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VA-T-IL TOUT PERDRE ?

Mohamed Alami Lazrak - © Photo : MHI

Mohamed Alami Lazrak – © Photo : MHI

Le bateau Alliances chavire. Son capitaine,  Mohamed Alami Lazrak, tente  tant bien que mal de le redresser.  C’est connu, le président du groupe  Alliances n’est pas homme à se laisser  abattre. Il n’en demeure pas moins  que, dans les milieux financiers de Casablanca,  on n’hésite pas à parler d’une véritable catastrophe  qui frappe ce groupe immobilier et dont  les répercussions sur la bourse pourraient être  désastreuses.
Seulement, aux dernières nouvelles, le groupe  immobilier serait parvenu à un accord avec les  banques pour rééchelonner sa dette considérable,  qui se chiffre à pas moins de 6 milliards de  dirhams.

Spectre de la faillite
Une dette qui dépasse largement les fonds propres  du groupe, qui s’élèvent à 4 milliards de  dirhams. Or, une règle d’or dans le milieu des  entreprises veut que le taux d’endettement ne doit pas dépasser 33% des fonds propres. Dans  le cas d’Alliances, les dettes submergent totalement  les actifs et le spectre de la faillite plane  dangereusement.
Cependant, on reconnaît volontiers dans les milieux  financiers que l’accord stratégique conclu  très récemment avec la Banque populaire et Attijariwafa  Bank est un véritable coup de maitre  de M. Lazrak. Ce patron hors pair aurait ainsi  réussi à sauver le groupe d’une situation financière  aux conséquences incommensurables.  Outre les dettes qui mettent en jeu l’avenir du  groupe, Alliances fait  face, depuis quelques  semaines, à des turpitudes  judiciaires. Nombreux  de ses biens et  comptes bancaires ont  été saisis sur décision  judiciaire. La première  saisie est tombée  comme une douche froide, le 28 janvier 2015.  Elle a été prononcée par le tribunal de commerce  de Casablanca et concerne les actions de  Alami Lazrak dans le capital d’Alliances (58%  des parts). Et pour cause.

Douche froide
M. Lazrak faisait l’objet d’une plainte déposée  par un de ses anciens associés, Mohamed Belhadj.  Ce dernier affirme avoir cédé à M. Lazrak sa société Rent Négoce, détenant des actifs fonciers  dans la commune de Nouaceur, non loin  de Casablanca.

Ventes au compte-gouttes
Une transaction portant sur un montant de 60  millions de dirhams. Or, M. Belhadj n’aurait,  selon ses dires, reçu de M. Lazrak que 40 millions  de dirhams. Finalement, après un recours  en appel, le tribunal de commerce a levé la saisie  sur les actions de Alami Lazrak dans le capital  d’Alliances. Quelques semaines plus tard,  le lundi 6 avril 2015,  Alliances fait l’objet  d’une deuxième décision  de justice ordonnant  la saisie des  comptes bancaires du  groupe.
Une saisie prononcée,  le 27 mars 2015, par  le tribunal de commerce de Casablanca, pour  environ 11 millions de dirhams, en faveur du  Comptoir métallurgique marocain, filiale du  groupe Holmarcom. Cette saisie a provoqué une  suspension pour deux jours du titre Alliances de  la cotation de la bourse de Casablanca.
Dans un communiqué, Alliances reconnaît  l’existence de cette créance. Mais il minimise  sa portée en précisant que cette procédure  concerne une mise en jeu d’une caution accordée par Alliances à sa filiale EMT, du pôle  construction, pour couvrir une dette d’exploitation  au profit du Comptoir métallurgique  marocain. «Une demande qui est en cours  de traitement et dont la montant n’est pas  significatif au regard du groupe Alliances»,  rappelle le groupe.
À la suite de cette clarification, le titre Alliances  a été de nouveau autorisé à la Bourse de  Casablanca. Un retour éphémère puisque  l’action a été de nouveau suspendue une semaine  plus tard, mardi 14 avril 2015.

Mohamed  Alami Lazrak  lors de  l’introduction  de son groupe  Alliances à  la bourse de  Casablanca

Mohamed Alami Lazrak lors de l’introduction de son groupe Alliances à la bourse de Casablanca

Mastodonte de l’immobilier
Ces affaires judiciaires et ces suspensions à répétition  ont sérieusement malmené le cours  de l’action Alliances en bourse. En effet, le  prix de l’action a piqué du nez, passant de  490 dirhams au milieu de l’année 2014 à  environ 100 dirhams aujourd’hui. «Le cours  de l’action pourrait encore baisser pour atteindre  des niveaux abyssaux», explique un  trader de la place.
“Dommages collatéraux” des déboires de M.  Lazrak et de son groupe, les petits porteurs  comme les investisseurs institutionnels ont  essuyé des pertes financières considérables  sur le titre Alliances. En désespoir de cause,  le groupe s’est résolu à lancer un emprunt  obligataire de 1 milliard de dirhams, moyennant  une prime de risque particulièrement  élevée. Une pratique financière courante  chez les entreprises en difficulté.
Cet emprunt obligataire permet certes de  renflouer provisoirement la trésorerie du  groupe, mais ce n’est pas pour autant que  ses problèmes économiques et financiers  sont réglés. Il faut dire qu’Alliances, à l’instar  de ses confrères dans le secteur immobilier,  évolue dans une conjoncture économique  marquée par une crise d’activité particulièrement  éprouvante. Le cash se fait rarissime.  Les ventes des appartements, même dans le  segment économique, se réalisent au compte-  gouttes. Les difficultés financières des  opérateurs immobiliers font boule de neige.  C’est ainsi qu’en 2014, Alliances a vécu un véritable  cauchemar. Les difficultés de son pôle  construction, notamment la société EMT Bâtiment,  ont significativement plombé les résultats  de la holding.
Le chiffre d’affaires de EMT Bâtiment a perdu  la bagatelle de 640 millions de dirhams.  Comme un malheur ne vient jamais seul, le pôle golfique et résidentiel a,  lui aussi, subi une baisse du  chiffre d’affaires de l’ordre  de 600 millions de dirhams.  Conséquence immédiate, Alliances  a ainsi vu son volume  de ventes baisser de 31% pour  s’établir à 2,9 milliards de dirhams  en 2014.
Mais comment Alliances, longtemps  considéré comme un  mastodonte de la promotion  immobilière et touristique  au Maroc, est-il subitement  tombé si bas? On prêtait à  M. Alami Lazrak, fondateur  du groupe, des ambitions démesurées  et une folle volonté  d’ériger un conglomérat immobilier  “à la brésilienne”. On  a ainsi vu Alliances prendre en  charge des projets pharaoniques  dont la réalisation nécessite  des fonds colossaux. Par exemple, à Marrakech, Alami  Lazrak lance avec fracas le  projet Al Maaden. Un chantier  titanesque réalisé pour plus  de 3 milliards de dirhams avec  des villas au prix fort et un golf  immense.

Initiative courageuse
Le tout réalisé par des architectes  nationaux et étrangers  de renommée internationale.  Comme de bien entendu, un  projet d’un tel gigantisme  était destiné à une clientèle de  luxe. C’était au temps où Marrakech  jouissait d’une certaine  aura mondiale.
Un pôle d’attraction qui séduisait  le gotha international  du monde des affaires et du show-business. Mais c’était  compter sans la crise économique  internationale, qui a  bouleversé tous les espoirs.
Une crise aggravée par le Printemps  arabe et la montée du  terrorisme. Du coup, le projet  Al Maaden de M. Alami Lazrak,  battait de l’aile. Tout comme  la station Taghazout, dans  la région d’Agadir, la station  Lixus à Larache, le projet Sindibad  à Casablanca… Des chantiers  disproportionnés pour  un pays comme le Maroc, toujours  inachevés, qui ont coûté  au groupe Alliances des pertes  immenses.
Ce n’est pas tout. Ne pouvant  ignorer l’appel de S.M le Roi  pour le développement de  l’Afrique subsaharienne, M.  Alami Lazrak s’implique, corps  et âme, dans cette politique. Il lance de multiples projets  dans plusieurs capitales africaines,  notamment Dakar,  Abidjan, Brazzaville…
Une initiative courageuse malheureusement  freinée dans  son élan, en grande partie à  cause des difficultés financières  du groupe. Alliances  paie-t-il aujourd’hui son volontarisme  de bon aloi ? M. Alami  Lazrak va-t-il tout perdre ?  Parce qu’il a vu grand pour  son pays ? Ou réussira-t-il à  éviter le naufrage du navire Alliances  ? Ceux qui connaissent  sa détermination et son caractère  bien trempé affirment  volontiers que ce pionnier de  l’immobilier saura se relever  de ses déboires.

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