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Vers un 5ème mandat présidentiel pour Bouteflika

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L’Algérie face au mur

Pour l’opposition, la dépression serait énorme face à une situation désespérée, caricaturale même, de la situation politique en Algérie – un outrage majeur à l’image de ce pays.

C’est donc pratiquement plié : le président Bouteflika briguera un cinquième mandat lors des élections d’avril 2019. Cette formule est celle de la gestion de l’immobilisme. Elle traduit une impasse majeure quant à la glaciation qui pèse sur le régime depuis près de deux décennies. L’option a fini par s’imposer aux différents acteurs après bien des tentatives différentes. Celle qui avait été mise en avant, lors des dernières semaines de l’année écoulée a fait long feu. Elle visait à retenir ce que l’on avait appelé un temps la «continuité». Référence était faite à cet égard à un report du calendrier de l’élection présidentielle assorti de modifications de la Constitution actuelle.

Nouveau sursis
Celles-ci se proposaient entre autres de créer le poste de vice-président devant être confié à Ahmed Ouyahia, actuel Premier ministre, et au coeur, avec le frère du président, Saïd Bouteflika, du clan présidentiel. Il était prévu dans cette épure de réunir une conférence nationale associant les partis de la majorité présidentielle (FLN, RND) et d’autres se prononçant dans ce sens avant l’organisation d’un référendum. Les meubles étaient ainsi sauvés et le régime se voyait accorder un nouveau sursis. Or, cette formule a été remisée faute d’un consensus entre les uns et les autres, d’ambitions déclarées ou non, et de la polémique qui a marqué le corps militaire. C’est la sortie spectaculaire du général-major à la retraite, Ali Ghediri, qui a conduit à l’exacerbation des contradictions de l’équipe dirigeante ou plutôt de ses composantes. Cet officier général avait publiquement déclaré, le 26 décembre 2018, que le général Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense (le titulaire n’est autre que le président Bouteflika depuis 1999) et chef d’état-major, est le garant de la Constitution, le dernier rempart. Il a aussi précisé que «ce que nous sommes en train de vivre dénote, d’une manière flagrante, la finitude» du système politique algérien qui a prévalu depuis l’indépendance.

Il a ajouté que l’ancien système basé sur trois pôles – la présidence incarnée par Bouteflika, l’appareil sécuritaire (DRS) alors entre les mains du général Toufik Médiène et l’armée contrôlée par Ahmed Gaïd Salah – n’est plus en capacité. Le DRS a été restructuré et son pouvoir a été pratiquement phagocyté par la présidence, celle-ci n’est plus assurée par suite de l’état de santé de Bouteflika depuis son AVC en avril 2013 ; si bien qu’il ne reste plus que le général Ahmed Gaid Salah, portant le pouvoir dévolu auparavant aux deux autres composantes. Se prononçant sur els deux options alors en débat – le report de l’élection ou la continuité -, le général Ali Ghediri estime que ces schémas anti-constitutionnels étaient sur la table et que «connaissant de près le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah», il se défend «de croire qu’il puisse avaliser la démarche d’aventuriers». Et d’ajouter qu’il «ne pense pas qu’il puisse faire le jeu de ceux qui sont nourris par des instincts autres que nationalistes». La charge est lourde en direction de chef de l’armée.

Cercles occultes
Cela lui vaut une sommation ou un rappel à l’ordre du ministère de la Défense nationale, le 30 décembre. Dans le communiqué publié, le haut commandement de l’ANP dénonce «des ambitions démesurées de certains individus animés par des intentions sournoises… qui s’arrogent le droit de parler au nom de l’armée». Un texte virulent qui invoque l’obligation de réserve à laquelle ils sont astreints en vertu de la loi du 3 août 2016. Plus encore, il met en cause ces «militaires à la retraite» qui sont téléguidés et qui obéissent à des cercles occultes.

Des menaces directes pouvant avoir des suites judiciaires et qui reprennent des formules pratiquement semblables à celles de la lettre du président Bouteflika adressée à la réunion gouvernement–walis, en date du 28 novembre dernier.

Le général Ahmed Gaïd Salah se trouve désormais sur une crête difficile et complexe. D’un côté, il n’avait pas soutenu le projet de ceux qui voulaient amender la Constitution pour prolonger le mandat de Bouteflika. De l’autre, il ne peut pas – ou ne veut pas – pencher vers ceux qui appellent à tourner la page du «système» immobiliste actuel autour de Bouteflika et organiser en avril prochain des élections présidentielles sans ce dernier. Dans l’ombre mais au coeur du réacteur du clan présidentiel, le frère Saïd Bouteflika a dû se replier sur le projet d’un 5ème mandat du président. Il gère la statu quo ; il tient aussi à honorer la promesse qu’il a faite à son frère de tout faire pour que Abdelaziz Bouteflika n’ait jamais à quitter son poste occupé depuis avril 1999. D’où cette option d’un nouveau mandat, les autres n’étant pas tenables ni faisables. Et c’est dans cette optique qu’est apparu le président Bouteflika, le 27 décembre, à la cérémonie de signature de la loi de finances pour 2019. Une image pathétique…

Cela dit, tout n’est pas bétonné d’ici avril prochain. C’est qu’en effet la proximité de cet agenda risque d’aggraver le bras de fer qui marque les pôles de décision. Pour l’opposition, la dépression serait énorme face à une situation désespérée, caricaturale même, de la situation politique en Algérie – un outrage majeur à l’image de ce pays. Des rebondissements sont–ils à exclure dans les prochaines semaines ? L’Etat de santé du président Bouteflika qui s’est aggravé entre le 1er novembre et le 27 décembre va-t-il lui permettre de faire acte de candidature en avril ? Le général Ali Ghediri va-t-il réagir face la mise en demeure du ministère de la Défense ?

Pôles de décision
En tout état de cause, le chef de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, garde encore la main et paraît bien tirer les ficelles. Au sein de ce corps, il a fait emprisonner en septembre 2015 le général à la retraite Hocine Benhadad qui l’avait publiquement critiqué ; en mai 2018, il a obtenu le scalp d’Abdelghani Hamel, patron de la police, dans l’affaire des 701 kilos de cocaïne à Oran.

Il fait montre d’un activisme effréné sur le terrain, visitant les régions militaires et les bases. Il a enfin étendu son influence dans l’ANP et au-delà en mettant sous sa tutelle la direction de la sécurité de l’armée (DCSA). Il fait embastiller cinq généraux-major, le 14 octobre dernier, soupçonnés d’être hostiles à un 5ème mandat de Bouteflika. Il est en position de force pour arbitrer politiquement en toute circonstance. Mais arbitrer quoi face au mur ?

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