100 premiers jours du gouvernement Akhannouch

Un changement qui tarde à arriver

Sur un plan politique, le bilan d’étape montre une communication publique défaillante et décevante, notamment en relation avec l’imposition du pass vaccinal, l’affaire des enseignants contractuels et le dossier du rapatriement des Marocains bloqués à l’étranger. Quant à sa politique économique axée sur le social, elle est ambitieuse mais manque de moyens financiers.

Le 7 octobre 2021, le 17 janvier 2021. Cent jours se sont écoulés depuis la cérémonie de nomination par le Roi Mohammed VI des membres du nouveau gouvernement Akhannouch, qui laissait entrevoir un air de changement. Dès sa prise de fonction officielle, plus précisément le 13 octobre, il était contraint de trancher par rapport à un dossier d’une extrême importance: le projet de loi de finances 2022.

L’orientation qui s’en est dégagée a été fidèle aux promesses électorales notamment du RNI, le meneur de la majorité gouvernementale. Une politique économique axée sur le social, notamment le chantier royal de la généralisation de la protection sociale et l’intervention de l’État pour la relance économique à même de résorber le chômage en hausse. Créer 1 million d’emplois était signe d’un courage politique, aider les familles nécessiteuses et revaloriser les allocations familiales et les pensions de retraite, le challenge à relever était de taille.

Concernant la promesse de créer de nouveaux emplois, elle a été tenue puisque le Chef de gouvernement a signé, le mercredi 12 janvier 2022, la circulaire de lancement du programme «Awrash» visant à créer 250.000 emplois directs, dans les chantiers temporaires au cours des années 2022 et 2023. Le programme bénéficiera à environ 250.000 personnes dans le cadre de contrats «travaux» conclus par des associations de la société civile, des coopératives et des entrepreneurs.

Il s’agit notamment de personnes ayant perdu leur emploi en raison de la pandémie de Covid-19, et d’autres ayant des difficultés d’accès aux opportunités d’emplois. Ce programme s’inscrit dans la même vision du programme «Forsa», avec un budget de 1,25 milliard de dirhams, qui ambitionne de créer et accompagner, sur une période de 5 ans, 12.000 entreprises.

Des promesses électorales à la réalité, le gouvernement a-t-il les moyens de ses ambitions? Le gouvernement s’est engagé à injecter, chaque année (sur cinq ans), 50 milliards de dirhams dans le budget de l’État pour financer sa politique sociale, dont le coût est estimé à 250 milliards sur cinq ans. Mais pour ses 100 premiers jours, il n’explique pas d’où il puisera cet argent.

Un budget déficitaire
Dans la loi de finances 2022, la pénurie des ressources financières ne pouvait être cachée. L’équilibre entre les recettes ordinaires du budget et les dépenses ordinaires donne un résultat négatif de 15,45 milliards de dirhams (pour la deuxième année consécutive puisque le solde de 2021 était de -25,832 milliards de dirhams). Pour le gouvernement Akhannouch, la solution reposait essentiellement sur l’élargissement de l’assiette fiscale de l’Impôt sur les sociétés (IS). Le hic, c’est que cette mesure peut freiner la relance économique tant attendue.

Concernant la préservation du pouvoir d’achat, ce projet de loi de finances 2022 est considéré comme une déception avec l’instauration de nouvelles taxes. En l’absence de la subvention des carburants et des produits alimentaires et de première nécessité, le PLF 2022 a mobilisé 8 milliards de dirhams dans la masse salariale publique, la compensation (essentiellement pour le gaz), le programme de l’emploi, la protection sociale… De l’argent qui ne servira finalement pas à soutenir le pouvoir d’achat d’une large frange de la population.

Toujours sur le plan de la politique économique, le gouvernement ne veut pas serrer la ceinture. Dans la loi de finances, Le montant total des charges ressort à 519,2 milliards de DH pour l’année 2022 contre 476 MMDH en 2021, soit une hausse de 9,1%. Les charges prévues dépassent même celles de 2020, qui étaient de l’ordre de 507,5 MMDH. En ce qui concerne les ressources, elles sont estimées à 460,6 MMDH en 2022, contre 432,1 MMDH en 2021, soit une hausse de 6,61%. Le plus dur à avaler est que sur ces 460,6 MMDH de ressources, 105,3 milliards proviennent des recettes des emprunts. Ce qui veut dire que l’endettement sert au fonctionnement des services de l’État. Il est destiné beaucoup plus à la consommation qu’à l’investissement productif et créateur de nouvelles richesses!

Sur un plan politique, le bilan d’étape est généralement décevant. A commencer par une communication publique défaillante et décevante, voire même maladroite et improvisée, notamment lorsqu’il s’agissait d’imposer le pass vaccinal et d’annoncer la fermeture des frontières du Royaume et surtout en relation avec la gestion du dossier du rapatriement des Marocains bloqués à l’étranger.

La même stratégie, celle de surprendre sans informer au préalable, a été poursuivie pour annoncer la nouvelle condition exigée pour le recrutement des enseignants contractuels. La décision de fixer l’âge de recrutement des enseignants contractuels à 30 ans, non concertée avec les acteurs du monde de l’éducation ou les syndicats, a suscité l’ire des jeunes enseignants. Les manifestations ont auguré d’un bras de fer avec le gouvernement dont la communication va dans un seul sens.

Là aussi, le gouvernement a mis beaucoup de temps pour expliquer sa position ou sa vision sur ce sujet brûlant qui cristallisait beaucoup d’attentes. Preuve de son désarroi, quelques jours plus tard, le ministre de l’Éducation était contraint de tempérer et de se montrer conciliant, le temps que son chef de gouvernement et son co-équipier chargé de la Justice et secrétaire général du PAM, Abdellatif Ouahbi, viennent le soutenir. L’autre point noir sur le tableau du bilan politique, c’est le retrait soudain du projet de réforme du code pénal qui incluait un article sur l’enrichissement illicite.

Par ailleurs, il y a un point positif à mettre à l’actif du gouvernement. Il s’agit en l’occurrence de la signature de la Charte de la majorité, un pacte qui renforcera la cohésion et le consensus gouvernementaux dans la prise des décisions. Du moins, on n’assistera pas au même manque de coordination, d’homogénéité et de solidarité qui caractérisait de manière visible l’ancien Exécutif sous Saâd Eddine El Othmani. Somme toute, le bilan d’étape dénote un manque de courage politique et une politique économique qui ne se détache guère de la voie classique poursuivie par les anciens gouvernements.