COLLOQUE "REPENSER LES MÉDIAS DU MAGHREB"

Colloque « Repenser les médias du Maghreb » : A quoi doivent ressembler les médias maghrébins ?


Les 17 et 18 novembre 2023, des journalistes venus des quatre coins du Maghreb se sont retrouvés à Rabat pour échanger, mais aussi explorer les défis que rencontre la presse dans la région et de la manière la meilleure d’y parer. Et selon les participants, la tâche est loin d’être aisée.

« Dans les pays du Maghreb, confrontés qu’ils sont à de nombreux défis politiques et sociaux, une presse indépendante et libre est indispensable pour éclairer les débats publics et promouvoir la transparence et la responsabilité ».

En plus de son accent, qui laisse clairement entendre qu’il est d’origine tunisienne, Samir Bouaziz est aussi, de toute évidence, un grand passionné de la pratique journalistique maghrébine.

À l’instar de nombreux de ses confrères d’Algérie, de Libye, du Maroc, de Mauritanie et de Tunisie, ce journaliste était présent les 17 et 18 novembre 2023 à l’hôtel Hassan de Rabat pour le colloque « Repenser les médias maghrébins: du défi technologique à l’indépendance économique et éditoriale », organisé par le Forum marocain des jeunes journalistes (FMJJ).

Occupant également le poste de responsable du plaidoyer au bureau de l’ONG Reporters sans frontières (RSF) en Afrique du Nord, M. Bouaziz a indiqué qu’à ses yeux, « malgré les efforts de la presse dans notre région, soutenus par le mouvement des droits de l’homme, les indicateurs demeurent négatifs, avec des progrès souvent suivis de reculs ». D’où, selon lui, l’importance du colloque.

Pour une presse libre
Au cours de la rencontre, les participants ont mis en lumière différents défis auxquels, ont-ils insisté, est confronté le paysage médiatique régional, et ce en vue de proposer des pistes de réflexion pour les surmonter.

Parmi ces défis, le président du FMJJ, Sami El Moudni, qui s’est également exprimé au cours du colloque, en a retenu trois, à savoir l’avancée technologique, la protection de la liberté d’expression et d’information ainsi que le maintien de l’indépendance éditoriale et économique des entreprises médiatiques.


Pour lui, c’est au sein de cet écosystème médiatique complexe que « seule une presse authentiquement libre peut assurer aux citoyens l’accès à une information fiable et digne de confiance ».

M. Moudni a par ailleurs mis en avant la responsabilité qui incombe à la presse, rappelant le message adressé le 15 novembre 2002 par le roi Mohammed VI à l’occasion de la journée nationale de l’information qui avait positionné la liberté d’expression en tant que pilier du développement démocratique et de la qualité journalistique au Maroc.

Abordant les entraves concrètes à la liberté de la presse, telles que l’incarcération et la poursuite judiciaire de journalistes, M. El Moudni a, en outre, exprimé la nécessité urgente de réformer les lois relatives à la presse pour qu’elles soient conformes aux normes internationales des droits de l’Homme, tout en dénonçant l’utilisation abusive du droit pénal dans les affaires de presse, appelant à une distinction législative claire pour protéger les journalistes et préserver le principe que « la liberté d’informer est sacrée ».

Rêve maghrébin
Dans cette réflexion sur le paysage médiatique, le président de l’Autorité générale de surveillance des contenus médiatiques de Libye, Jalal Othmane, a rappelé la révolution apportée par le journalisme citoyen et les médias alternatifs, malgré les défis d’une certaine désorganisation éditoriale. Il a mis en exergue la capacité de la technologie à donner une voix à ceux qui en étaient privés, tout en mettant en garde contre les dangers de désinformation inhérents aux réseaux sociaux.

De son côté, Amna Al-Tayeb, responsable juridique chez Article 19 MENA, une ONG internationale, a fait valoir que gagner la confiance du public est l’un des objectifs clés que les médias doivent viser face aux défis numériques et aux nouveaux outils. Elle s’est attardé sur la nécessité de réviser les lois régissant la profession pour une presse de qualité et a souligné l’importance de la régulation autonome pour renforcer l’indépendance des institutions médiatiques.

Ainsi, Rabat a été durant les deux jours du colloque le théâtre d’un élan fédérateur pour les professionnels du journalisme maghrébin, articulant une vision ambitieuse d’un Maghreb soudé par le socle d’une presse indépendante et vigoureuse. Les recommandations issues de la conférence dessinent une stratégie claire pour un journalisme responsable, éthique et adapté aux défis du numérique. Elles appellent à une coopération accrue entre les journalistes du Maghreb, à travers la mise en place de programmes conjoints et l’élaboration de chartes communes, notamment dans la lutte contre les discours de haine et la désinformation.

De quoi vraisemblablement ravir M. Bouaziz et le reste de la profession dans la région.

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