Quand l’émir Abdelkader donnait Oran aux Français


 


Bientôt Oran pourrait se voir surplombée par une statue de l’émir Abdelkader. Lors d’une réunion qu’il a présidée le 24 mai 2023, le wali de la ville algérienne, Saïd Sayoud, a indiqué avoir expressément obtenu un financement de 1,2 milliards de dinars (environ 90 millions de dirhams) de la part de la présidence de la République. Montant qui devrait non seulement servir à la construction de la statue, mais également d’un musée, tous deux sur le mont Murdjadjo, dans les hauteurs de celle que l’on surnomme de l’autre côté de l’oued Kiss “El-Bahia”, c’est-à-dire la radieuse. “Nous avons déjà une idée bien précise sur la conception de ce projet," a déclaré M. Sayoud. "Avec une hauteur de 42 mètres, la statue sera plus haute que Santa Cruz et dépassera même la plus haute statue du monde qui domine la ville de Rio de Janeiro au Brésil qui a 39 mètres de hauteur (celle du Christ Rédempteur, ndlr). Ainsi, Oran sera dotée de la plus haute statue du monde.”

Sauf que ce que les responsables algériens semblent ignorer, ou peut-être ne font-ils que le feindre, c’est que l’occupation française d’Oran est directement due… à Abdelkader. Ce dernier, qui s’était proclamé chef d’un émirat ayant pour capitale Mascara puis Tagdemt dans la foulée de l’arrivée de la France en Algérie, avait en effet signé en mai 1837 avec le général Bugeaud le traité dit de la Tafna, qui concédait au pays européen une partie de la province d’Oran, en incluant Oran elle-même. Il lui avait par ailleurs également accordé la souveraineté sur “Alger, le sahel, la plaine de la Mitidja -limitée à l'Est par l'oued Khuddra (chez les Aïth Aïcha), en aval; au Sud par la crête de la première chaîne du petit Atlas blidéen, jusqu'à la Chiffa jusqu'au saillant de Mazafran, et de là par une ligne directe jusqu'à la mer, y compris Koléa et son territoire”. Et c’est suite à cela que la population de l’Ouest de l’actuelle Algérie, notamment celle de la ville de Tlemcen, se tourna d’ailleurs vers le sultan Moulay Abderrahmane pour le délivrer du colonialisme; ce qui allait finir par coûter à l’Empire chérifien, après la défaite d’Isly en août 1844, des parties historiques de son territoire, à savoir toutes celles situées sur la rive gauche de l’oued Tafna, qui avait donc donné son nom au traité mentionné plus haut.

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