Abdelghani Erraki: "Le report de la rentrée scolaire créera un véritable chaos"

Aquelques heures de la fin de son mandat, le gouvernement Saâd Eddine El Othmani laisse aux Marocains un souvenir de sa très mauvaise gestion unilatérale et hasardeuse de la crise du Covid-19. Le report injustifié de la rentrée scolaire est à l’image d’un ministre de l’Education nationale qui reste «fidèle à ses échecs et à sa mauvaise gestion de ce secteur», nous déclare Abdelghani Erraki, secrétaire général du Syndicat national de l’enseignement, affilié à la Confédération démocratique du travail (CDT).

Le ministère de l’Education nationale a annoncé, lundi 6 septembre 2021 dans la soirée, le report de la rentrée scolaire au 1er octobre 2021. Une décision qui a été mal accueillie par les parents d’élèves, notamment. Quelle a été votre réaction?
On pourrait comprendre la prise d’une telle décision si elle était basée sur des données scientifiques. Si, par exemple, le comité scientifique et technique avait émis une recommandation de fermeture des établissements scolaires et universitaires à cause d’un danger imminent lié à la propagation du Covid-19, on l’aurait accepté. Or, le comité n’a émis aucune recommandation dans ce sens et on sait tous que la rentrée scolaire ne présente pas de danger de santé majeur.

Vous savez, ce n’est pas la première fois que le ministère de l’Education nationale nous surprend par ces décisions de dernière minute, qui ne prennent en compte ni nos priorités, ni celles des parents d’élèves et des propriétaires des écoles privées. Le ministère prend des décisions unilatérales sans consultation ou implication des parties prenantes, comme les syndicats et les associations des parents d’élèves.

D’ailleurs, plusieurs parents d’élèves ont décrié cette décision puisqu’ils ont déjà payé les frais de scolarité du mois de septembre 2021. Est-ce que les propriétaires des écoles privées vont les rembourser?
Cette décision va créer un véritable chaos. Nous allons assister dans les prochains jours à des protestations comme celles de l’année dernière. Effectivement, il y aura ce problème avec les propriétaires des écoles privées. Mais, il faut aussi savoir que ces derniers sont aussi lésés par cette décision hasardeuse. Ils vont devoir rembourser les parents d’élèves, mais ils ont aussi des charges fixes à payer. Il faut que le ministère de l’Education nationale trouve des solutions. Le ministère, qui n’a consulté personne, va les rencontrer cette semaine, ceci alors qu’il pouvait le faire avant l’annonce de cette décision et éviter qu’ils soient pris au dépourvu.

Pourtant, le report de la rentrée scolaire n’est pas la solution ultime. Il existe d’autres solutions que le ministère aurait pu mettre en place pour éviter cet «abandon scolaire» d’un mois.
C’est effectivement un abandon scolaire clair et net. Il n’y a pas que du noir ou du blanc. La fermeture n’est pas la solution. Déjà, ils n’ont pas avancé de raisons valables, donc il s’agit d’une décision injustifiée et qui aura de grandes répercussions sur les familles et les enfants. Maintenant, pour répondre à votre question, il existe, bien sûr, d’autres solutions. Nous avons accumulé une expérience l’année dernière en optant pour plusieurs formes d’enseignement.

On aurait pu, par exemple, instaurer un mode d’enseignement distanciel. Vous savez, il y a beaucoup de points d’interrogation qui subsistent par rapport à cette décision. Nous ne savons pas pourquoi le ministère a agi de la sorte sans consulter les parties prenantes et pourquoi il a pris une décision qui impactera négativement tout le monde, alors qu’il existe d’autres solutions médianes. A quelques jours de la fin de son mandat, le ministre nous quitte en restant fidèle à ses échecs et à sa mauvaise gestion unilatérale de ce secteur.

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