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La vraie-fausse démission d’Ilyas El Omari

Le conseil national du PAM ne se prononce pas sur la démission du secrétaire général du parti

Ilyas El Omari n’a en vue que la réélection ou non de Benkirane lors du 8ème congrès du PJD les 9 et 10 décembre 2017. Et le PAM dans tout cela?

Comment s’y retrouver avec ce spectacle que vient d’offrir la 22ème session du Conseil national du PAM? L’on serait tenté de paraphraser cette formule du général De Gaulle, dans ses mémoires à propos de l’Orient et de dire qu’en direction du PAM compliqué, il faut aller avec des idées simples. Oui, sans doute, mais lesquelles?

La première a trait à la démission du secrétaire général de ce parti, le 7 août 2017. Démission ou pas? Statutairement, oui. C’est un acte d’un responsable –c’est aussi valable pour tout membre des instances nationales et locales. Et les textes en vigueur dans ce parti ne prévoient aucune procédure particulière de validation ou non en la matière. Se déchargeant de ses fonctions, Ilyas El Omari a d’ailleurs été remplacé, à titre intérimaire, par l’un des membres du bureau politique, Habib Belkouch. Le bureau politique a renvoyé l’examen de cette démission à une prochaine délibération du conseil national. Il a fallu deux mois et demi, soit le dimanche 29 octobre 2017 courant, pour que les assises de cette même instance puissent se tenir alors qu’elles auraient pu tout aussi bien se tenir dès le début du mois de septembre.

Pourquoi un tel étirement du calendrier? Sans doute parce que El Omari a voulu prendre son temps pour «travailler» le conseil national. Des porte-voix ont ainsi fait campagne, durant des semaines, pour demander le retrait de la démission et préparer ainsi le conseil national à y opposer son refus. Dans le même temps, les positions de ces mêmes partisans et de leurs adversaires –tels Abdellatif Ouahbi, Ali Belhaj, Hassan Benaddi, Fatima Zohra Mansouri, ….– se sont polarisées dans les médias. Elles ont connu un prolongement à propos de l’établissement de l’ordre du jour de la session du conseil national. Fallait-il inscrire la démission comme l’un des points à examiner? Et dans l’affirmative, dès le début des travaux ou à la fin? Fallait-il se borner à en faire seulement la communication pour information? Ces dernières semaines, tant de manoeuvres se sont multipliées qui ont abouti à un conseil national réduit, durant plus d’une dizaine d’heures, à ne débattre que de cette «démission».

Barrer la route aux “contestataires”
Pour quel résultat? De déclarer celle-ci irrecevable. Plus encore, d’«imposer» au démissionnaire-virtuel, donc… – de continuer d’assumer ses responsabilités à la tête du parti. Jusqu’à quand alors? Jusqu’à la prochaine session -extraordinaire cellelà– prévue pour le début de l’année 2018. À cette échéance, il y aura lieu de se prononcer sur plusieurs options possibles: soit le maintien du secrétaire général et du bureau politique, soit l’élection de l’un ou même de ces deux organes.

Sans grande surprise, l’on peut considérer que Ilyas El Omari a consacré ce «plan B» depuis la fin de l’été au moins. Autour de quoi, cette démarche se décline-t-elle? De l’institution du vote nominal en lieu et place de celui de liste. Une procédure pas neutre, bien entendu, et qui va permettre de barrer la route aux «contestataires» actuels et peut-être à venir. L’on peut ainsi compter sur la «machine» entre les mains d’El Omari pour pousser les feux dans ce sens et neutraliser ce courant qui lui est hostile. Il bénéficie à cet égard de tous les «réseaux» qu’il a mis sur pied dans les structures organiques du PAM et ce depuis des années mais aussi d’un autre facteur: la multiplicité des candidats, aujourd’hui déclarés ou non. Parmi eux, aucune tête ne dépasse; leurs bases respectives sont bien modestes sinon marginales; bref aucun leadership alternatif ne paraît s’imposer pour tenir la corde face à El Omari.

Cette forme de gouvernance de ce dernier participe, qu’on le veuille ou non, d’une culture stalinienne. Celle de la majorité d’«en haut». Celle aussi de méthodes et de manoeuvres de tout acabit pour arriver aux objectifs visés derrière un formalisme démocratique de façade (vote, majorité,…). C’est une ambition personnelle qui est en cause –elle n’est pas illégitime en principe. Mais ses moyens et son déroulé –électoral et politique- depuis 2008 fondent cette interrogation de belle taille: où est la rénovation des moeurs politiques annoncée par le MTD (Mouvement de tous les démocrates) puis par le PAM? Ce qui s’est passé durant toutes ces années écoulées favorise-t-il vraiment la réhabilitation de la politique aux yeux du citoyen? Enfin, qu’est devenu le PAM en cette fin 2017? Et qu’en faire dans le futur?

Ilyas El Omari est-il pénétré de tous ces questionnements parmi tant d’autres? L’on ne peut qu’en douter. Tout paraît se passer en effet comme s’il n’avait qu’une idée fixe: Abdelilah Benkirane d’abord et son parti; le PJD, ensuite.
La vie politique ne s’est-elle pas en effet cristallisée depuis 2011 surtout sur le responsable de cette formation islamiste, précédent Chef de gouvernement (2012- 2016)? Il pensait arriver à la surclasser au scrutin du 7 octobre 2016 –ce fut un échec, le PJD arrivant en tête et améliorent même son score avec 125 sièges devant le PAM (102).

Un échec difficile à gérer
Un échec difficile à gérer et à assumer. Et voilà, de nouveau, le parti du tracteur contraint d’attendre cinq nouvelles années, jusqu’à 2021, pour espérer le renversement de la vapeur. Cet échec a été davantage illustré par le retour de Aziz Akhannouch, à la tête du RNI, le 12 octobre 2015 comme «président par intérim» puis le 29 du même mois par un congrès extraordinaire convoqué à Tanger. Le PAM perdait ainsi son statut de leader du front du refus du PJD. Avec le RNI, retrouvant une place centrale dans la formation d’une majorité, ce parti de la colombe se plaçait avec ses alliés et formant bloc avec eux, comme une équation incontournable d’une nouvelle majorité. La fixation que fait El Omari sur Benkirane se retrouve aujourd’hui en des termes différents.

Blâme royal
Il n’a pas accepté d’échouer le 7 octobre 2016, de se voir supplanter par Aziz Akhannouch, président du RNI; d’être mis en cause dans les évènements d’Al Hoceima à un titre ou à un autre tant comme responsable du PAM, de président du conseil de région de ce territoire; et d’être enfin incriminé par S.M. le Roi dans son discours du Trône au chapitre des insuffisances et des dysfonctionnements des partis et des collectivités locales. Avec un tel blâme royal collectif, il a estimé que sa position n’était plus «tenable» et qu’il n’avait plus d’autre choix que de remettre son tablier de chef de son parti. Près de trois mois après, le voilà qui fait une autre lecture de sa démission du 7 août 2017. Pour l’heure, Ilyas El Omari n’a en vue que la réélection ou non de Benkirane lors du 8ème congrès du PJD les 9 et 10 décembre 2017. Si tel était le cas, celle-ci pousserait à ses yeux à son retour.

Et le PAM dans tout cela? Il avait un projet de modernité et de démocratie qui pouvait rallier au départ de larges secteurs. Il avait une vocation gouvernementale affirmée. Il pouvait être une aiguillon et un vecteur d’une nouvelle culture politique avec des pratiques éthiques. En 2017, où en estil? N’est-il pas devenu un investissement politique improductif, relégué dans l’opposition, brouillant et crispant le système partisan et la voie politique nationale?

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