2020, LA TRANSITION ENCORE

Quelles perspectives pour la nouvelle année

Quelle attractivité et quelle crédibilité aura l’action du gouvernement puisque celle-ci s’inscrit encore dans le cadre d’un modèle de développement en réexamen?

Comment finit-on l’année? Et surtout comment appréhender 2020? Difficile de faire état de quelque euphorie que ce soit; tant s’en faut. Les douze mois écoulés ont-ils en effet nourri et accompagné de l’optimisme? Pas vraiment. Sur quoi ont porté les débats, ou plutôt les polémiques et les controverses? Sur du factuel de cristallisation autour de faits individuels des uns et des autres; cela occupe les réseaux sociaux et une certaine presse gourmande de sensationnalisme, voire de voyeurisme; mais les dossiers et les réformes avancent-ils?

Sous le signe de l’attentisme
C’est dire que si l’on devait séquencer 2019, trois moments pourraient être relevés: celui de l’attentisme jusqu’au discours du Trône, puis un trimestre d’espoir qui a suivi, enfin ces trois derniers mois marqués par un retour à l’attentisme. Voilà donc, l’on n’en sort pas! La relance de la croissance économique n’a pas été au rendez-vous avec un médiocre taux de 2,7; le chômage reste dans le palier de 9,4%, soit 1.114.000 personnes. La couverture sociale des professions indépendantes traîne; le financement du RAMED reste aléatoire; la réforme du code du travail et, partant, du droit de grève n’avance pas au Parlement.

Dans le domaine politique, le gouvernement, remanié le 9 octobre 2019 avec cinq «nouvelles compétences», a-t-il répondu aux attentes? Pas vraiment. Si la loi de finances 2020 a apporté divers amendements et initié des mesures, elle pâtit de grosses difficultés de bouclage. Dans ce même registre des politiques publiques, quelle dynamique a été enclenchée pour activer les réformes prévues dans les domaines de la santé, de l’enseignement, ou de la lutte contre la corruption? En matière de fiscalité, la loi-cadre n’a pas encore été adoptée. Qu’en est-il encore de la nouvelle génération des stratégies sectorielles recommandées par le Souverain? Au fond, ce gouvernement El Othmani n’arrive pas à changer de rythme ni de braquet pour ne plus continuer à gérer avec lenteur, hésitation et déperdition du temps. Sa capacité réformatrice est évidemment en cause et le Roi a multiplié les adresses et les critiques à cet égard. C’est que le gouvernement n’arrive pas à porter ni à incarner ce qu’il veut entreprendre, comment, suivant quelles modalités et en réunissant les conditions de faisabilité et de réalisation des objectifs fixés. Il pâtit aussi d’un déficit de soutien politique lié aux divisions de la majorité.

Faut-il rappeler que celle-ci n’arrive même pas à se réunir pour resserrer ses rangs et conjuguer ses efforts? Pèsent enfin sur ce cabinet deux autres facteurs. Le premier a trait à l’installation de la Commission spéciale sur le modèle de développement, annoncée en octobre 2017 par le Roi et qui a attendu vingt-six mois pour sa mise en place. Elle doit remettre à la fin du premier semestre 2020 son rapport présentant en principe une vision, un cap ainsi qu’une feuille de route. Elle doit également proposer des trains de mesures, les unes immédiates, les autres à terme. La présente situation est plutôt singulière avec un cabinet appliquant «sa» politique et «son» programme tels que définis jusqu’à présent, et, ailleurs, autre chose, à savoir un programme distinct, correcteur, alternatif fondé sur les recommandations de cette nouvelle commission, Quelle attractivité et quelle crédibilité aura l’action du gouvernement puisque celle-ci s’inscrit encore dans le cadre d’un modèle de développement en réexamen?

Un autre facteur, tout aussi inhibant, doit être pris en compte: celui du calendrier électoral. Ce cabinet El Othmani va achever normalement son mandat en 2021, que pourra-t-il bien faire d’innovant et de réformateur? Il aura encore moins de faculté l’année suivante, axée sur l’agenda des élections du printemps à l’automne: celles des collectivités locales suivies par celles des régions puis de la Chambre des représentants et de la Chambre des conseillers. Au total, quoi de neuf? La transition! En 2019 et même bien auparavant et puis aussi en 2020 et 2021. L’attentisme serait- il structurant? Il faut ardemment souhaiter que non... Mais comment? Et avec qui?


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