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Malal: “Les chiffres annoncés dans le PLF 2023 jettent le doute sur les réalisations escomptées ”

Interview de Mohamed Malal, président de la commission des infrastructures, de l’énergie, des mines et de l’environnement.


Député USFP, Mohamed Malal, membre du conseil régional d’Essaouira, revient sur le projet de loi de finances en discussion au Parlement.

 

Qu’est-ce qui vous a marqué le plus dans le projet de loi de finances 2023 actuellement en discussion au Parlement?

D’abord, je dois vous dire que notre parti, l’Union socialiste des forces populaires, a toujours été une formation politique constructive et n’a jamais opté pour une sorte d’opposition systématique. Notre critique de l’action du gouvernement est et restera avant tout objective et motivée par notre approche d’être au service du pays et pour la défense de la population. Le gouvernement actuel, présidé par Aziz Akhannouch, a présenté son projet de loi de finances 2023 après une année d’exercice. Les grandes lignes de la loi de finance de 2022 avaient été préparées par le gouvernement sortant. Tout le monde s’attendait donc à ce que le projet actuel soit marqué par une certaine rupture par rapport à ce qui a été fait sous le gouvernement PJD. Tout le monde s’attendait aussi à avoir un projet de loi de finances exceptionnel pour pouvoir apporter des réponses à la situation exceptionnelle que vit le pays. C’est un projet classique, voire conservateur, qui nous a été soumis.

 

C’est-à-dire…

Le Maroc a subi, comme le reste du monde, deux années de pandémie. Avec tous les dégâts que cela a engendrés, aussi bien sur la machine économique nationale que sur le plan des échanges commerciaux et sur le plan social. On attendait du projet de loi de finances des mesures de relance et de redynamisation de l’économie nationale. Cela devait passer par des mesures chocs, notamment au profit des PME. Lesquelles constituent presque 80% du tissu productif du pays. Des mesures relatives à la préférence nationale qui mettent les PME dans une bonne position face à la concurrence étrangère; faciliter l’accès des PME aux marchés publics tout comme aux crédits, les banques marocaines posent tellement de contraintes aux PME que ces dernières se trouvent dans l’incapacité de remplir les conditions de financement… En lieu et place de cela, le gouvernement reprend les mêmes dogmes, à savoir l’austérité et l’équilibre budgétaire au détriment du pouvoir d’achat et de la paix sociale. Surtout que, comme je l’ai dit, la situation actuelle est exceptionnelle.

 

A part la pandémie du Covid, qu’est-ce qui fait que le contexte soit exceptionnel?

Deux éléments clés expliquent cela. Le premier, l’impact de la guerre d’Ukraine. Elle a engendré la hausse des prix des carburants et d’autres matières premières, ce qui a induit des hausses en cascade sur le reste des produits, aussi bien sur le marché international que local. Le gouvernement n’a rien prévu qui soit en mesure de minimiser cet impact. Le projet de loi de finances fait juste le constat mais ne propose pas de remède. Au contraire, partant de ce constat, il accentue tout ce qui est rentier: les aides aux transporteurs, dont ne bénéficient que les détenteurs d’autorisations et d’agréments mais aucunement les chauffeurs ou les utilisateurs, il maintient les avantages fiscaux pour les grandes sociétés sans réelle contrepartie… La vraie réforme fiscale est, encore une fois, renvoyée aux calendes grecques. Cela dit, toute réforme doit d’abord faire l’objet d’une véritable étude d’impact basée sur la concertation avec tous les acteurs concernés.


 

Vous semblez oublier que l’année dernière était une année de sécheresse. Ce qui a compliqué davantage la situation.

Justement, c’est le deuxième élément. L’année dernière était une année de sécheresse et cette année ne s’annonce pas non plus sous de meilleurs auspices. Le gouvernement aurait dû être plus imaginatif, plus audacieux dans l’élaboration du projet de loi de finances. Pourquoi ne pas avoir revu à la hausse la part de la TVA dédiée aux communes rurales? Cela permettrait à ces communes d’avoir des ressources financières supplémentaires pour mener leurs projets de développement local. Cette mesure aurait pu donner un coup de pouce à la machine économique dans le monde rural. Aucune mesure phare pour le monde rural.

Autre point et non des moindres: alors que la charte de l’investissement vient d’être annoncée, on ne voit presque rien dans le PLF 2023 qui soit de nature à donner vie à cette charte et à l’accompagner. Difficile d’exécuter cette charte avec le PLF tel qu’il a été présenté.

 

Pourtant, pour ce qui est du secteur des infrastructures, dont vous présidez la commission à la première Chambre du parlement, le budget est conséquent: quelque 300 milliards de dirhams lui sont alloués…

Détrempez-vous! Il y a un sérieux problème de chiffres dans le PLF 2023. Un décalage énorme entre la réalité et les annonces. Pour les 300 milliards, c’est un leurre. Où sont-ils et où est-ce que le gouvernement va les mobiliser? Le PLF 2023 parle de l’objectif de ramener l’inflation de 7 à 2%, ce qui est impossible. Aucun pays ne peut prétendre pouvoir réaliser une telle prouesse, comme celle du taux du chômage annoncée. Les chiffres annoncés dans le PLF 2023 jettent le doute sur les réalisations escomptées. Le projet n’innove pas non plus en matière d’impôts: les fonctionnaires et les salariés sont les principaux contributeurs, leurs impôts étant perçus à la source. Le secteur informel gagne du terrain sans réaction de la part du gouvernement, alors que ce secteur peut être une source intéressante pour les finances de l’État… Outre le secteur informel, le gouvernement n’a rien présenté non plus pour aider les entreprises en difficulté, notamment les PME.

 

Le PLF 2023 parle également de la priorité accordée aux secteurs sociaux, ce que certains ont qualifié d’“État social en marche”…

Sincèrement, je ne vois pas où est cet Etat social. Les prix augmentent, les salaires stagnent et même l’accord signé entre le gouvernement et les syndicats est loin d’être satisfaisants pour les salariés. La réforme de la retraite peine à être amorcée. Seul point positif: la généralisation de la couverture sociale, mais cela est un chantier royal. La réforme de l’enseignement est ajournée… Quant au secteur de la santé, n’en parlons pas. Où est alors la priorité accordée aux secteurs sociaux?

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