6 millions de marocains attendent la généralisation de la couverture sociale !

Le sort inconnu du RAMED exacerbe les souffrances d’une large frange de la population

Les aides du Comité de veille économique étant stoppées en juillet 2020, plus de 5,5 millions de personnes ont replongé dans la misère. Sans couverture sociale. D’où le caractère urgent du projet de généralisation de la protection sociale qui doit voir le jour sans tarder.

Que faut-il attendre encore pour lancer le projet de généralisation de la protection sociale? Le financement? Sur ce point, le Conseil des administrateurs de la Banque mondiale vient d’accorder un prêt de 400 millions de dollars destiné à soutenir le système de protection sociale du Maroc et qui s’inscrit, plus largement, dans le cadre du vaste programme de réformes engagé par les autorités en vue d’étendre les filets sociaux. «Le Maroc, qui a réagi de manière rapide et décisive pour aider les plus vulnérables face à la pandémie de Covid-19, accélère désormais ses réformes pour renforcer son système de protection sociale, une initiative que la Banque mondiale est fière de soutenir», déclare Jesko Hentschel, directeur des opérations de la Banque mondiale pour le Maghreb.

Toute bonne chose a un début. Et le signal de cette réforme impérieuse a été relevé dans le discours royal du 29 juillet 2020 célébrant le 21ème anniversaire de l’accession du Roi Mohammed VI au trône, qui a institué le grand chantier de la généralisation de la couverture sociale sur 5 ans. Le déploiement de cette réforme se fera de manière progressive, avait promis le ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Benchâaboun en conférence de presse début août 2020, et rappelé le 11 août 2020 devant la commission de la Chambre des représentants.

Au Parlement toujours, le 19 octobre 2020, en présentant le projet de loi de Finances (PLF) 2021, le ministre déclare: «Il faut considérer la relance de l’économie nationale, la généralisation de la couverture sociale et la réforme du secteur public comme des causes qui dépassent les différends politiques et idéologiques, les positions sociales et les intérêts économiques, et il faut l’éloigner de toute récupération politicienne», a-t-il affirmé. Dans le détail, à compter de 2021, sur une période de 5 ans, la première phase s’étendra de 2021 à 2023 et sera marquée par le déploiement de l’AMO et des allocutions familiales. Quant à la seconde phase, 2024-2025, elle portera sur la généralisation de la retraite et l’indemnisation pour perte d’emploi. Le Ramed, appelé à disparaître, permettra une plus grande généralisation de l’AMO, qui ne couvre actuellement qu’un tiers des Marocains. Quand le Ramed va-t-il disparaître? Est-il encore valable et jusqu’à quand? On n’en sait rien. Quel sera le sort de plus de 6 millions de Marocains qui disposaient d’une carte Ramed et qui ont besoin du moindre soutien?

Entreprises en difficulté
Depuis le début de la pandémie, la réalité quotidienne a révélé que plusieurs millions de Marocains sont écartés du système économique formel. Ils sont 5,5 millions de ménages qui vivent du secteur informel (dont plus de 45% dans le monde rural), surendettés (dettes du loyer du foyer familial et des frais d’eau et d’électricité de trois mois), sans compter les 712.000 employés du secteur formel au chômage. Jusqu’en juillet 2020, ils bénéficiaient de l’aide financière décidée par le CVE (Comité de veille économique). Ce dernier a créé des filets de protection sociale qui comprenaient, outre le versement mensuel de 2.000 DH aux employés des entreprises en difficulté affiliés à la CNSS, une assistance mensuelle directe allant de 800 à 1.200 DH pour les travailleurs du secteur informel en fonction du nombre de personnes composant le ménage.

Mais ces aides ont été stoppées. Ce qui a replongé cette catégorie dans la misère. Livrée à elle-même, elle peine à joindre les deux bouts. En sus, on lui demande de trouver des solutions à la saturation de l’hôpital public en s’attachant les services du secteur privé qui exige des sommes astronomiques en contrepartie des soins anti-Covid. D’où le caractère urgent de la généralisation de la couverture sociale qui constituera une soupape sociale à même de la tirer un tant soit peu des méandres de la pauvreté extrême.