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Une richesse impalpable

Driss Fahli

Dans quelles poches la richesse développée par le maroc a-t-elle atterri entre 1999 et 2013 ?

Après les événements tragiques de la bousculade de l’aide alimentaire d’Essaouira, le spectre de la pauvreté a fait irruption dans le quotidien. Il est maintenant plus voyant et on est plus regardant. Les feux rouges des villes, les routes, les lieux publics sont squattés par la pauvreté. C’est d’autant plus déprimant que l’on sait qu’il n’y a pas de solution miracle à cette menace.

Heureusement que nous autres Marocains, nous avons notre Nizar Baraka national et que nous comptons parmi nos têtes, une primée, qui dépasse les autres d’une touffe de savoir. J’entends par là celle du Wali de la Banque centrale. Après avoir planché 3 années durant, nos deux cerveaux musclés nous ont gratifiés d’un énième rapport qui a coûté bonbons, et qui va s’user sans jamais servir. Un rapport sur le capital immatériel du Maroc qui, par la magie de l’intangible, fait de nous des citoyens riches même sans le sou dans la poche. Une astuce sémantique – à l’instar de l’aveugle qu’on va dénommer non-voyant pour atténuer son handicap – qui nous suggère l’idée que les révoltés d’Al Hoceima ou les quêteurs de farine d’Essaouira sont en réalité 7 fois plus riches que ce qu’ils pourraient supposer malgré le fait qu’un rien multiplié par 7 s’aggrave en plus que rien. Aux trois sous qu’ils ont dans leurs poches indigentes, ils devraient ajouter un bon trois quart de richesse intangible. Un capital potentiel qui pourrait être transformé en pognon sonnant et trébuchant si l’on disposait de bonnes routes, de super aéroports, de magnifiques ports, de citoyens instruits et cultivés et d’une géniale gouvernance.

A la tête du Conseil Economique, Social et Environnemental notre immaculé Nizar avait pour mission d’éclairer le Roi et au passage le citoyen, sur l’évolution de la richesse des Marocains. Autrement dit, répondre à la question: Dans quelles poches la richesse développée par le Maroc a-t-elle atterri entre 1999 et 2013? Le rapport répond à côté et dans le sens du poil. La richesse globale s’est accrue de 5% par an en passant de 6.000 à 12.833 MMDH en oubliant l’inflation. Il se trouve que cette performance calculée sur la base du théorème voltairien de Pangloss «tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes» n’est pas reflétée par la réalité quotidienne de la population.

Qu’à cela ne tienne, pour calmer la horde, Lahlimi est appelé à la rescousse. Le patron HCP publie dans une parfaite chronologie, sous la houppe de la Banque Mondiale un autre rapport tout aussi suggestif sur «la pauvreté et la prospérité partagée au Maroc du troisième millénaire, 2001-2014». Ce dernier nous dit que l’effectif de la population pauvre du Maroc est passé de 4,5 à 1,6 millions d’individus entre 2001 et 2014 avec une diminution de près de 8% par an et une augmentation constante du niveau de vie de près de 3%. J’en conclus que tous les mendiants qui squattent les feux rouges de nos villes, doublés de migrants en tous genres, ne sont qu’une mauvaise illusion d’optique. En fait la meilleure performance de richesse intangible des Marocains a été réalisée ces dernières jours par les partis du PJD et de l’Istiqlal qui, comme Mr Jourdain fait de la prose sans le savoir, font du capital immatériel sans s’en apercevoir: Mettre fin à l’ère du populisme grossier en virant Benkirane et Chabat.

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