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Zefzafi est-il séparatiste?

Nacer Zefzafi ©ph:DR

Les meneurs de la contestation rifaine ne lâchent pas prise

Si les revendications du Hirak intéressent uniquement le développement du Rif, il faut reconnaître que le chantier est en cours. Pourquoi alors Zefzafi et les siens maintiennent-ils la pression?

Près de deux mois sont passés depuis l’arrestation, le 29 mai 2017 de Nasser Zefzafi, considéré comme le leader de la contestation dans le Rif, les marches de protestation et, à défaut, les sit-in, sont devenus quotidiens. Ce fut le cas pendant la totalité du mois de Ramadan, avec en point d’orgue le jour de la fête de l’aïd al-fitr, le 25 juin 2017, où les forces publiques sont intervenues de façon musclée.

Le jeudi 20 juillet 2017, qui célèbre la victoire en 1921 dans la commune d’Anoual de la résistance rifaine de l’émir guérillero Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi face à l’armée coloniale espagnole, une manifestation “millionième”, c’està- dire connaissant la participation d’un million de personnes, est prévue: si le chiffre paraît irréaliste au regard de la population totale du Rif, qui à peine dépasse ce seuil, l’événement n’en promet pas moins, s’il se tient, d’être monstre.

S’agissant du cas spécifique de M. Zefzafi, l’évidence est que son image médiatique se renforce de jour en jour. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essuyé d’incessantes attaques de médias hostiles à la contestation. M. Zefzafi a même vu sa vie privée étalée sur la place publique. Ainsi, le jour de son arrestation, certaines de ses photos personnelles, récupérées d’après sa mère sur une clé USB saisie à son domicile et qui le montrent notamment en charmante compagnie et en train de consommer de l’alcool, avaient “fuité” sur les réseaux sociaux.

Fidèles à la non violence
S’il s’agissait ainsi, cependant, de ternir son image auprès de la population du Rif, réputée puritaine, et de mettre en doute la sincérité de la rhétorique religieuse qu’il avait au fur et à mesure adoptée, il n’en a, au final, rien été. Preuve en est la répercussion de la lettre qu’il a chargé, le 5 juillet 2017, son avocat, Me Mohamed Ziane, de rendre publique et dans laquelle il demande aux manifestants de rester fidèles à la non violence de leur mouvement.

La publication, le lundi 10 juillet 2017 par le journal électronique Barlamane, d’une vidéo vraisemblablement filmée dans la prison locale Oukacha de la ville de Casablanca -la délégation à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) a, le jour même, démenti-, où il est détenu depuis début juin 2017, et le montrant pratiquement nu afin de soi-disant prouver qu’il n’avait pas, contrairement à ses affirmations, été victime de torture lui a même gagné la sympathie de beaucoup de ses opposants.

Cela va sans dire que le parquet a, dans la foulée, ouvert l’enquête. Peut-on conclure alors que M. Zefzafi est parvenu à ses fins? Et à vrai dire, quelles sont-elles vraiment? Devant le juge d’instruction à la cour d’appel de Casabanca, le lundi 10 juillet 2017, M. Zefzafi a de nouveau rejeté les accusations de séparatisme à son encontre et à l’encontre de la contestation. Dans sa lettre du 5 juillet 2017, il avait d’ailleurs tenu à s’adresser aussi bien à la population du Rif qu’au reste des Marocains, en vue de souligner la vocation nationale de son mouvement.

Liberté provisoire
S’il est peu probable qu’il ait été instrumentalisé par le trafiquant de drogue Said Chaou, dont le Mouvement du 18-Septembre pour l’indépendance du Rif, basé aux Pays-Bas, est accusé par le Maroc d’être la véritable partie derrière la contestation, des doutes subsistent quant à ses véritables motivations. Il faut dire que bien qu’il se dise unioniste et monarchiste, les propos qu’il tenait dans les vidéos qu’il publiait sur les réseaux sociaux avant le décès le 28 octobre 2016, de Mouhcine Fikri et qui, déjà, en avaient fait une célébrité locale étaient plutôt ambigus.

Mais il peut toujours s’agir, quand bien même ses visées auraient été effectivement séparatistes, d’idées qu’il laisse croire depuis son arrestation, avoir revues. Les a-t-il réellement reniées? Comment, à partir de là, s’annonce la suite? Il semble que la libération des activistes est pour beaucoup incontournable.

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