60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie: De l’oppression coloniale à l’oppression de la junte militaire


Défilé militaire du 5 juillet 2022 à Alger

L'Algérie a célébré en grande pompe, mardi 5 juillet 2022, le 60e anniversaire de son indépendance après 132 ans de colonisation française. L’occasion pour le régime militaire, qui prend en otage tout un pays et une population de 44 millions d’âmes, d’exposer ses muscles avec une imposante parade militaire dans la capitale, Alger. Après avoir déposé une gerbe au Sanctuaire des Martyrs à Alger, le président Abdelmadjid Tebboune, debout dans une voiture au toit ouvrant, a passé en revue des unités de plusieurs services de sécurité avant de donner le coup d'envoi du défilé militaire. Une parade d’une telle envergure qu’on ne retrouve plus que dans des pays sous un régime autocrate comme la Chine ou la Russie et antérieurement dans la Libye du colonel Kadhafi.

Le logo qu’a choisi le pouvoir algérien pour fêter cet anniversaire de l’indépendance traîne sa casserole de symboles: silhouettes de deux maquisards des années 1954-1962, avion de chasse, missiles, char et navire de guerre.

C’est dire que soixante ans après son indépendance, l’Algérie ou plutôt les Algériens ne sont toujours pas maîtres de leur destin. La date du 5 juillet 1962 a, certes, signé la fin de l’oppression coloniale française mais elle a annoncé le début d’une autre oppression, celle d’une institution militaire qui se nourrit du sang des Algériens et de leur souffrance.

Dans un pays aux mille-et-une richesses fossiles, les Algériens arrivent à peine à survivre. Misère, chômage, inflation des prix insoutenable, indisponibilité de denrées alimentaires de première nécessité… Selon la Banque mondiale, en 2021, le chômage des moins de 24 ans avoisinait les 32%. Depuis le mois de mars 2022, une allocation gouvernementale de 13.000 dinars (environ 80 euros) est accordée aux jeunes sans emploi. Le but est de dissuader une population jeune qui soit se suicide, soit brave la mort dans les côtes algériennes, en quête d’un Eldorado perdu.

A cette crise sociale se greffe une liberté d’expression étouffée à coups de matraques et de sentences prononcées par différentes juridictions sous l’emprise d’une junte militaire ‘’faiseuse des présidents’’.

Sur un plan économique, malgré ses pétrodollars, l’Algérie ne vit que de sa rente pétrolière et gazière. En septembre 2020, le chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune, avait promis "une économie ouverte sur le monde" et une ‘’Algérie nouvelle’’.

Mais, deux ans plus tard, l’économie algérienne pâtit toujours des mêmes maux: une bureaucratie omniprésente, une fiscalité hasardeuse et une absence de stratégie industrielle sans compter le poids d’un secteur public non-productif et surendetté. Le secteur du tourisme algérien ne rapporte que 300 millions de dollars (environ 288 millions d'euros) par an, contre plus de 13 milliards pour le Maroc. Rien d’étonnant quand on relève un manque d'infrastructures, des prix élevés des billets d’avions mais des difficultés d’obtention de visa pour les touristes étrangers.

Le pays, à la merci des caprices de ses caporaux avides et cupides, est au bord du gouffre après la chute des cours des hydrocarbures entre 2014 et 2021. Et malgré la reprise des courbes des cours internationaux du pétrole et du gaz engendrée par le conflit en Ukraine et que le renflouement à nouveau des caisses de l’État, l’Algérien lambda a encore du mal aujourd’hui à se procurer 1 litre d’huile de table ou de lait.

En tout cas, c’est le moindre souci pour l’establishment algérien, qui se vante de son armée et de son armement et qui dilapide ce qui reste, après la répartition des richesses entre les généraux et les autres gradés de l’armée et les services, dans les campagnes de propagande contre le Maroc, son image et son intégrité territoriale à travers le financement de sa création, le Polisario.

La naissance en 2019 du mouvement populaire de contestation ‘’Hirak’’ a fini par convaincre cette horde de néo-dictateurs du 21e siècle que leur pouvoir n’est pas illimité ou éternel. Face à la rue contestataire, le régime utilise la politique du bâton sans la carotte. Arrestations arbitraires, condamnations lourdes à l’issue de procès éclairs, fermetures de journaux… tout est bon pour perpétuer les richesses et la mainmise d’une bande de malfrats et de propagandistes par excellence qui endossent le treillis militaire.

La parade militaire organisée ce 5 juillet à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance du pays en dit long sur une mentalité délétère qui prévaut au sein d’une organisation militaire qui a réquisitionné la gloire de l’indépendance aux véritables martyrs. Elle traduit la volonté maladive de faire peur au peuple et de le dissuader de s’engager dans des émeutes qui menacerait la forteresse des militaires.