?
Après une médaille tout le monde oubliera que c’est toujours la même histoire qui se répète et que depuis longtemps nous n’avons pas été performants aux Jeux olympiques. Pour toutes les nations, les jeux c’est un véritable enjeu, un enjeu immense qui nécessite du sérieux, une vraie politique sportive et une grande préparation.

Préparer les jeux, c’est tout d’abord mettre en oeuvre un projet sportif de haut niveau structuré avec des objectifs de résultats et de rayonnement international, des moyens matériels et humains. Réussir les Jeux olympiques pour une nation, c’est aussi faire de la coordination entre les instances concernées, c’est le socle même du projet olympique.

Nous constatons malheureusement que ce n’est pas le cas chez nous. Quid de la préparation des athlètes, du rôle du ministère et du Comité national olympique marocain dans cette préparation, du niveau de responsabilités des fédérations et de leur implication? Toutes ces questions sont légitimes et méritent des réponses en profondeur. Inspirons nous de la lettre royale adressée aux assises du sport de Skhirate en 2008 et faisons du sport un vrai levier de développement pour le Maroc.

En janvier 2021, la Commission spéciale sur le nouveau modèle de développement (CSMD) a publié votre rapport «Le sport que nous voulons». Quelles sont les principales recommandations que vous avez proposées afin de faire du sport un véritable levier de développement au Maroc?
Dans mon rapport sur le sport au Maroc, avec lequel j’ai contribué aux travaux de la CSMD, j’ai émis dix recommandations susceptibles de donner au sport marocain des moyens politiques, structurels et matériels pour en faire un secteur performant économiquement et sportivement et être aussi un secteur inclusif, créateur de richesses, d’emplois, de fierté, de belles émotions et de rayonnement pour le Maroc.

Il s’agit en effet de bâtir et implémenter une véritable politique nationale et régionale du sport reposant sur trois piliers fondamentaux, à savoir la formation, la bonne gouvernance et la performance sportive et économique. Il faudra également créer une agence nationale pour le sport afin d’assurer la régulation du secteur ainsi qu’un institut national d’excellence sportive de pointe. Par ailleurs, il faudra déployer massivement des infrastructures de proximité, renforcer la formation de haut niveau pour favoriser l’émergence d’une expertise managériale du sport au Maroc et favoriser le déploiement de partenariats publics privés (PPP) pour la réalisation de projets sportifs d’envergure.