5 milliards de dollars pour faire face à l'inflation


Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI
et Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib.


L!opération a été juste officialisée. C!est un emprunt qui prend la forme d!une certaine assurance en cas de crise budgétaire, ce qui est le cas actuellement. Mais aussi d!une fuite en avant pour repousser l!inflation autant que possible.

Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a approuvé lundi 3 avril 2023 un accord de deux ans en faveur du Maroc au titre de la ligne de crédit modulable (LCM), conçue pour la prévention des crises, d’un montant d’environ 5 milliards de dollars. «Le Maroc remplit les conditions requises pour bénéficier de cette LCM en raison de ses très solides politiques économiques, cadres institutionnels et fondamentaux économiques, ainsi que de son engagement à maintenir ces politiques à l’avenir», a indiqué le FMI dans un communiqué diffusé à Washington.

Un emprunt qui prend la forme d’une certaine assurance en cas de crise budgétaire, ce qui est le cas actuellement. Il permet d’y recourir en fonction du besoin, 1, 2, 3, 4 ou même les 5 milliards en une seule fois. L’opération a été juste officialisée. Déjà, le 9 mars 2023, le FMI était favorable à l’octroi au Maroc e cette ligne de crédit.

La conjoncture actuelle est certes difficile. Les séquelles de la Covid-19 ont été estompées puisque l’Etat a récupéré 90% du coût de cette crise (3 milliards de dollars) par les impôts. Aujourd’hui, le contexte est plutôt marqué par la sécheresse et les répercussions de la guerre en Ukraine. L’inflation des prix a un double impact négatif. L’un sur le pouvoir d’achat des ménages et le fonctionnement des petits et moyennes entreprises et l’autre sur l’indicateur macroéconomique de l’inflation qui a atteint 6,6% fin 2022 et qui risque d’imploser encore et encore.


Le gouvernement Akhannouch et Bank Al Maghrib veulent envoyer des signaux rassurants aux bailleurs de fonds internationaux comme le FMI, en freinant le déficit budgétaire et en baissant le taux de l’inflation. En empruntant jusqu’à 5 milliards dollars, ils peuvent arriver à leurs fins. Mais ce faisant, ils ne font que reporter ultérieurement autant que possible l’inflation et un creusement du déficit budgétaire du moins en 2023. Le revers de la médaille est que ce sont les consommateurs marocains et les entreprises marocaines qui payeront le prix réel de ces choix d’endettement et d’inflation et des taux d’intérêts des crédits qu’elle entraîne.

Compétitivité du pays
Car en grande partie, ce nouvel endettement extérieur, qui survient à quelques jours seulement de l’emprunt de 2,5 milliards de dollars sur le marché financier international avec un taux d’intérêt et une maturité moyennement élevés, est destiné à la consommation et au remboursement de la dette, non pas à l’investissement. La valeur ajoutée productive du Maroc représente annuellement 3,5% du Produit intérieur brut national (PIB), qui est d’une valeur de 117 milliards de dollars.

Ces 3,5% équivalent à 4 milliards de dollars. Donc, l’emprunt de 5 milliards de dollars équivaut à 15 mois de valeur ajoutée productive du Maroc. Ce qui veut dire que l’Etat recourt à l’endettement pour consommer et non pour investir afin d’augmenter la productivité et la compétitivité du pays. Les deux tiers de la dette servent à payer la dette et ses intérêts.

En outre, la dette globale du Maroc a atteint (avant les deux emprunts) 84% du PIB. L’endettement actuel hypothèque l’avenir des générations futures et réduira comme une peau de chagrin la marge de manoeuvre des futurs gouvernements. Il ne fera qu’accélérer l’inflation des prix dans les mois et années à venir. Le tout se répercute sur le pouvoir d’achat des citoyens déjà affaibli.

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