76.907 personnes interpellées dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire

La police fait respecter la loi

Le Royaume fait partie d’une liste de quinze pays qui, selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, devraient lâcher du lest en matière d’usage des pouvoirs d’urgence.

Et si le Maroc était tout simplement allé trop loin dans l’application des dispositions décrétées dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire vis-à-vis de sa population? Au lundi 27 avril, ce sont 76.907 personnes qui, selon les dernières statistiques de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), ont été arrêtées pour avoir violé ces dispositions, entrées en vigueur le 24 mars et qui punissent d’une peine d’un à trois mois d’emprisonnement ainsi que d’une amende de 300 à 1.300 dirhams tout contrevenant.

Et à en croire le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDC), les autorités marocaines devraient lâcher du lest. En effet, le Maroc a été mentionné ce 27 avril par l’agence onusienne dans une liste de quinze pays, dont le Nigeria, le Kenya et l’Afrique du Sud en Afrique, qui useraient “des pouvoirs d’urgence comme d’une arme pour faire taire l’opposition, contrôler la population, ou même rester au pouvoir”, pour reprendre le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, qui s’est toutefois gardée de nommer les pays -c’est un membre de son cabinet qui a soufflé leur liste à l’agence de presse britannique Reuters.

Pouvoirs d’urgence
“[Les gouvernements] devraient [se] servir [des pouvoirs d’urgence] pour lutter efficacement contre la pandémie, ni plus, ni moins,” a martelé l’ancienne présidente chilienne. La réaction du gouvernement marocain ne devrait sans doute pas se faire attendre, mais il y a lieu de rappeler qu’au plan interne, plusieurs ONG étaient déjà montées au créneau pour dénoncer le “trop d’interpellations” effectuées selon elles par la police.

Dans des déclarations aux médias, le président de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), Aziz Ghali, avait même lié l’augmentation des cas récemment observés dans certaines prisons, dont 269 pour celle de Ouarzazate à elle seule, à ces interpellations. Pour rappel, c’est justement la crainte que les prisons se transforment en foyers épidémiques, du fait de leur surpopulation endémique, qui avait amené le roi Mohammed VI à gracier, le 4 avril, 5.654 détenus.

Dans le même sens, les députés du Parti de la justice et du développement (PJD) avaient saisi l’occasion, le 13 avril, du passage de Saâd Eddine El Othmani à la Chambre des représentants pour demander notamment la grâce des détenus arrêtés dans le cadre des mouvements de protestation ayant émaillé le Maroc au cours des dernières années, en faisant à l’évidence allusion aux activistes du Hirak ach-chaâbi d’Al Hoceima actuellement en prison. Huit jours plus tard, le groupe parlementaire de la formation islamiste à la Chambre des conseillers emboîtait le pas, là aussi lors d’une séance ayant connu la présence du Chef du gouvernement.

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