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Ziane, envers et contre tout

MOHAMED ZIANE – ©ph:DR

Le coordinateur général du Parti marocain libre reconduit

De l’optimisme, Mohamed Ziane en a à revendre. Cette qualité lui sera sans doute nécessaire, alors que son “Parti marocain libre” se retrouve en proie à des dissensions d’ego

Mohamed Ziane n’est décidément pas près de prendre sa retraite. À 74 années encore toutes fraîches (il les a fêtées en mai 2017), il vient même de prolonger sa vie politique pour au moins les quatre prochaines années, après avoir été réélu coordinateur général (en gros, patron) du Parti marocain libre (PML, nouvelle appellation du Parti marocain libéral). Lors du dernier congrès de la formation du lion, qui s’est clôturé le dimanche 17 septembre à Rabat, il a ainsi recueilli la quasi unanimité des voix.

Un résultat somme toute logique, sachant que la paternité du parti lui revient personnellement, après l’avoir fondé en 2002 suite à son départ de l’Union constitutionnelle (UC). «Je m’attends à un avenir grand et radieux, a-t-il déclaré, aussitôt sa réélection actée. Il dépassera ce qu’on peut bien imaginer.»

Une situation compliquée
Optimiste, M. Ziane l’est donc assurément. Et à connaître de près le personnage, on peut s’assurer qu’il pense vraiment ce qu’il dit. Mais, tout compte fait, n’est-il pas au fond en train de faire usage de la méthode Coué? le PML n’a plus eu de représentants au parlement depuis désormais plus d’une décennie. Mais c’est sur le plan interne que la situation est le plus compliquée.

Ainsi, le dernier congrès a vu la démission tonitruante de Isaac Charia, vice-coordinateur et coordinateur de la jeunesse du parti, en raison de ce qu’il a qualifié de mainmise de M. Ziane sur le parti. «Nous nous attendions à une fête pour un parti qui est jeune dans le paysage politique et qui a essayé de changer un ensemble de choses et a marqué le paysage politique, mais il a choqué tous les jeunes qui avaient parié sur lui,» assure-t-il.

En fait, M. Charia briguait le poste de coordinateur général et ne peut désormais que ravaler sa déception. Pour le PML, la démission de l’intéressé, qui un temps avait tenté de rallier le Parti de la justice et du développement (PJD) avant d’être éconduit par les frères d’Abdelilah Benkirane, n’aura pas de conséquences sur la vie du parti. Pour l’heure, M. Ziane dément toute velléité de la part de ses troupes dans ce sens et révèle qu’il n’a du moins pas encore reçu de démission. M. Charia ne fait pas le poids devant un ténor du barreau et un virtuose de la politique de la trempe du bâtonnier Mohamed Ziane.

En tout cas, au PML comme avec sa toge d’avocat redoutable et respecté, l’ancien ministre chargé des Droits de l’Homme (1995- 1996) est encore appelé à occuper l’espace médiatique, que ce soit pour parler du Hirak ach-chaâbi du Rif, dont il défend les activistes détenus, ou pour lancer un pavé dans la mare. Son dernier en date? Avec la fortune dont disposeraient les 4.000 familles marocaines les plus riches, le Maroc entier pourrait sortir de la pauvreté.

Le libéral Ziane aurait-il donc tourné rouge? Qu’on soit d’accord ou pas avec lui, le moins que l’on puisse dire est que le paysage politique marocain ne serait sans doute pas le même sans lui. N’est-il pas le seul ministre de l’histoire du Maroc à avoir osé démissionner du gouvernement pour marquer son désaccord avec la campagne d’assainissement menée tambour battant par le puissant ministre de l’Intérieur Driss Basri en 1996?

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