Dépêche
Accueil » Chronique » Vendredi 13

Vendredi 13

paris ttentas

En plus de porter sa  superstition en lui, la  phobie du vendredi  13, porte aussi le nom  imprononçable de  «paraskevidécatriaphobie». Le  dernier en date a ciblé Paris. Un  attentat abject, aveugle et plus  que condamnable qui n’a épargné  aucune religion est revendiqué par  Daech, une organisation terroriste  en guerre contre des musulmans  qualifiés d’impies, des dirigeants  arabes étiquetés de vendus, des  Occidentaux vus comme impérialistes,  des Américains racines de  tous les maux et contre les peuples  qui ne sont pas d’accord avec son  idéologie. Beaucoup de personnes  ont fait l’amalgame en raccordant  ces abjections à l’islamisme sans  se soucier de la signification de  cette dénomination, qui désigne  l’association de l’islam et du politique.  Elle ne s’applique en rien  aux actes terroristes de Paris.

Daech a un territoire, une armée,  des ministères, un gros budget, du  pétrole et surtout une flopée de  technologues tellement spécialisés  qu’ils sont arrivés à détourner  le compte Tweeter du @centcom,  commandement de l’armée US  qui diffuse les informations de  la «guerre contre le terrorisme»  entreprise par les USA et ses alliés.  Ses recrutements se font par Internet  par des profileurs habiles qui  ciblent les jeunes Européens fragiles  en mal de reconnaissance à  Bruxelles, en rut d’autoréalisation  à Paris, ou ailleurs dans le monde  des natifs musulmans. Ce n’est plus  dans les mosquées classiques que  cela se passe.
La mode est à la mosquée  virtuelle et à la tribu numérique.  Pendant ce temps, en retard  de phase, nos dirigeants et nos gens  des services sont encore en train  de se dépatouiller avec les arcanes  d’un logiciel mail ou les difficultés  d’exploitation de leur dernier  portable qui dépasse leur capacité  technologique. Jared Cohen, Fondateur  de «Google Ideas» et co-auteur  du livre «The New Digital Age:  Transforming Nations, Business  and our Lives» parle d’insurrection  numérique et de contre-insurrection  digitale nécessaire pour faire face  au tsunami terroriste qui attend le  monde en ce 21ème siècle.

24 heures après les événements  tragiques de Paris, des milliers de  tweets supportaient l’EI. 46.000  comptes Tweeter ont envoyé en  continu informations et des écrits  théologiques au nom de l’EI.  Ce n’est donc pas une guerre classique,  mais une guerre de communication  digitale que le reste du  monde ne maîtrise pas. Les bombardements  vengeurs de Raqqa sont  une «guerre molle» qui permettra  à Daech de mieux recruter  quand il montrera les enfants des  écoles touchés par les bombes, et  ce, sans jamais mettre fin à son  existence.

Les gouvernements occidentaux  charrient avec eux les casseroles  de leur passé colonial, de l’immense  bordel implanté au Moyen  Orient, des iniquités réservées à  leurs minorités et des complexités  de l’après 11/9. A ce titre ils  manqueront de crédibilité auprès  des candidats à la radicalisation.  Que dire d’une Turquie islamiste  qui achète le pétrole de Daech  à prix cassé? Que faire avec les  richissimes amis du Golfe qui  financent ce chaos en sous-table  en pensant qu’ils seront ainsi  préservés ?

Le combat contre la radicalisation  des jeunes est le même que  celui mené contre la pauvreté  ou le réchauffement climatique.  Çà et là des ONG font des efforts  contre la radicalisation. Elles  proposent une alternative à  l’idéologie de Daech et incitent  les grandes entreprises du net à  lutter contre ce fléau.  Le besoin durable n’est pas dans  le largage des bombes mais dans  la formation de professionnels du  numérique et dans la construction  d’infrastructures capables  de contrer la machinerie média  sociale du terrorisme radical.

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !