Dépêche
Accueil » Dernière minute » Les villageois des montagnes de l’Altas et du Rif seuls face à la vague de froid

Les villageois des montagnes de l’Altas et du Rif seuls face à la vague de froid

La lutte pour la survie

Routes impraticables, approvisionnement difficile en produits de première nécessité, accès impossible aux écoles… La vague de froid prive la population des régions montagneuses de ressources nécessaires pour y faire face.

C’est le même refrain qui revient chaque hiver, à chaque vague de froid qui frappe le pays: rien n’est fait pour apaiser les souffrances des populations des massifs montagneux de l’Atlas et du Rif. Dans les hauteurs, des Marocains grelottent de froid, livrés à eux-mêmes au moment où le gouvernement sort avec un communiqué à l’issue de son conseil hebdomadaire, pour annoncer des mesures d’aide à ces populations. En tout cas, ces aides devront être acheminées aux villages perchés à plus de 1.500 mètres d’altitude par des routes enneigées, impraticables et inaccessibles.

Les températures sont en dessous de 11 degrés. Cette vague de froid prive les habitants des régions montagneuses des ressources nécessaires pour y faire face. Malgré les aides d’ONG et d’acteurs associatifs apportées ici et là, le besoin demeure largement insatisfait. Les habitants des montagnes vivent un véritable calvaire. Des villages et douars sont coupés du reste du Royaume faisant planer le spectre du drame de l’hiver de 2006 où dans le petit village d’Angfou, perché à 1.600 mètres d’altitude, 37 personnes avaient succombé au froid et à la faim, principalement des nouveaux-nés. A l’époque, les autorités avaient mal géré la crise en tentant d’avancer un bilan de 10 morts seulement alors que les villageois, parents des victimes, avaient menacé de déterrer les corps des victimes pour montrer que les victimes étaient plus nombreuses. Depuis, des mesures ont été prises, comme d’habitude. Mais rien de «consistant» pour être cité au jour d’aujourd’hui. Qu’a-t-on fait concrètement pour améliorer le cadre de vie des habitants de ces régions depuis le drame d’Anfgou? Et ce ne sont pas les actions caritatives louables ou encore celles menées dans le cadre de l’INDH qui vont venir à bout des souffrances des populations des montagnes. L’image des femmes mortes pour un sac de farine à Essaouira nous rappelle cette vérité amère. Aucun projet de développement n’a été malheureusement entrepris dans ces zones enclavées.

Le précieux bois pour se chauffer
Un peu plus de 100 enfants, âgés entre 9 et 12 ans, originaires des 44 douars de la commune de Toubkal du Haut-Atlas, située à 200 km de la ville de Taroudant à une altitude de 2.500 mètres au dessus du niveau de la mer, ont abandonné l’école, à moins d’un mois du début des épreuves du premier semestre, faute de moyens de transport pour aller au collège le plus proche dans la commune de Tifnout (à 20 km). Les chutes de neige tardives, en cette fin de saison hivernale et début de saison printanière, ont anéanti tout espoir de faire la traversée à bord des «taxis de fortune». «Le seul collège de la région est situé dans la commune Tifnout, à 20 km de la commune Toubkal.

La capacité d’accueil de son internat est de 100 places pour les deux communes. Le gros des élèves finit par abandonner l’école», confie Abdelah Ettaqoua, acteur associatif et ancien président de la Fédération des associations de la commune Toubkal. Le Haut-Atlas, constitué de massifs montagneux, subit de fréquentes intempéries (gel, neige) qui s’étendent du mois de novembre à avril. Ces oubliés du Haut-Atlas sont privés de tout. La neige et le froid les obligent à rester cloîtrés chez eux pendant plusieurs jours parfois.

Cruel paradoxe
Les habitants de cette commune vivent dans des bicoques de fortune construites de terre séchée et qui menacent de s’effondrer sous le poids de la neige. Les villageois, qui ont cruellement besoin de bois pour se chauffer, s’en procurent difficilement et dans la clandestinité puisque les gardes forestiers protègent l’espèce du cèdre. Cruel paradoxe, la préservation de nature ou de l’être humain. «Le froid pénètre à l’intérieur de nos maisons de fortune. On craint pour nos petits chaque jour, chaque heure, chaque minute. On sent la mort plus proche. Nous bataillons pour trouver du bois pour nous réchauffer. Il faut tout faire pour ne pas se faire arrêter par un garde-forêt et coller une amende», s’indigne un habitant du village. Et les communes ne font rien pour subventionner le bois de chauffe au profit des citoyens démunis.

Misère et enclavement
En matière de soins de santé, le dispensaire le plus proche est situé à 25 km plus loin, dans la commune de Tifnout. Il n’est pas bien équipé. Aucun médecin n’assure la permanence, pas de sage-femme. Il n’y a qu’un seul infirmer pour soigner 10.000 habitants.

«Lorsqu’il neige ou pleut, les accès aux douars de la commune sont coupés. Et même en temps normal, en cas de complication de la santé d’une femme enceinte, il faut entre deux et trois heures en voiture pour parcourir le chemin périlleux (virages dangereux) menant au dispensaire le plus proche, de la petite ville d’Ouziwa et plus de 5 heures pour arriver à l’hôpital de Taroudant », se désole-t-il.

La misère, l’enclavement et les difficultés climatiques encerclent les habitants des douars pendant toute l’année, encore davantage pendant la saison hivernale. Les associations locales ne disposent pas de beaucoup de moyens pour agir. Leurs actions limitées sont financées par des membres honorifiques, souvent des hommes d’affaires originaires de la commune. Actuellement, ils réunissent leurs efforts et moyens pour construire un pont flottant sur Oued Souss pour permettre aux habitants de traverser pendant les chutes de neige et les crues de l’oued.

Tout bien pensé, les actions caritatives ne se substitueront jamais aux plans de développement du gouvernement qui tardent toujours à voir le jour dans ces régions montagneuses. Le ministère de l’intérieur ne fait rien pour doter ces communes de moyens suffisants afin de désenclaver ces villages et douars. Ce que demandent ces villageois fiers, c’est une vie décente, pas la charité.

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !