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ZAINAB FASIKI, une féministe qui milite par le crayon

Elle progresse indolore au milieu d’une centaine d’hommes dans ce chantier à Casablanca où elle poursuit son stage de fin d’études en génie mécanique. Les traits marqués de son mascara, son rouge à lèvres, les ondes de son fard à joues soulignent sa figure de femme toujours coquette défiant du regard ses collègues hommes. Ils la narguent comme une extraterrestre venue d’une autre planète: Venus.
Drôle de personnage, cette Zainab Fasiki. On la dirait tout droit sortie d’une BD. Pourtant, des BD, c’est elle qui en crée depuis qu’elle a atterri de Fès en 2016 à Casablanca. Avant de pouvoir publier réguliè- rement ses planches sur les réseaux so- ciaux, cette autodidacte a manié le crayon depuis ses 4 ans. A 14 ans, elle découvre la tablette graphique et se familiarise avec ses logiciels en s’aidant des nombreux tutoriaux disponibles sur le net.
A une période, elle était fan inconditionnel de mangas au point de suivre 3 années de cours de japonais. La fièvre lui passera au profit de celle des comics Marvell et compagnie.
Aujourd’hui, du haut de ses 22 ans, Zainab Fasiki est une des rares bédéistes femmes reconnues par ses pairs. En effet, c’est au contact des artistes professionnels du collectif casablancais Skef-kef, premier fanzine marocain sous licence ouverte, que Zainab se réalise pleinement.
A Skef-kef, tout le monde la qualifie d’indignée. «Elle cherche toujours la petite bête. Qu’importe la thématique abordée, elle trouve toujours le moyen de bifurquer pour nous parler (et dessiner) d’égalité homme/femme, harcèlement sexuel, voile, épanouissement de la femme, domination, théorie du genre…», la décrit un camarade du collectif.

Zainab revendique avec acharnement son féminisme. Ses planches grouillent de «sur-femmes» marocaines en caftan futuriste, provocatrices, fatales… Elle les sublime, dévoile leurs courbes, les dénude. Toutes y passent, de son héroïne Super Khadija aux pouvoirs surhumains, à la voilée, la brune, la rousse, la blonde, passant par la femme enceinte, ou encore la femme atteinte de vitiligo fière avec sa peau tachetée. «Respect pour toutes les formes de beauté !» est sa devise. «Je choisis de dessiner les femmes nues car j’ai toujours voulu inviter le public arabe à accepter le corps féminin comme une partie de cet univers et non pas comme un objet sexuel», confie-t-elle.

Une bédéiste autodidacte
Et d’ajouter: «La femme arabe doit arracher sa liberté pour s’exprimer sans avoir peur de la réaction d’une société machiste qui nous impose les limites à ne pas dépasser».
Et des obstacles dressés par les hommes, Zainab en a connu. «Nous en rencontrons partout, ne serait-ce qu’au sein de nos familles. Par exemple, j’ai eu du mal à convaincre mon père de poursuivre mes études loin de la maison, d’habiter en internat… Ceci, juste parce que je suis née femme!», déplore-t-elle.
Mais, à force de persévérance, cette pas- sionnée d’électronique autant que de BD a fini par faire accepter à son entourage sa passion et son désir d’affranchissement. Aujourd’hui, elle rencontre plein d’artistes de par le monde et est régulièrement primée pour son travail.
Mais, plus que tout, son projet phare est actuellement sa BD Omor. Il s’agit de 70 pages dessinées de manière décalée autour du vécu quotidien des Marocaines et femmes arabes dans les espaces publics ou les institutions. Pour ce faire, la bédéiste cherche des sponsors pour financer les workshops et ateliers que nécessitera ce nouveau défi. Un chantier fait que de femmes, pour les femmes.

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