Abdelali Hamiddine: "Le PJD est certes souffrant, mais il n’est pas mort"

Entretien avec Abdelali Hamiddine, membre du secrétariat général du PJD

Abdelali Hamieddine n’y va pas par quatre chemins pour analyser la cuisante défaite de son parti aux dernières élections législatives, régionales et locales du 8 septembre. Il y a des campagnes de dénigrement dont le parti a été la cible, mais la direction sortante du PJD n’a pas été en mesure de rectifier le tir. Le retour de Abdelilah Benkirane à la tête du parti est une bonne chose, il est le seul capable de remobiliser les membres du parti, dit-il.

Votre parti, le PJD, se trouve dans une situation de crise sans précédent. Quelle en sont les raisons, d’après vous?
Le terme “crise” me paraît un peu fort pour qualifier la situation du PJD. Je dirais plutôt que ce n’est pas l’état de santé du parti que nous voulons. Notamment au vu de notre cuisante défaite aux élections du 8 septembre 2021 qui a fait passer le nombre des députés PJD de 125 à 13 et la perte de plusieurs grandes villes, voire même ce que certains appellent des fiefs électoraux du PJD.

Ceci est dû à plusieurs facteurs objectifs, notamment les attaques dont il est victime depuis qu’il dirige le gouvernement (2012 à 2021), la mobilisation de certains médias pour s’attaquer au PJD et le travail fait dans le même sens au niveau des réseaux sociaux, tout cela a fait que le PJD a chuté.

Vous reprenez ici le même discours d’il y quelques mois, à savoir: le “PJD victime de la conspiration des autres”...
Non, je n’ai pas dit cela et permettez-moi de terminer mon propos. En plus des éléments cités, j’ajoute, entre autres, le fait que l’organisation des trois élections (législatives, locales et régionales) le même jour a compliqué la tâche pour nous, en plus de la pression exercée par l’Administration sur certains de nos candidats, notamment au niveau local. Je peux dire que l’Administration n’a pas été neutre dans la gestion des opérations électorales depuis l’élaboration des textes de loi jusqu’à la proclamation des résultats.

Vous accusez l’Administration d’avoir préparé des textes de loi électorale vous visant alors que le Chef du gouvernement pendant dix ans était du PJD… C’est à n’y rien comprendre.
J’y viens, et cela rentre dans le cadre des facteurs subjectifs qui ont conduit le parti à ce résultat. Pendant ces cinq dernières années, l’institution du Chef du gouvernement a été faible, son action n’a pas été convaincante.

Le Chef du gouvernement sortant n’était pas prêt à affronter les adversaires du parti, y compris au sein du cabinet qu’il dirigeait. Les réalisations du gouvernement El Othmani sont bonnes, notamment au vu de la pandémie, mais la communication du Chef du gouvernement, par ailleurs secrétaire général du PJD, a été défaillante. Présenter le bilan de cinq ans aurait dû être fait avec une touche et une lecture politiques qui le contextualisent et le mettent en relief, mais venir citer des chiffres, ce n’est pas porteur. Au contraire, c’est devenu contre-productif et nos partenaires au sein de l’ancienne majorité ont été les premiers à nous tirer dessus au sujet du bilan dont ils sont également comptables…

Mais il y a eu des décisions du gouvernement PJD qui ont cristallisé le rejet des Marocains…
Effectivement... La signature de l’accord tripartite Maroc-USA-Israël n’est pas une décision qui passe sans laisser des traces sur le parti. Le peuple marocain reste l’un des peuples les plus attachés à la cause palestinienne et l’un des défenseurs les plus acharnés du droit du peuple palestinien à son Etat indépendant. Dans la rue, les gens nous le disent et s’il y a des désaffections dans notre matelas électoral, c’est en partie à cause de cette affaire.

Deuxième décision qui a eu un impact dévastateur sur le PJD, la loi sur le cannabis. Pourquoi s’est-on empressés de la faire passer? Il faut tout de même relever une chose: le PJD est le seul parti dans l’histoire du Maroc à avoir dirigé le gouvernement pendant dix ans, deux mandats de suite. Il y a donc l’usure du pouvoir à ne pas négliger.

C’est dans ce contexte de la crise que le PJD a tenu un congrès extraordinaire, les 30 et 31 octobre 2021 à Bouznika, soldé par le retour de Abdelilah Benkirane au poste de secrétaire général…
La situation du parti n’est pas aussi critique que vous le dites. Il y a eu des départs, des démissions de personnalités de premier plan, comme Mustapha Ramid, qui a un poids non des moindres au sein du parti, mais la vie des partis politiques est ainsi faite. Le retour de M. Benkirane est une bonne chose pour le PJD puisqu’il jouit d’une popularité intacte au sein de la base et de la direction. Il a de l’expérience et du savoir-faire et il est, à mon sens, le seul actuellement qui peut remobiliser le PJD et redonner confiance à ses membres, notamment ceux de base. Le PJD n’est pas mort, il est certes souffrant mais en voie de guérison, croyezmoi, nous reviendrons plus forts, je peux vous le garantir.

Mais réélire M. Benkirane, c’est rester dans le cercle des fondateurs du parti, mais pas de renouvellement des élites donc…
M. Benkirane est un cas à part et je vous ai répondu sur le pourquoi de son choix. Quant au renouvellement des élites, la grande majorité du secrétariat général sont des nouveaux membres, des jeunes pour une bonne partie d’entre eux.

Autre signe que le PJD se remet du choc du 8 septembre, le congrès s’est déroulé dans les meilleures conditions possibles, en présentiel pour les membres du conseil national et à partir des sections locales par visioconférence sur 80 points. Toutes les résolutions du congrès et l’élection de M. Benkirane n’ont fait l’objet d’aucune contestation.