Interview du secrétaire général du Parti de la justice et du développement

Abdelilah Benkiran : « Je n'ai pas dit mon dernier mot »


Au lendemain de son meeting de solidarité avec le peuple palestinien du 19 novembre 2023 à Rabat, le secrétaire général du PJD reçoit Maroc Hebdo. Il évoque l’action du gouvernement Akhannouch, la réforme de la Moudawana et le devenir de son parti. Mais aussi les massacres de Gaza et ce qu’il pense des accords d’Abraham.

Vous avez organisé ce dimanche 19 novembre 2023 à Rabat un meeting en soutien au peuple palestinien à la lumière du siège qu’il subit depuis le 9 octobre 2023 dans la bande de Gaza. Pouvez-vous nous en dire plus sur les tenants de cet événement ?

Depuis le début, voici plus de quarante jours, de l’agression israélienne sur Gaza, les réunions de la direction du PJD et les rencontres organisées au niveau des structures du parti sont toutes pleinement focalisées sur ce qu’endurent nos frères palestiniens. Je ne vous cache pas que malgré les différents dossiers et points figurant à l’ordre du jour, et malgré les problèmes auxquels le parti peut être confronté, nous n’arrivons pas à passer outre ce qui se déroule dans les territoires palestiniens occupés. Ce sont de véritables crimes de guerre dont le monde est témoin, avec malheureusement la bénédiction complice des grandes puissances occidentales.

C’est dans ce cadre que nous avons donc décidé d’organiser notre meeting, auquel, comme vous l’avez vu, nous avons convié plusieurs personnalités politiques, à l’instar du secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS), Mohamed Nabil Benabdallah, ou encore de l’ancien ministre Moulay M’hamed El Khalifa, qui comme vous le savez est une grande figure national issue du Parti de l’Istiqlal (PI). En répondant présents, ces personnalités qui représentent donc des bords tout-à-fait différents, ont clairement signifié à tous que quand il s’agit de la Palestine, les Marocains, et dans le cas d’espèce leur classe politique, restent unis, indépendamment des divergences qu’ils peuvent avoir entre eux. Et je tiens également à remercier l’ambassadeur de Palestine, Jamal Al-Shobaki, pour avoir également bien voulu donner suite à l’invitation qu’on lui avait adressée et s’exprimer à la tribune du meeting.

Justement, une autre personnalité palestinienne a fait couler beaucoup d’encre après être également intervenue par le biais d’un message vidéo et s’est adressé directement aux Marocains… Je pense que vous avez compris que je fais allusion à l’ancien chef du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaâl ?

Je vois où vous voulez en venir. Ecoutez, je pense à titre personnel que nous sommes en face d’une campagne virtuelle tendancieuse et, j’ajouterais, honteuse dans le seul objectif de porter la voix du colonisateur et de l’occupant au détriment de la résistance légitime du peuple palestinien à travers le Hamas et les autres factions de la résistance palestinienne. Ceux-là même qui s’attaquent aujourd’hui à M. Mechaâl, bizarrement, je ne les ai pas vus s’offusquer lorsqu’une soi-disant association de Juifs marocains d’Israël s’était adressé à Sa Majesté le Roi pour lui demander d’interdire les manifestations de soutien à la Palestine et, en même temps, reprocher au peuple marocain son soutien à la résistance palestinienne.

Mais il y avait tout de même des manières à mettre, non ? Comme vous le savez, les Marocains ne goûtent guère que l’on s’adresse de la sorte à eux, pour eux seul leur Roi est indiqué pour le faire…

Je ne présenterais pas les choses de la même façon. Ne tombons pas s’il vous plaît dans le piège que tentent de nous dresser ces voix qui restent, in fine, minoritaires et qui, disons-le clairement, sont frustrées par l’échec cuisant auquel ils font face dans leurs campagnes pour décrédibiliser la résistance palestinienne. Au plan des faits, M. Mechaâl, et cela vous pouvez le tenir pour sûr car je connais moi-même très bien le concerné et je l’ai fréquenté, tient en très, très haute estime le rôle Sa Majesté le Roi, en tant que président du Comité Al-Qods, dans la défense et la promotion de la cause palestinienne au niveau de l’agenda international, et, quand l’occasion se présente, il est le premier à le saluer. Et c’est d’ailleurs à ce titre qu’il a sollicité le Royaume du Maroc, avec à sa tête la personne de Sa Majesté le Roi, pour qu’il poursuive ce soutien plus que jamais important pour faire face à la machine criminelle israélienne. De même que c’est dans ce sens qu’il a interpellé les Marocains.

Mais les Marocains, à commencer par vous-même, sont déjà pleinement mobilisés en faveur de la Palestine…

Mais je ne dis pas moins !

Un élément intéressant qui revient dans votre bouche est que vous parlez du Hamas comme étant la résistance palestinienne. Est-ce à dire que vous cautionnez son opération du 7 octobre ?

Je précise d’abord une chose. Moi, Abdelilah Benkiran, à titre personnel, et mon parti, le PJD, dont je suis le secrétaire général, sommes contre la violence de quelque nature qu’elle soit. Et nous le sommes davantage quand cette violence touche les civils. Mais, quand, en face, vous avez une occupation et des massacres qui, depuis plus de 75 ans, se prolonge de façon aussi éhontée ; quand, en tant que Musulman, vous voyez que la Mosquée d’Al-Aqsa est salie par les extrémistes et menacée par les fouilles ou d’autres actes barbares, avec interdiction pour les Palestiniens d’y rentrer ; quand vos soeurs palestiniennes sont fouillées et trainées par terre par l’armée israélienne, sans aucun regard pour leur condition de femme,... Et puis, de l’autre côté, personne, à l’échelle internationale, ne bouge le petit doigt.

Dites-moi sincèrement, à quoi vous pouvez vous attendre ? Que les Palestiniens mènent des actions de résistance, moi, je vous le dis, cela ne me surprend pas du tout, et du point de vue palestinien je peux même dire ce que j’ai dit avant, que les actions menées pour mettre fin à l’occupation sont et demeurent légitimes. Laissez-moi vous raconter une chose. Moimême je me suis rendu, voilà plus de vingt ans, dans la bande de Gaza. C’était au tout début des années 2000, et déjà, à l’époque, c’était invivable : la nourriture y était livrée aux compte-gouttes, l’eau potable dépendait du bon vouloir des Israéliens,... Pour qu’un Palestinien puisse quitter la bande de Gaza, il pouvait courir, y compris s’il avait les meilleures raisons humanitaires du monde.

Je me souviens d’ailleurs qu’en dépit de mon passeport marocain, j’avais eu le plus grand mal, à l’époque, à traverser, du côté égyptien, le poste-frontière de Rafah. Même le leader Yasser Arafat, que Dieu ait son âme, a été interdit d’aller se faire soigner à l’étranger. Ce n’est que lorsque son état de santé s’est détérioré qu’on le lui a permis. Et pourtant, c’est lui qui après plusieurs années de lutte contre l’occupation israélienne a accepté d’entamer les négociations dans le cadre du processus de paix.

Vous n’êtes pas sans savoir que c’est sous un gouvernement PJD, en l’occurrence celui dirigé par Saâd Eddine El Othmani de 2017 à 2021, que le Maroc avait adhéré aux accords d’Abraham et normalisé avec Israël. On vous voit, depuis le début de la guerre à Gaza, appeler à mettre fin à ces relations avec Tel-Aviv, mais, à titre personnel, si c’était vous qui étiez à l’époque chef du gouvernement, auriez-vous apposé votre signature personnelle aux accords ?

C’est, vous venez de le dire, Ssi Saâd qui se trouvait alors à la tête de l’Exécutif, et, quoiqu’il en soit, on ne peut plus aujourd’hui refaire l’histoire. Mais je vais tout de même essayer de vous répondre. Moi, Abdelilah Benkiran, suis de façon convaincue opposé à la normalisation. Cela a toujours été ma position personnelle, et c’est celle aussi de l’ensemble du PJD et de ses membres. Sur cela, je crois, il n’y aura jamais d’ambiguïté de notre part. Maintenant, l’Etat marocain s’est trouvé confronté à un choix. On peut contester, certes, le fait qu’il ait été fait, mais il faut aussi prendre en compte les motivations profondes qui l’ont sous-tendu et qui, comme vous le savez, ont trait à la question de notre intégrité territoriale, celle de la reconnaissance par les Etats-Unis de notre souveraineté sur notre Sahara. Ce n’était pas évident, c’est l’intérêt suprême de la nation qui était en jeu et je pense que vous vous rappelez que j’avais moi-même à l’époque effectué une sortie pour ne pas tomber dans le piège facile de la surenchère. Ce n’est de toute façon pas dans les habitudes du PJD, qui est avant tout un parti nationaliste marocain. Il n’en reste pas moins qu’avec ce qui se passe à Gaza, je vois mal un ministre marocain aller à la rencontre d’un homologue israélien comme si de rien n’était. Et rien que pour cette raison et dans ce contexte, j’estime que, comme vous l’aviez titré il y a quelques semaines, les accords d’Abraham sont devenus caducs.


Sans la signature par M. El Othmani des accords d’Abraham, pensez-vous que le PJD aurait fait un meilleur résultat aux élections de 2021 ?

Les accords d’Abraham n’ont clairement pas aidé à nous maintenir au parlement. Mais contrairement à ce que l’on peut penser, ce n’est, de mon point de vue, pas uniquement cela qui nous a valu le désaveu de nos électeurs. Pour moi, le passage de l’arabe au français pour l’enseignement des matières scientifiques a été encore plus déterminant, si ce n’est plus. C’était un clair recul par rapport à nos convictions, et cela peut vous sembler peut-être annexe à vous, mais pour moi cela été une ligne rouge qui avait été franchie et que les Marocains n’ont pas du tout apprécié.


Abdelilah Benkiran interviewé par Noureddine Jouhari au siège du PJD à Rabat,
le 20 novembre 2023.


Sujet sociétal par excellence, la réforme de la Moudawana actuellement en cours peut-il selon vous convaincre vos électeurs que vous êtes et restez toujours un véritable parti islamiste ?

Mais nous sommes un parti islamiste mon cher ami, c’est un fait. Et effectivement, c’est une identité que nous mettons en avant dans le cadre de ce projet qui est en cours, d’autant plus qu’il nous semble que certaines personnalités chargées tentent de faire avancer un agenda qui dépasse le cadre fixé par Sa Majesté le Roi, et qui est celui de la chariaa islamique. Nous nous sommes un parti ouvert et pour la réforme. Maintenant, quelle réforme voulons-nous de la Moudawana ? Il s’agit-là d’une loi sacrée qui n’est pas comme les autres lois, et SM le Roi a fixé le cadre de la réforme, pas de dépassement de là. Je pense notamment au ministre de la Justice (Abdellatif Ouahbi, ndlr) et à la présidente du Conseil national des droits de l’Homme (Amina Bouayache), dont les idées et des déclarations antérieures me paraissent, je dois vous le dire, suspectes à bien des égards. Pour moi, ils se doivent de comprendre que ces individus sont là ès qualité et non pas pour leurs propres idées.

Etes-vous pour ou contre l’égalité dans l’héritage entre hommes et femmes ?

Ne me demandez pas d’accepter quelque chose interdite par le Coran. Aucune modification contraire au texte sacré n’est acceptée. Clairement, je suis contre l’égalité dans l’héritage. Et je ne crois pas être seul dans mon cas ; dans les sondages à répétition que je peux trouver, les Marocains expriment à une large et écrasante majorité leur rejet de ce type de propositions incompréhensibles au regard de nos constantes religieuses.

Et pour la polygamie ? Que pensez-vous de l’idée de l’interdire ?

Excusez-moi de vous reprendre à ce propos, mais là voilà un exemple concret d’un problème qui n’existe pas et qu’on veut créer ex nihilo. Dites-moi au juste : combien de Marocains sont capables aujourd’hui d’avoir deux femmes ou plus ? Pensez aux conditions de travail, à la cherté de la vie, au stress qui président désormais à la vie des Marocains. Il faut, à mon avis, simplement faire confiance à la société, surtout la nôtre : elle finit toujours elle-même par se réguler. S’il y a un cheval de bataille sur lequels les ONG devraient agir, c’est plutôt celui de conditions économiques et sociales adéquate pour la femme, pour la protéger contre les vraies injustices, contre les inégalités, contre la pauvreté, contre l’illettrisme, entre autres... Quant à la polygamie, elle n’est de toute façon plus libre ; elle est, depuis la réforme de 2004, régie par des textes clairs et ce n’est que par voie de justice qu’elle peut se faire. Si un homme justifie la nécessité de prendre une deuxième épouse, que la première accepte et que le juge est convaincu, alors là il n’y a pas de mal. Je ne pense pas que le Maroc connaît un taux élevé de polygamie. Des pays comme la Tunisie ou l’Irak, qui avaient outrepassé le texte religieux dans leur législation sur ce sujet, connaissent, eux, des problèmes monstres sur ce plan-là.

Cela fait désormais deux ans que vous êtes de retour aux commandes, après le deuxième intermède de M. El Othmani. Êtes-vous satisfait par rapport à ce que vous avez pu réaliser pendant cette période de temps ?

Effectivement, il y a eu le congrès extraordinaire en octobre 2021, où j’avais été élu par mes frères du parti. Au tout début, il y a eu une proposition que ce mandat ne dure qu’un an et j’avais dit, de façon très claire et très honnête, que je n’étais pas prêt de travailler dans ces conditions, et c’est alors que le congrès avait voté contre cette proposition et que moi j’avais été élu sur cette base qui permet à la direction du parti de disposer du temps qu’il faut pour redresser la situation. Depuis lors, et malgré le contexte défavorable et les conditions difficiles, nous essayons donc d’oeuvrer à un travail de restructuration profonde. Nous avons organisé les élections au niveau des instances locales et des structures parallèles, nous allons à la rencontre des militants. La tâche est dure, mais nous n’avons pas le choix. Je ne dis pas que le PJD va redevenir la force politique qu’il a été en 2011, mais nous essayons de reconquérir du terrain. Le parti reste présent et s’exprime sur tous les dossiers et sujets d’intérêt général à travers les interventions de son secrétariat général, les communiqués de son secrétariat général, les points de presse, les journées d’études et autres…

Et au sein du parlement, où vous comptez treize députés, comment s’organise votre travail en tant que parti d’opposition ?

Vous les dites, nous ne disposons que de peu de députés au parlement. Mais, ces députés sont présents et ils assument pleinement leur rôle dans l’’opposition. Quand Aziz Akhannouch avait été nommé, en octobre 2021, chef du gouvernement, je dois vous dire que j’avais demandé à mes frères du parti de lui accorder un délai de grâce et de le laisser travailler, car j’estimais qu’on devait lui donner le temps qu’il faut pour pouvoir seulement par la suite le juger sur pièce. D’ailleurs, certains militants du PJD n’étaient pas d’accord avec moi sur cette attitude, bien que je ne les aies pas interdit de continuer à exprimer leurs points de vue. Mais quand, après, M. Akhannouch s’était attaqué au PJD en expliquant que tous les problèmes qu’il rencontrait, il les avait hérité de nous, et qu’il avait même parlé de 10 ans de perdus au niveau du développement pour le Maroc, j’ai annulé ma directive.

Je l’avais, très franchement, d’autant plus trouvé de très mauvaise foi que son parti (le Rassemblement national des indépendants (RNI), ndlr) faisait partie intégrante de nos deux mandats, avec, au surplus, des postes clés, y compris M. Akhannouch lui-même qui était mon ministre de l’Agriculture. A titre d’exemple, il avait attribué la hausse des prix des hydrocarbures au PJD, mais pourquoi refusait-il en même temps d’admettre, avant de rattraper tardivement, que c’est grâce à la manne budgétaire de la réforme que nous, nous avons mené les projets de politiques sociales, notamment celui de la généralisation de la protection sociale, ont pu être menées. Et puis, puisque nous parlons sincèrement, il faut dire que ce gouvernement manque de vision. Il n’en a pas, tout simplement.

Qu’est-ce que vous voulez dire exactement ?

Mis à part le projet de la généralisation de la protection sociale et de l’aide sociale directe aux plus défavorisés, projet royal suivi et accéléré par les directives de Sa Majesté le Roi et contre lequel, rappelons-le, M. Akhannouch s’était dressé en 2016, ce gouvernement n’a rien de quoi se prévaloir, ni projets, ni réformes structurés et structurants. Certes, je reconnais qu’il a eu à faire face aux répercussions de la crise pandémie de Covid-19, puis de la guerre d’Ukraine et, dernièrement, le séisme d’Al-Haouz. Mais cela n’excuse pas, à mes yeux, ce qui constitue un manque à la fois d’anticipation et de courage politique.

C’est, en substance, un gouvernement qui gère les affaires courantes, et rien de plus. Prenons par exemple le dossier de la réforme des retraites, que j’avais initié en 2015, ce qui nous avait alors permis d’éviter le pire du fait que les fonds consacrés à payer les retraites du secteur public allaient être épuisés fin 2022. Le gouvernement actuel a-t-il une idée sur la suite de ce régime ? Autre exemple, dans le programme électoral du RNI et dans le programme gouvernemental 2021-2026, il y a l’engagement de verser à partir de fin 2022 une somme d’argent par mois qui atteindrait 1.000 dirhams à l’horizon 2026 aux Marocains n’ayant aucune source de revenus et âgés de plus de 65 ans. J’avais demandé à Driss El Azami El Idrissi, qui était mon ministre chargé du Budget, de m’expliquer pourquoi moi en tant que chef de gouvernement n’avais pas pu initier une telle mesure. Il m’a répondu que cela relevait du simple déclaratoire lié à la campagne électorale et que le futur gouvernement ne pouvait pas honorer un tel engagement qui coûterait au budget de l’État quelque 22 milliards de dirhams (MMDH) par an selon les calculs faits sur la base des chiffres et du nombre des personnes âgés concernés donnés par le programme gouvernemental lui-même.

Comment peut-on alors qualifier cela, si ce n’est vendre du vent aux Marocains ? Permettez-moi enfin de préciser une chose : les deux mandats PJD sont totalement différents. Le premier mandat, pendant lequel j’étais chef du gouvernement, était un mandat dans des conditions politiques différentes et meilleures que le second mandat. Les élections législatives de 2016 nous ont confortés dans nos choix, le PJD a augmenté le nombre de ses députés. J’ai été désigné par Sa Majesté le Roi pour former le gouvernement. Avant d’être déchargé à cause du blocage instrumentalisé par certains partis devant faire partie de la majorité. Pour le second mandat, c’était un tout autre contexte politique, différent de celui du premier, suite à la constitution du deuxième gouvernement après le blocage de 2016.

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