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Vœux pour 2018

Mustapha Sehimi

Comment vendre de l’espoir et de l’optimisme aux Marocains?
Le déclic se fera-t-il en 2018?

Des voeux, bien sûr, pour la nouvelle année: aux lecteurs, à tous les Marocains, à nos amis au dehors et même à tout le monde. C’est la tradition à laquelle il est d’usage de sacrifier. Mais cette disposition d’esprit, si elle participe du sentiment qu’il faut toujours espérer qu’il y aura du mieux demain –de l’espoir, donc …- ne saurait participer d’un certain déni des réalités, telles qu’en elles-mêmes, qui constituent notre environnement social.

Première interrogation: où en est-on ce début de 2018? Ce qui commande, même à regret, avec amertume même, que l’on rappelle l’état des lieux. Dans l’acquis, le consolidé, que trouve-t-on? La stabilité. On ne le dira jamais assez; c’est en effet un précieux acquis qu’il faut préserver et garantir. La forme monarchique du régime est consensuelle, par raison, par attachement, par adhésion. Tous sont convaincus et pénétrés de ce crédo: il n’y a pas de «plan B» –pas d’alternative. Mais il y a plus: il y a un Roi, Mohammed VI, qui est populaire. Une capitalisation affective qui s’est faite dès son accession au Trône, voici dix-huit ans et demi. Il a du coeur, une sensibilité sociale authentique, une proximité qui lui permet d’être à l’écoute des «sans voix», les jeunes, les femmes, les vieux, les handicapés, les détenus…

La gouvernance qu’il pratique porte d’ailleurs cette marque et cette ambivalence. Il n’hésite pas ainsi à houspiller le gouvernement, à sanctionner des ministres, à en bannir d’autres à vie et à rendre publics ses coups de sang et son mécontentement. Mais, ce faisant, des mesures suivent, des correctifs sont apportés à des politiques publiques s’apparentant même à une censure. C’est nécessaire.

Pour l’année écoulée, le Roi a eu fort à faire. Déjà celle qui avait précédé, 2016, n’a pas été un exercice annuel pouvant bénéficier d’un bulletin de satisfaction. Au ralenti, l’action gouvernementale avait ainsi fortement baissé de rythme, les partis étant entrés en campagne bien avant les dates officielles des scrutins fixés. L’on pouvait espérer qu’après le rendez-vous électoral de septembre–octobre 2016, la «machine» allait repartir de plus belle et mettre pratiquement les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu et activer les réformes. Tel ne fut pas le cas. Durant six mois, n’était-ce pas la crise? Confronté en même temps à de fortes contraintes liées aux évènements d’Al Hoceima et à la nécessité d’enclencher l’application de son programme, le cabinet actuel dirigé par Saâd Eddine El Othmani s’est trouvé dépassé par la situation. Il finit ainsi l’année 2017 dans un contexte préoccupant. Pourtant, les clés d’une bonne politique sont connues: un cap, des priorités, un agenda des réformes, une capacité à atteindre une intensité et un rythme suffisants dans l’action de réforme et une communication appropriée. Tout cela porte un nom, la gouvernance. Il s’agit du mode opératoire du leadership managérial et de l’exercice de l’autorité, auxquels il faut accrocher la participation. Qu’en est-il au vrai? Le bilan est déficitaire: un dialogue social en panne, un refus d’une concertation avec l’opposition comme si elle était «illégitime» –c’était déjà le cas sous le gouvernement Abdelilah Benkirane– et une gestion rentière et statutaire des fonctions. Quel est le souci premier, au fond, de Saâd Eddine El Othmani? Prolonger la participation de son parti, le PJD, au gouvernement, ce qui ne peut qu’inhiber toute véritable politique réformatrice.

Les forces vives de la société sont pourtant là, réceptives, attentives, disposées à prendre leur part dans le changement et la transformation. Elles sont marginalisées. Quant aux partis politiques, ils accusent bien des insuffisances. La majorité d’entre eux ne remplissent pas leur mission d’encadrement des citoyens et d’agrégation de leurs attentes et de leurs besoins. Rien d’étonnant que la base électorale de l’actuelle transition démocratique soit étriquée, comme l’a illustré le médiocre taux de participation de 43% aux élections législatives du 7 octobre 2016. Et puis, autre chose: quelle est l’offre de toutes ces formations politiques? Comment escomptent-elles être attractives pour les jeunes, dont seulement 3% sont encartés chez elles?

Il faut donc tout rebâtir, non pas par un coup de baguette magique, parce que ce sont des institutions en place, mais par la claire définition du chemin à emprunter. Comment vendre de l’espoir et de l’optimisme à toutes les couches socioprofessionnelles? Le déclic se fera-t-il en 2018? Il vaut d’y croire encore. Un voeu encore? Pourquoi pas?.

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