64 jours de peine et d’indifférence

Le calvaire indescriptible de Ahmed Yaakoubd et de sa femme Laaziza, bloqués à paris

Pour Ahmed et son épouse, la seule véritable assistance dont ils avaient besoin, c’est de se voir accompagner par les autorités de leur pays pour régulariser leur situation de séjour. Ils ont un peu moins souffert que d’autres, dont le cri de détresse est resté longtemps inaudible.

Il y a 64 jours, Ahmed Yaakoubd, 67 ans, et sa femme Laaziza n’auraient jamais pensé qu’ils allaient passer un aussi long séjour en France loin de leur pays. Il est vrai que cela leur fait toujours plaisir de voir leur fille, étudiante en Master en Marketing digital à Paris, et qu’ils rêvent toujours de rester aussi longtemps que possible auprès d’elle, mais jamais en situation irrégulière.

Homme fier, intellectuel, Ahmed avait un billet de retour Paris Orly-Rabat, le 14 mars à 13h40. Son visa Schengen était toujours valide. Il devait expirer le 2 avril 2020, soit au moins deux semaines après son retour. Il s’est enregistré et le ticket d’embarquement entre les mains, il apprend soudainement, à sa grande stupéfaction, que le vol est annulé. «L’assistante de la compagnie Transavia nous a priés de nous diriger directement à la porte d’embarquement. Or, A l’entrée de ladite porte, lors de la validation de nos cartes d’embarquement et à notre grande stupéfaction, la machine nous a affichés que notre vol vient d’être annulé. On nous réoriente donc à l’agence Transavia vers laquelle nous nous sommes dépêchés et où il y avait déjà une bien grande masse de voyageurs marocains similaires à notre cas qui s’entassaient», confie-t-il. Il quitte l’aéroport.

Destination le Commissariat de police de l’aéroport, qui se situe à 30 min à pied dans les alentours de l’aéroport. Une fois arrivé, on lui signifie que la décision a été prise par les autorités marocaines de fermer les frontières et qu’on ne peut rien pour lui. Rebroussant chemin, il constate une foule énorme attroupée devant une agence RAM qui proposait des tarifs faramineux. La compagnie était la seule à organiser encore des vols. Il s’adresse à la compagnie Transavia qui lui fait part de son regret!

Il prend son mal en patience. Le couple retourne à la maison de sa fille. Il a de la chance d’avoir un toit sous lequel il va passer ses 64 jours de confinement forcé à Paris. Toutes les tentatives entreprises pour résoudre ce problème qui a perduré, sans cesse, jusqu’à 23h30 du dimanche 15 mars se sont avérées inutiles. Ahmed adresse alors le lendemain, le 15 mars, un courriel (dont Maroc Hebdo détient une copie) à toutes les représentations consulaires et diplomatiques françaises et marocaines –y compris l’ambassade du Maroc en France et l’ambassade de France au Maroc, les consulats de Colombes, de Villemomble…) où il leur explique, y joignant tous les documents et les justificatifs nécessaires, sa situation de séjour qui risquait de devenir irrégulière. Dans les deux jours qui suivent, il reçoit un appel du consulat général du Maroc à Orly qui le prie d’entrer en contact avec le consulat du Maroc à Villemomble. Ses appels s’avérèrent infructueux.

«Samedi 9 mai 2020, après avoir répondu à un mail émanant de la cellule de crise du consulat général d’Orly qui me réclamait des copies des passeports et des visas, on m’apprend que c’est le consulat de Villemomble qui devait prendre en charge notre cas. Pourtant, cette représentation consulaire figure bien parmi les différents destinataires de mon mail du 15 mars 2020 et à laquelle j’ai renvoyé ledit mail avec toutes les pièces requises. Jeudi 14 mai, l’interlocuteur consulaire m’appelle, en fin d’après-midi, pour m’assurer clairement que ses services ne peuvent m’être d’aucune utilité et que c’est à moi-même de me débrouiller avec les autorités françaises pour régulariser notre séjour...

Le comble, on ne se gêne point de me proposer de me déplacer au consulat pour qu’on me remette un modique bon d’achat de 50 euros», se désole-t-il. «Ma femme est diabétique et tous deux nous sommes hypertendus… Les médicaments de telles maladies chroniques ne sont délivrés que sur ordonnance… C’était un calvaire en plus. Mais dans mon cas, ce n’est pas de l’aide financière dont j’avais besoin», ajoute-t-il.

Grâce à ses économies et au soutien de ses deux enfants établis aux Etats-Unis, Ahmed et sa femme ont pu bien se débrouiller financièrement tandis que beaucoup de couples ont souffert le martyre pour joindre les deux bouts, bloqués au niveau des aéroports sans ressources et sans assistance.


1 commentaire

  • MORISSET

    21 Mai 2020

    C est une honte Je me suis trouvé dans une situation similaire a Agadir J avais un billet de retour avec Royal air Maroc je ne compte pas les déplacements et les appels téléphoniques Cela fait plus de trente ans que je vais au Maroc 2 a 3 fois par an Je suis en colére contre la compagnie Royal air maroc Le consulat de France a Agadir L ambassade de France a Rabat et le quai d Orsay a Paris Atteint de trouble vasculaire je n avais plus de Médicaments Tous mon fait comprendre que il fallait me débrouiller seul !!!!!

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