31ème Sommet arabe, un fiasco algérien


L’Algérie aura tout fait pour que son Sommet arabe capote. Ses bourdes, ses maladresses et ses manigances ont semé le trouble et accentué les divisions dans les rangs arabes.

 

Le 31e Sommet de la Ligue arabe, organisé les 1er et 2 novembre 2022 à Alger, a baissé le rideau par la publication de la «Déclaration d’Alger». Le texte a reconnu le rôle du Comité Al Qods, que préside le Roi Mohammed VI, dans la défense de la ville sainte face aux plans israéliens visant sa judaïsation et «le soutien apporté à la résistance de ses habitants». Il a porté, aussi, une mention spéciale aux actions de Bayt Mal Alqods Acharif, dont le siège est à Rabat, essentiellement financé par le Maroc. La «Déclaration d’Alger» a évité d’être explicite sur la question de l’appui armé de l’Iran à des milices séparatistes dans les pays arabes. Elle a exprimé son «rejet de l’ingérence étrangère sous toutes ses formes dans les affaires intérieures des pays arabes». Ni plus ni moins. Et pourtant, la délégation marocaine, présidée par Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, a présenté, samedi 29 octobre, lors la réunion à huis-clos des ministres des Affaires étrangères, un projet de résolution condamnant l’appui armé de l’Iran au Polisario. Le représentant permanent du Royaume auprès de la Ligue arabe, l’ambassadeur Ahmed Tazi, a souligné dans ce sens que la délégation marocaine, appuyée par de nombreux pays arabes, a appelé à la «condamnation de l’ingérence iranienne visant la déstabilisation des pays arabes». C’est dire que l’Algérie a tout fait d’abord pour empêcher d’inclure l’Iran dans l’ordre du jour de ce Sommet et quand elle n’a pas pu le faire, elle s’est évertuée pour qu’il n’y ait pas de condamnations claires qui feraient allusion au régime iranien et à ses ingérences belliqueuses et à ses velléités de semer la zizanie et de déstabiliser nombre de pays arabo-musulmans.

S’ils ne s’y étaient pas farouchement opposés, les locataires du palais d’El Mouradia savaient à quoi s’attendre. La solidarité témoignée par le Comité ministériel arabe chargé de faire face à l’ingérence du régime iranien et de son allié le Hezbollah libanais dans les affaires intérieures du Maroc en est une preuve éclatante. C’était au Caire, mardi 6 septembre 2022, en marge de la 158ème session du Conseil de la Ligue des États arabes au niveau des ministres des Affaires étrangères. Téhéran mène une guerre par procuration contre tous les pays arabes, hormis, bien entendu, l’Algérie, la Syrie et le Liban, détruit par le Hezbollah, bras armé du régime iranien. Cette entente algérienne douteuse avec le régime chiite de l’Iran décrédibilise le pouvoir militaire algérien, qui prétend, lors de ce sommet arabe, chercher à unifier les rangs des nations arabes.

Alger a toujours utilisé des alliances douteuses contre plusieurs pays arabes et notamment le Maroc. En s’appuyant sur l’Iran, la junte algérienne pense pouvoir porter un rude coup au Maroc, notamment en finançant et en encadrant les milices polisariennes. Un acharnement injustifié qui dure et perdure contre l’intégrité territoriale du Royaume, surtout que le rang des soutiens arabes et internationaux au plan marocain d’autonomie qui s’élargit ne cesse de provoquer l’ire d’Alger.

 

Guerre par procuration

Lundi 8 février 2021, lors de la conférence de presse à l’issue du 34e Sommet de l’Union africaine, le ministre Nasser Bourita s’est étonné de l’acharnement algérien contre le Maroc ces deux derniers mois. «Je suis surpris par l’énergie et le temps que consacre l’Algérie à la question du Sahara marocain. C’est presque devenu la question prioritaire nationale de l’Algérie. On a vu, au cours des dernières semaines, comment toutes les institutions algériennes se sont mobilisées. On a compté presque une cinquantaine de déclarations de la présidence de la République, du porte-parole du gouvernement, du Premier ministre, de la diplomatie algérienne, de l’armée algérienne. Même au niveau religieux, l’Algérie a mobilisé», a-t-il souligné. M. Bourita ne s’est pas arrêté à ce stade. «Est-ce que la question du Sahara marocain est la priorité des priorités de l’Algérie, plus que les questions qui concernent l’Algérie et les Algériens?», s’est-il interrogé.

Le 17 décembre 2020, lors de la prière du vendredi, le ministère algérien a demandé aux imams des mosquées de consacrer le prêche à la normalisation des relations maroco-israéliennes et la reconnaissance par Donald Trump de la souveraineté du Royaume sur son Sahara. «C’est une contradiction entre un discours qui présentait ce pays comme un pays observateur, un pays neutre, un pays qui ne défend que des principes, et une réalité où l’on voit la question du Sahara marocain placée comme la cause nationale algérienne», a poursuivi Bourita.

 

Propagande algérienne

Le régime algérien use de toutes les formes de propagande et de fausses informations pour s’attaquer ouvertement au Maroc par les voies officielles et officieuses, allant même jusqu’à inventer de son cru une prétendue guerre livrée aux Forces armées royales à El Guergarate où, pourtant, officient des représentants observateurs de l’ONU. Après la décision de l’administration américaine de reconnaître la souveraineté du Maroc sur son Sahara et d’ouvrir un consulat à Dakhla, il y a le changement de position historique, clair et sans ambages, de l’Espagne et de l’Allemagne, qui reconnaissent le plan d’autonomie marocain comme la solution crédible, sérieuse et réalisable pour un règlement définitif au différend autour du Sahara.

Du coup, l’acharnement contre le Maroc s’est accru par les médias à la solde du pouvoir et par le truchement même du Président, du porte-parole du gouvernement, des ministres et des généraux de l’armée.

C’est dire que l’Algérie est un Etat voyou. Un régime politique qui, plus est, cautionne de fausses informations et des mensonges produits par son principal organe de propagande, son agence de presse officielle, en l’occurrence l’APS. L’une des fausses informations qui a suscité une indignation internationale date du 29 septembre 2020. Cherchant à tout prix à soutenir la milice algéro-polisarienne au sujet de l’obstruction de la circulation civile et commerciale régulière à Guergarate, suite à la mise en garde d’Antonio Guterres, SG des Nations-Unies, au Polisario contre toute atteinte à la sécurité et à la paix au niveau de ce poste-frontière, l’APS a, dans une dépêche, prétendu que le porte-parole adjoint du chef de l’ONU aurait «répondu à une question écrite d’un journaliste sur Guergarate» et que dans sa réponse, il a tout simplement appelé «tous les acteurs à faire preuve d’un maximum de retenue afin de désamorcer toute tension».

 

Mensonges d’Etat

Dans une déclaration à la presse, le porte-parole adjoint de M. Guterres a affirmé que l’Organisation des Nations-Unies est «au courant des appels» des séparatistes du Polisario et de ses repris de justice à de «nouvelles manifestations» à Guergarate visant à y obstruer la circulation civile et commerciale. «La circulation civile et commerciale régulière ne doit pas être obstruée et aucune mesure ne doit être prise, qui pourrait constituer une altération du statu quo de la zone tampon» de Guergarate, a-t-il ajouté. Face à cette vérité, l’establishment algérien a dévoyé la vérité en tentant d’impliquer le Maroc. En vain.


C’était le deuxième mensonge d’Etat du genre en quelques semaines. Jeudi 3 septembre 2020, Marta Hurtado, porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, a catégoriquement démenti une fausse dépêche diffusée par APS, affirmant: «Faux, nous n’avons rejeté aucune plainte contre les autorités algériennes à notre niveau».

Pour mieux comprendre les péripéties de cette affaire, vendredi 28 août 2020, deux plaintes visant les autorités algériennes pour violation des droits de l’Homme ont été déposées auprès du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme à Genève. Trois jours plus tard, mardi 1er septembre, l’Agence de presse algérienne a publié une dépêche selon laquelle «la plainte introduite par des activistes politiques algériens à l’encontre des autorités algériennes avait été rejetée 24 heures après son dépôt et examen de son contenu par les délégués juristes du Bureau» des contentieux de l’ONU à Genève. Ces mensonges d’État sont une preuve que l’Algérie officielle est un Etat voyou.

De retour au Sommet arabe, parmi les points litigieux qui ont dissuadé la majorité des chefs d’État arabes -qui savaient pertinemment que ce Sommet serait un spectacle, occasion qu’ils ne n’ont pas voulu donner à l’Algérie- d’assister au 31e Sommet arabe, figurent, principalement, les positions de l’Algérie envers l’Iran ces dernières années. Mais aussi l’obstination algérienne à s’ingérer dans les affaires internes de pays arabes.

 

Nager en eaux troubles

L’Algérie a fait exprès d’approfondir ses relations avec l’Éthiopie sans tenir compte de la crise entre Le Caire et Addis-Abeba, ce qui a brouillé les relations égypto-algériennes.

Le parti pris de l’Algérie envers l’Éthiopie surprend à plus d’un titre sachant que l’Égypte «reste neutre» dans le conflit du Sahara opposant le Maroc et l’Algérie, au moment où le Royaume soutient Le Caire dans la crise du barrage de la Renaissance avec l’Éthiopie.

Les pays traversés par le Nil ont décidé de saisir l’ONU dans le cadre de leur différend régional.

L’Algérie y a vu une opportunité de nager en eaux troubles. Le voisin de l’Est a accueilli à bras ouverts, le 29 août 2022, le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed Ali. Ce dernier a été accueilli à l’aéroport international Houari-Boumediene par une importante délégation algérienne, présidée, notamment, par le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, le chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra. Le Premier ministre éthiopien a été reçu le jour même par le président algérien, Abdelmadjid Tebboune.

 

Désunir au lieu d’unir

Cette visite officielle de deux jours est intervenue au moment où l’Éthiopie recueille du soutien face à la crise l’opposant à l’Égypte et au Soudan. En début du mois d’août, Addis-Abeba avait poursuivi le remplissage du barrage de la Renaissance, suscitant l’indignation de ses voisins, qui ont pointé une décision «unilatérale» et «sans accord préalable» avec eux. L’Égypte a saisi l’ONU sur cette question.

L’Algérie a intentionnellement soutenu l’Éthiopie pour prendre sa «revanche» sur l’Égypte qui, elle, est soutenue par le Maroc. En mai 2022, le Maroc a exprimé son «plein soutien à la sécurité hydrique de l’Égypte en tant que partie intégrante de la sécurité hydrique arabe», appelant à «l’abandon des politiques unilatérales en rapport avec les fleuves internationaux et l’engagement envers le droit international», en ce qui concerne le remplissage et l’exploitation du barrage de la Renaissance.

Une position qui a valu au Maroc un soutien à son intégrité territoriale et un engagement en faveur d’une solution internationale à la question du Sahara par le Caire, exprimé dans le cadre d’une Déclaration conjointe après la visite au Maroc en mai 2022 du chef de la diplomatie égyptienne, Sameh Shoukry. Cette position de l’Égypte sur la question du Sahara a nourri la haine d’Alger envers Le Caire. Ce qui n’a pas empêché Abdel Fattah al-Sissi, le président égyptien, d’assister au Sommet arabe à Alger. Il avait en tête de dissuader le régime militaire algérien de toute manœuvre dans le différend l’opposant à l’Éthiopie. Pour les mêmes raisons presque, pour éviter les manigances des renseignements militaires algériens, que le président mauritanien Mohamed Ould El-Ghazaouani a assisté, lui aussi, à ce conclave arabe.

In fine, il va falloir déjà penser au prochain Sommet arabe, celui d’Alger s’étant avéré un fiasco à tous les niveaux. Et puis, qui veut unir les Arabes, l’Algérie? Elle cherche à désunir au lieu d’unir. En dehors de la question du Sahara, le voisin de l’Est interdit toujours aux avions civils marocains de survoler le ciel algérien. Il a refoulé des journalistes marocains venus assister au Sommet sous prétexte qu’ils n’avaient pas d’accréditation en les traitant avec mépris. N’est-ce pas une preuve de trop de l’hypocrisie et du paradoxe du pouvoir algérien qui prône la solidarité et la coopération interarabes?

Et puis de quelle solidarité les généraux algériens parlent-ils quand ils s’immiscent et enveniment les relations entre pays arabes? Sur le dossier libyen, l’Algérie soutient ouvertement le gouvernement de Tripoli afin de semer la zizanie entre les protagonistes, ne serait-ce que pour contrer l’initiative de la diplomatie marocaine qui a abouti aux accords et aux compromis prometteurs de Skhirat et de Bouznika. Mais, une fois de plus, la «Déclaration d’Alger» est allée à l’encontre des intentions de l’Etat voyou.

Elle a consacré l’importance de l’accord libyen, signé en 2015 à Skhirat, en tant que cadre général pour la résolution politique de la crise libyenne, ainsi que celle de la réunion du président de la Chambre des représentants libyenne avec le président du Haut Conseil d’État libyen pour trouver une issue à l’impasse constitutionnelle et impulser une nouvelle dynamique au dialogue politique inter-libyen

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