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Une mémoire nationale s’est éteinte

Décès de l’académicien Abdelhadi Tazi, 94 ans

Décès de l’académicien Abdelhadi Tazi, 94 ans

[quote font= »1″]DISPARITION. Historien, humaniste et écrivain prolifique, Abdellah  Tazi est l’un des derniers représentants du savoir encyclopédique.  Amoureux des archives et des textes de première main, il a été le  prospecteur de la profondeur historique du Maroc.[/quote]

Avec le décès de  Abdelhadi Tazi, le 2  avril 2015, à Rabat,  à l’âge de 94 ans,  le Maroc perd l’un  de ses grands érudits, témoin  de son époque et narrateur  infatigable d’un passé qui donne  sur la profondeur historique  du Maroc. Le parcours de ce  natif de Fès en 1921 relate, en  lui-même, ce Maroc des livres  d’histoire où tout invitait à  l’implication, aussi bien dans  le flux de l’événementiel et  du conjoncturel que dans une  intense gestation culturelle.  Abdelhadi Tazi était sur les deux  fronts, avec une préférence  irrésistible pour l’engagement  national par la connaissance.  Toute sa vie durant et tout  au long de ses pérégrinations  intellectuelles, un mot revenait  constamment dans son parler de  conférencier et dans ses écrits: Al  Qarawyine.

“La mosquée et l’université”
C’est dans cette université  antique que Abdelhadi Tazi  a obtenu son titre de Alem  (érudit), en 1947. Le parchemin  d’une première consécration qui  suffisait au bonheur du père;  car celui-ci voulait l’orienter  vers une carrière exclusivement  fondamentaliste d’attaché à la  mosquée Al Qarawyine.
Cette ambivalence autour de  la même institution, Abdelhadi  Tazi en fera un livre sous le titre Al Qarawyine, la mosquée  et l’université. De même qu’il  en fera son sujet de thèse  de doctorat à l’université  d’Alexandrie, en Egypte, en 1971.  «Sans la Qarawyine, disait-il, le  Maroc serait aujourd’hui un pays  parlant une autre langue que  l’arabe et peut-être croyant en  une autre religion que l’Islam».  Amoureux de Al Mutanabbi, il  maîtrisait parfaitement et écrivait  volontiers dans celle de Molière  et même de Shakespeare.

Une quête jamais assouvie
C’est surtout dans l’histoire et  l’étude des civilisations que  Abdelhadi Tazi trouvera matière  à satisfaire une quête du savoir  jamais vraiment assouvie.  Il débute sa longue marche  de chercheur à l’université  Mohammed V de Rabat, où il  obtient un DES sur la dynastie  almohade.
Le diplôme et les distinctions  universitaires, Abdelhadi Tazi  en a eu un nombre fastidieux.  Cependant, ce n’est pas qu’à  travers cette filière qu’il publiera  ses travaux de recherche et ses  livres. Même s’il a dirigé, entre  autre, l’Institut de recherche  scientifique de Rabat. En fait,  son regard de chercheur porte  beaucoup plus loin que l’enceinte  des campus.
Abdelhadi Tazi a été un écrivain  prolifique qui n’hésite pas  à enfourcher sa plume pour  prospecter des espaces à  connotation historique; mais  pas seulement. À parcourir  son oeuvre, on est proprement  sidéré par l’éventail des thèmes  abordés. On y trouve des précis de  littérature arabe; des descriptifs  des us et coutumes de société,  tels Les mariages à Fès, ou La  chasse au faucon entre Maghreb  et Machrek, ou encore La femme  dans l’histoire de l’Occident  musulman; des observations sur l’architecture de monuments  historiques, comme Le palais  Al Badii de Marrakech, une des  merveilles du monde; des écrits  foncièrement religieux, tels A  l’ombre de la foi, ou L’explication  de la sourate Noor; des  correspondances administratives,  comme Lettres makhzéniennes,  ou Les biens habous marocains à  Al Qods… Dans ce listing, qui est  loin d’être exhaustif, un thème a  accaparé une grande partie de la  réflexion et de la production de  Abdelhadi Tazi, celui du rapport  du Maroc à l’étranger.
À travers ses recherches, notre  historien rapporte les faits et les  effets sur un pays qui a toujours  été ouvert sur le monde extérieur.  Il passe en revue l’historique de  nos relations avec les États Unis  d’Amérique; de même qu’il donne  un avis venu d’ailleurs sur l’Iran  avant et après la révolution  khoméniste; ainsi que le Koweit  d’hier et d’avant-hier.
Quelle que soit l’abondance de  ses écrits, l’oeuvre maîtresse de  Abdelhadi Tazi reste L’histoire  de la diplomatie marocaine en  quinze volumes. Un domaine,  comme tant d’autres, où l’auteur sait de quoi il parle. Il a été  ambassadeur du Maroc en Irak,  en Libye, en Iran et dans les  Emirats Arabes Unis. Les pays de  “Ce Moyen-Orient compliqué” et  constamment dans la tourmente,  où il a accumulé l’expérience  d’une diplomatie de terrain.

Globe-trotter des lettres
Sa connaissance du monde arabe,  de son histoire et de sa culture lui  a été d’un apport distinctif parmi  le corps diplomatique, au point  d’être membre des institutions  académiques des pays de la  région. Arrivé en Irak, il aura  cette réflexion: «Je suis heureux  de perpétuer la mission de l’imam  Abdallah Ibn Al Arabi, que le  sultan Youssouf Ben Tachefine a  nommé ambassadeur à Bagdad».  Sa fonction diplomatique,  forcément itinérante, lui a  permis de sillonner le monde  en globe-trotter des lettres et  des sciences humaines dans  leurs multiples prolongements.  Abdelhadi Tazi a ainsi été l’un des  derniers représentants du savoir  encyclopédique qui ont animé  la vie intellectuelle des siècles  durant.

CREDIT PHOTO: MAP

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