Dépêche
Accueil » Politique » Union africaine : Le leadership du Maroc confirmé

Union africaine : Le leadership du Maroc confirmé

Dans son discours consacré à la question migratoire, S.M. le Roi a appelé à la création d’un Observatoire africain de la Migration. Pour faire quoi? Comprendre, anticiper et agir.

Assurément, ce 30ème sommet de l’UA, à Addis-Abeba, les 28 et 29 janvier 2018, a connu moins d’effervescence que celui de l’année dernière dans la même capitale éthiopienne. Voici douze mois, l’on se souvient que le retour du Maroc au sein de la famille institutionnelle continentale avait suscité un intérêt particulier. Aujourd’hui, le Royaume a repris sa place naturelle. Plus encore, il a de nouveau fait entendre sa voix. L’on est en présence d’un leadership de plus en plus conforté parce qu’il prend aussi en charge, outre les intérêts légitimes nationaux, les grandes questions posées aujourd’hui dans la cinquantaine d’États membres. S’il fallait une expression de cette situation, elle serait trouvée dans l’élection du Maroc comme nouveau membre du Conseil de paix et de sécurité de l’UA.

Recul algérien
Créé en 2004 sur le modèle du conseil de sécurité de l’ONU, cet organe, formé de 15 membres, a des attributions couvrant précisément le maintien de la paix et de la sécurité. Avec 39 voix pour et 16 abstentions –celles des mêmes…- c’est une majorité de plus des deux-tiers qui s’est prononcée dans ce sens, un seuil requis à ce sujet. Membre à part entière de l’UA, il était tout à fait normal qu’il puisse accéder, par un vote majoritaire, aux différents organes et structures de cette organisation. La contribution du Maroc au maintien de la paix, en Afrique et ailleurs, est connue et reconnue, comme l’a relevé Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères.

L’élection du Maroc à ce Conseil a été accompagnée par la multiplication de manoeuvres incessantes d’Alger. Le ministre des Affaires étrangères de ce pays a ainsi voulu faire adopter un projet de décision articulé autour de quatre points: retour des observateurs africains à Laâyoune; levée du niet de Rabat à propos de l’implication de l’émissaire de l’UA, l’ancien président du Mozambique, Joachim Chissano, dans le processus de négociation sous l’égide des Nations Unies; monitoring des droits de l’Homme au Sahara; et une motion déclarant que l’UA demeure saisie du dossier des provinces sahariennes.

L’autre acte significatif a trait au discours royal lu par le Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani. S.M Mohammed VI s’était vu confier, en juillet 2017, lors du 29ème sommet, le mandat de «Leader de l’Union africaine sur la question de la Migration». En juillet dernier, il a présenté une note préliminaire sur la migration articulée autour d’une vision africaine commune. Aujourd’hui, cette première évaluation a été concrétisée et développé dans un document, l’Agenda africain pour la migration.

Une vision africaine
Ce plan a fait l’objet d’une concertation étroite et permanente menée avec des dizaines de chefs d’État; il a aussi fait l’objet d’une évaluation approfondie lors de la rencontre de Skhirat, en novembre 2017, avec plus de 120 décideurs représentant des organisations internationales, la société civile et des chercheurs, enfin, elle a été clôturée par une conférence ministérielle tenue le 9 janvier 2018, à Rabat, réunissant une vingtaine de ministres, des sous-régions du continent, ainsi que de la Commission de l’UA et des communautés économiques régionales. Des propositions ont été faites en la matière; de nouvelles idées ont été avancées aussi à cette occasion.

Le plan qui a aujourd’hui finalisé ce travail se veut flexible, évolutif et sans contrainte juridique: il fixe une vision, une stratégie et les moyens d’en réaliser les objectifs. En même temps, le Roi a tenu à recadrer l’Occident avec ses peurs, ses fantasmes, ses amalgames et l’instrumentalisation politique et électorale qui est faite de la migration. Cette mise au net est venue rappeler qu’il «n’y a pas de déferlante migratoire, les migrants ne représentant que 3,4% de la population mondiale, que la migration africaine est d’abord et surtout intra-africaine en ce sens que 4 migrants sur 5 restent dans le continent; que la migration n’appauvrit pas les pays d’accueil, 85% des revenus des migrants restant dans ces pays; et que, enfin, la migration est un phénomène naturel. La migration africaine ne représentant que 14% à peine de la population mondiale de migrants.»

Cela dit, comment assurer la gestion migratoire? Par la mise en oeuvre de quatre exigences: la prise en compte des politiques nationales, une coordination sous-régionale, une perspective continentale et un partenariat international. Une forte volonté politique est nécessaire à cet égard; elle doit se préoccuper de la sécurité, de la légalité, de la régularité et du respect des droits humains. Il s’agit au final d’arriver à faire de la migration ce que le Roi appelle «un levier de co-développement, un pilier de la coopération Sud-Sud et un vecteur de solidarité». Deux mesures sont proposées à cet égard. L’une est la création d’un Observatoire africain de la Migration. Pour faire quoi? Comprendre, anticiper et agir. Il s’agit d’observer le phénomène migratoire, dans ses multiples aspects, d’échanger des informations entre les pays africains pour pouvoir élaborer et mettre en oeuvre une gestion maîtrisée des flux migratoires.

Gestion migratoire
L’autre proposition royale a trait à un poste d’envoyé spécial de l’UA chargé de la Migration. Il importe en effet de coordonner les politiques de l’UA en la matière. Le souci commun doit être d’apporter une contribution significative et opératoire dans le processus d’élaboration du Pacte mondial pour des «Migrations sûres, ordonnées et régulières». Le Maroc doit d’ailleurs abriter, à la fin de l’année 2018, la conférence intergouvernementale d’adoption de ce Pacte mondial ainsi que le Forum Global pour la Migration et le Développement. Deux rendez- vous multilatéraux où le continent aura à coeur de faire entendre sa voix, à charge pour lui de renforcer sa solidarité et la coordination des politiques nationales.

A l’ordre du jour de ce 30ème sommet, des points importants concernent d’autres domaines. L’année 2018 a été placée sous le signe de la lutte contre la corruption. Un fléau qui coûte quelque 50 milliards de dollars à l’Afrique et qui a des effets dévastateurs pour le développement économique, corrosifs pour la cohésion sociale et déstabilisateurs pour la situation politique.

Rendez-vous multilatéraux
Le président de la Commission de l’UA, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, a lancé un appel pressant dans ce sens pour remporter la lutte contre la corruption. Le dossier d’une zone de libre-échange continentale lancé en 2015 est toujours au point mort. Il intéresse 1,2 milliard de consommateurs potentiels.

La taxe de 0,2% sur les importations est également à l’ordre du jour. Elle a été proposée par Donald Kaberuka, ancien président de la BAD, haut représentant chargé du Fonds pour la paix de l’UA, membre du groupe de travail du président rwandais Paul Kagame. Il s’agit d’une mesure phare permettant de générer des fonds de près de 970 millions d’euros et de financer ainsi la plupart des programmes de l’Union, sauf ceux de maintien de la paix. Ce serait une solution pour l’autonomie financière de l’UA alors que les États membres n’y contribuent qu’à hauteur de 14%, le reste étant assuré par des bailleurs internationaux (États Unis, UE, Chine,…).

L’année 2018 sera-t-elle celle du changement et des réformes pour l’Union africaine? Le président Kagame entend bien entreprendre une réforme financière mais aussi institutionnelle. Un grand challenge pour donner efficience et crédibilité à cette organisation continentale et réussir à y faire adhérer pleinement les Africains.

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !