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La vie à deux, une gageure !

Les chiffres sur le divorce et le mariage au Maroc donnent à réfléchir

Le divorce s’amplifie, le mariage fait peau de chagrin. La structure familiale se disloque à vue d’oeil. Les vraies causes passent par le chômage, la vie chère et l’absence de perspectives pour la progéniture.

C’est à croire que rien ne va plus dans la vie en couple. Les chiffres du divorce connaissent une hausse soutenue. C’est ce qui ressort des dernières statistiques rendues publiques par le ministère de la Justice au Maroc. On y apprend, avec quelques inquiétudes bien senties qu’ils ont été 100.247 cas enregistrés et jugés, au terme de 2017. Encore plus expressive, la quantification fournie par le Centre d’études sur la famille. En 2016 déjà, ils étaient 5 couples à divorcer à chaque heure. Énorme. Par ailleurs, une étude menée par l’ONG britannique Family Optimize fait état du taux de divorce dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord). À en croire les résultats obtenus, le Maroc et les Émirats Arabes Unis trôneraient en tête d’affiche avec un taux de 40% par rapport à l’assiette des unions conclues, suivis du Qatar (38%), de l’Algérie (37%) et de l’Arabie Saoudite (33%). Pour sa part, le Haut Commissariat au Plan (HCP) ne s’est pas empêché d’intervenir sur la même thématique. Il indique que le divorce varie en fonction de la durée du mariage.

Statut social
C’est ainsi que pour les couples ayant accumulé 20 ans de vie commune, le divorce descend jusqu’à 3%; contrairement à ceux qui n’ont que 5 ans de mariage, les séparations dépassent les 30%. Touria Houssam, sociologue, auteur du livre Divorcé(e): le devenir et le vivre, au titre d’une thèse de doctorat, avait fait le point sur la question. S’agissant de sa motivation pour ce sujet, elle estime que la littérature sociologique sur le divorce manque au Maroc. C’est un champ fertile, dit-elle, qui a besoin de beaucoup de travail de recherche.

Concernant le caractère éventuellement tabou du divorce, elle pense que cela commence à changer et «en revanche, ce qui relève encore du tabou, c’est ce qui est en lien avec les représentations sociales sur les personnes divorcées », et d’ajouter que, «la société marocaine continue à les stigmatiser, surtout les femmes, et à ne pas accepter ce statut social dans la famille et dans l’entourage». Pour ce qui est des principales raisons du divorce au Maroc, Mme Houssam précise que les causes sont tirées à partir des dossiers du tribunal de la famille. Elle établit un échelonnement qui va des causes les plus fréquentes à celles qui le sont beaucoup moins.

«La mésentente», une notion plutôt vague, arrive en premier (69,5%); au troisième rang «la violence» surtout verbale (21%) pour chuter sur «l’épouse stérile» (4,8%) et «l’épouse qui quitte le foyer» (3,2%). Cette tendance à la hausse du divorce n’a d’égal que son contraire, le mariage tardif à titre de réponse à un divorce précoce. Selon les chiffres officiels du HCP, au Maroc plus de 6 millions 500 mille jeunes de 18 à 29 ans seraient célibataires. Une moyenne à ventiler en fonction des tranches d’âges, plus de 76% pour les 20-24 ans et 54% pour les 25-29 ans. Cette tendance au célibat endurci s’aggrave. Plus de 8 millions de Marocaines en âge de mariage seraient toujours célibataires. Le Maroc compterait parmi les pays arabes les plus exposés au mariage tardif, avec le Liban, l’Irak et la Tunisie. À contrario, les pays de la même sphère les moins touchés par ce phénomène sont l’Arabie Saoudite et le Qatar.

Mondialisation uniforme
Noeud gordien de la vie sociale, la structure familiale est-elle en train de se disloquer à vue d’oeil? Une société comme la nôtre, profondément ancrée dans son historicité millénaire, peut-elle s’en accommoder sans dégâts qui frisent la relégation de ses principes fondateurs? La réponse à ces deux interrogations engage toute une communauté nationale dans son fonctionnement sur la base de ses valeurs, ses lois et sa capacité à faire le bon tri entre le bon grain et l’ivraie d’une mondialisation uniforme.

Avancer un quelconque distinguo à ce niveau, c’est s’exposer à une catégorisation sans appel entre réformateurs et conservateurs, soit entre bons et méchants. En fait, les facteurs déterminants du surplus de divorces et du déficit de mariages ne sont autres que le chômage, la cherté de la vie et l’absence de perspectives pour la progéniture. Ce sont-là les invariables d’un contexte qui perdure et se structure. Une réalité qui traduit la relation systématique de cause à effet. Tout le reste n’est que postures de confort intellectuel plutôt qu’un engagement militant où l’on s’implique sans basculer dans des extrêmes impraticables.

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