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Yasmina Baddou : Chabat, c’est la politique de la terre brûlée

Yasmina Baddou, membre du comité exécutif du Parti de l’Istiqlal – © ph:DR

– Maroc Hebdo: Après des semaines  de va-et-vient, le comité de discipline  du parti a décidé, jeudi 9 février 2017,  de vous suspendre de toutes vos responsabilités  pour 18 mois. Que vous  reproche-t-on?
– Yasmina Baddou: A ce jour, nous  ne savons pas exactement quels sont  les reproches qui nous sont opposés  puisque nous n’avons jamais pu avoir  accès au dossier ni aux documents  que prétend détenir contre nous la  commission d’arbitrage et de discipline  et ce malgré nos relances.

Jamais l’Istiqlal n’a jeté ses cadres et  ses militants en pâture, les traitant  même de traîtres, comme c’est le cas  aujourd’hui avec Chabat. Alors qu’il  s’agit quand même de membres du  comité exécutif, d’anciens ministres et  d’un ex-président du parlement.

– Maroc Hebdo: Aux yeux de Chabat,  un ancien ministre ou ancien président  du parlement n’est pas infaillible…
– Yasmina Baddou: Je ne dis pas  qu’être ministre ne vous expose pas  aux critiques et même aux procès.  Mais qu’est-ce que M. Chabat nous  reproche? Aucun de nous trois ne sait  ce qu’on a fait au point d’être traduits  devant le comité de discipline. Nous  avons dit comme une très large majorité  des Istiqlaliens, des membres  du comité des sages -et pas des  moindres, dont M’hammed Boucetta,  Abdelkrim Ghellab, Abbas El Fassi ou  M’hammed Khalifa- que les déclarations  de M. Chabat sur la Mauritanie  étaient irresponsables et ne reflétaient  aucunement la position du parti. C’est  dans le cadre de notre engagement  patriotique que nous avons agi ainsi.  Au lieu de poser les vrais problèmes  sur la table des débats, M. Chabat  sévit contre ses opposants. Rappelez-  vous qu’après le congrès, en  2012, il avait fait la même chose avec  Abdelouahed El Fassi et les membres  du groupe Bila Hawada.

Les déclarations de M. Chabat sur la  Mauritanie ont eu l’effet que tout le  monde sait. Au lieu de faire son autocritique,  il nous expulse… Mais dois-je  vous rappeler que le terme autocritique,  concept fondamental de notre  parti, n’existe pas chez M. Chabat?  Tout comme le débat d’idées…

– Maroc Hebdo: Si vous dites que  la large majorité des Istiqlaliens récusent  les agissements du secrétaire  général, d’où ce dernier tire-t-il sa  puissance alors?
– Yasmina Baddou: il n’a aucune  puissance si ce n’est une poignée  d’affidés liés à lui par des intérêts personnels.  Il est aujourd’hui isolé au sein  du parti. D’ailleurs, lors des derniers  meetings, aucun membre influent du  comité exécutif ne se tient à ses côtés.  Il barre la route à ses détracteurs  et agit comme un dictateur. J’en veux  pour preuve qu’il ne réunit même plus  le comité exécutif et prend seul toutes  les décisions. Il refuse également de  faire le bilan de sa gestion, qui s’est  soldée par des résultats électoraux  catastrophiques.

– Maroc Hebdo: Vous qualifiez le bilan  électoral de catastrophique. En  quoi M. Chabat en est-il responsable?
– Yasmina Baddou: Jugez-en vousmême.  Nous avions une soixantaine  de sièges au parlement de 2011, nous  n’avions pu récolter en octobre 2016  que 45 sièges, avec zéro siège à Casablanca.  Lors de la campagne électorale, les  gens nous disaient vouloir voter pour  nous, sauf qu’ils craignent que Chabat  ne devienne chef du gouvernement. Demandez aux Istiqlaliens un peu partout  dans le Maroc, ils vous diront la  même chose. Le parti a été lésé par  son secrétaire général.

Je vous rappelle aussi le communiqué  du ministère de l’Intérieur au sujet la  mairie de Fès, que M. Chabat avait  perdue en 2015. Il avait proféré des  menaces à peine voilées ces jours-là  sur le style «moi maire de Fès ou le chaos règnera dans la ville…» Depuis  qu’il a commencé son ascension politique,  il a toujours fait sienne la politique  de la terre brûlée.

– Maroc Hebdo: A vous entendre, M.  Chabat est à l’origine de tous les problèmes  du parti?
– Yasmina Baddou: Après les menaces  sur Fès, le voilà qui revient à la  charge en accusant l’Etat de vouloir  le liquider. Une enquête judiciaire est  ouverte sur ce qui est communément  appelé maintenant les “techniques  Oued Cherrat”.

Mais qui peut croire un seul instant  que Chabat constitue un danger pour  l’Etat? Qui peut imaginer que “l’Etat  profond”, comme il l’appelle, veut  l’assassiner? Même dans une fiction,  cela aurait mauvais goût. Je considère les propos sur Oued Cherrat irresponsables  et n’honorant pas le parti  de l’Istiqlal, qui a toujours été loyal,  respectueux des institutions et qui  est maintenant pris en otage par M.  Chabat.

Aujourd’hui, les militants ne reconnaissent  plus leur parti et ne se reconnaissent  pas dans les prises de  position de son secrétaire général.  Pourquoi ce dernier ne s’est-il pas  expliqué de manière claire devant les  instances du parti sur l’origine de sa  fortune? Chose qui porte un sérieux  coup à la réputation de notre parti.  Avez-vous jamais lu une ligne déplacée  sur M’hammed Boucetta? Pourquoi  c’est avec Chabat que le parti est  traîné dans la boue? Cette situation ne  fait pas honneur au parti. Loin de là.

– Maroc Hebdo: Qu’est-ce que vous  comptez faire?
– Yasmina Baddou: Je considère la  décision prise à mon encontre dénuée  de tout fondement. Je suivrai tous les  recours possibles en interne pour invalider  cette sanction. J’irai, s’il le faut,  devant les tribunaux pour pouvoir être  présente au prochain congrès du parti  dans les semaines à venir.

M. Chabat nous a eus la première  fois lorsqu’il nous avait promis qu’il  ne resterait que six mois au poste de  secrétaire général du parti, le temps  d’apaiser les choses, puis après il a  commencé à prétexter ne pas pouvoir  partir tant que les problèmes internes  n’étaient pas réglés.

Ensuite, il lancé l’idée selon laquelle  il ne ferait pas plus d’un mandat et le  voilà maintenant en train de liquider  tous ceux qui peuvent lui ravir le poste  de secrétaire général…

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