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La vidéo de Zefzafi, une faute

Mustapha Sehimi

Six ans après la nouvelle Constitution de juillet 2011, il y a encore du chemin à faire dans la capitalisation de l’État de droit et un statut pleinement recouvré de la citoyenneté.

Les événements d’Al Hoceima ont, toutes les semaines, des prolongements; tous tournent autant de Nasser Zefzafi, leader de la contestation. C’est un peu comme les poupées russes qui s’emboîtent les unes sur les autres…

Avec la vidéo de cet inculpé diffusée lundi 10 juillet 2017, est-ce le dernier épisode? Il y a là matière à interrogation et même à interpellation. Qu’à quelques heures de sa comparution devant le juge d’instruction près la Cour d’appel de Casablanca, l’on ait eu droit à cette vidéo le montrant contraint de se dénuder face à la caméra pose problème. Il s’agissait pour les “promoteurs”, si l’on ose dire, de cette initiative de faire la preuve, visuelle, qu’il n’a pas été victime de violences –aucune trace, donc, circulez, il n’y a rien à voir. Pas si simple. Diffusée par un journal électronique, elle a été retirée.

Elle n’est accompagnée d’aucune référence, ni sa date ni sa source. Une opération diligentée par qui? La Direction générale de l’Administration pénitentiaire et de la Réinsertion (DGAPR) réagit pour préciser que cette vidéo n’a pas été tournée dans la prison Oukacha, où se trouve le détenu et qu’au surplus la tenue qu’il porte ne correspond pas aux vêtements de cet établissement. Pas davantage, le lieu ne correspond pas aux salles de prison existantes. Mais où? Cette mise au point était utile alors que certains –par amalgame ou par parti-pris politique– sont toujours prompts à mettre en cause par avance cette institution.

Mais alors qui mettre en cause et à quel moment? Avant la mise sous écrou? Et par qui cette mise en scène a-t-elle été mise sur pied? Devait-elle être versée au dossier d’instruction avant la comparution devant le magistrat instructeur? Tout cela ne témoigne pas d’une bonne maîtrise des choses… Il y a de quoi s’inquiéter. Oui, parce que cette vidéo est humiliante; elle est une atteinte majeure à la dignité de ce prévenu; elle illustre que les normes et les pratiques des droits de l’Homme, tels que définis et consacrés par la nouvelle Constitution de juillet 2011, n’enregistrent pas -encore?– une effectivité sécurisante pour les citoyens. Six ans après cette loi suprême, il y a encore du chemin à faire dans la capitalisation de l’État de droit et un statut pleinement recouvré de la citoyenneté.

L’interpellation est générale. Elle vise en premier lieu le parquet, qui doit faire une enquête minutieuse à ce sujet: un communiqué a été publié dans ce sens, mais quelles diligences seront réellement mises en oeuvre pour arriver à des conclusions probantes, crédibles?

Le gouvernement, en deuxième lieu, est lui aussi sur la sellette. Le ministre d’État PJD chargé des Droits de l’Homme, Mustapha Ramid, a qualifié cette vidéo de “crime” et il a saisi son collègue de l’intérieur, Abdelouafi Laftit. Et après? Que fera-t-on pour mettre à nu cette opération dont on n’avait pas besoin pour conduire à une bonne administration de la justice?

Enfin, au-delà de cela, peut-être fautil revenir au dossier central à l’origine des événements d’Al Hoceima. Comment? Par un climat d’apaisement et de normalisation, surtout du côté des manifestants. Ils ont été entendus, des mesures sont prises pour la satisfaction de leurs demandes légitimes par suite des fermes directives royales. Et nul doute que le Souverain veillera à prendre les mesures appropriées tant pour situer les responsabilités et sanctionner, le cas échéant, mais aussi pour que les conventions du 17 octobre 2015, signées devant lui, soient enfin honorées. Il importe désormais de recadrer l’emballement médiatico- judiciaire actuel vers des questions de fond dont les réponses vont au-devant des populations

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