DR Abdelhakim Yahyane: "La stratégie de vaccination est en cours de validation"

Directeur de la Direction de la Population au ministère de la Santé

Né à Rabat en 1967, Dr Abdelhakim Yahyane est marié et père de deux enfants. Diplômé de la Faculté de médecine de Rabat, de l’ISCAE et de l’Université Paris Est Créteil (les fondamentaux de la protection sociale), l’ancien Chef de la Division de la Santé Maternelle et Infantile, ex-Délégué provincial du ministère de la Santé et membre du comité scientifique et technique de la vaccination anti-SARS COV 2, nous parle de la stratégie de vaccination tant attendue par les Marocains.

Faites-vous partie du comité scientifique ad hoc de vaccination anti-covid? Quel est son rôle dans la prise des décisions relatives à la campagne de vaccination?
Oui, je fais partie du comité ad hoc scientifique et technique de la vaccination anti-SARS COV 2. Ce comité a un rôle important dans la préparation de la stratégie vaccinale et propose des recommandions sur les mesures à prendre. L’une de ses missions est d’apporter à l’autorité sanitaire une expertise collective médicale et scientifique sur les mesures à mettre en oeuvre pour l’élaboration et la mise en oeuvre de la campagne.

On avance que des essais sans placebo ont été effectués sur un échantillon de 600 volontaires. Est-ce vrai?
Il n’y a pas d’essais cliniques sans placebo et les protocoles à suivre sont très rigoureux. Concernant les essais cliniques relatifs aux vaccins, ils sont en double aveugle, c’est-à-dire que ni le bénéficiaire ni le médecin ne connaissent le produit ou le placebo. Toute information disant qu’il n’y a pas de placebo est non fondée et relève de la rumeur.

Quels sont les détails de la stratégie de vaccination nationale anti-Covid et de son déploiement géographiquement et en fonction des vaccins sélectionnés?
Actuellement, la stratégie de vaccination est en cours de validation. Son déploiement sera basé sur la transparence et l’équité. Toutes les régions et les provinces et préfectures recevront les quantités de vaccins nécessaires dans les conditions optimales de conservation.

Quel est le calendrier de la campagne de vaccination? Et quelles populations recevront les vaccins par ordre de priorité?
Les populations qui recevront les vaccins en premier sont celles soulignées dans le communiqué du Cabinet royal. Il s’agit du personnel stratégique. Ensuite, d’autres tranches d’âges seront concernées, selon la priorisation scientifique, notamment les personnes pour lesquelles ils pourraient être bénéfiques, où qu’elles se trouvent, et d’abord celles pour qui les risques sont les plus grands, devraient y avoir accès.

Comment annoncer une campagne de vaccination et échafauder une stratégie nationale alors que les essais cliniques sur les candidats vaccins chinois ou britannique ne sont pas encore achevés et lesdits vaccins validés?
Il existe tout simplement une course effrénée mondiale pour se procurer les vaccins. Ces derniers sont dans leurs dernières phases des essais et bientôt ils seront autorisés. Donc, il faut se préparer bien avant l’arrivée des vaccins pour en bénéficier le plus tôt possible.

Dispose-t-on à l’échelle nationale de la chaîne de froid nécessaire pour la conservation des vaccins?
Le ministère de la Santé dispose d’une chaîne de froid efficace pour la conservation des vaccins de routine avec un volume de stockage de sécurité. Mais, devant l’ampleur de cette campagne de vaccination, il y aura besoin d’un volume supplémentaire de stockage et les services compétents du ministère de la Santé font le nécessaire pour la réception des vaccins dans les conditions optimales garantissant leur qualité en mobilisant toute la chaîne logistique existante et supplémentaire.

En Europe, il y a actuellement un débat sur l’incompatibilité du vaccin anti-Covid avec le vaccin anti-grippe. D’après vous, qu’en est-il alors que le ministre de la Santé a déjà lancé la campagne anti-grippe?
En général et pour les vaccins de routine, tous les vaccins inactivés peuvent être administrés sans aucun intervalle à respecter entre deux vaccins s’ils sont différents. La réponse immunitaire des vaccins inactivés n’interfère pas avec celle d’autres vaccins du même type. L’intervalle de temps importe donc peu, mais, sur un plan immunitaire, il est préférable d’espacer les vaccins. Certains scientifiques proposent de respecter un intervalle de 2 à 3 semaines entre le vaccin anti-Covid et le vaccin anti-grippe.


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