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Une hargne destructrice

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A Marrakech, le hooliganisme a fait 14 blessés, ce dimanche 25 février

Comment expliquer le vandalisme autour d’un match de foot?! Manque d’implication de la famille et de l’école, deux structures en crise, au détriment d’un code de conduite et de civilité.

On avait tendance à croire que le hooliganisme avait fortement reculé; voire disparu. Que le vandalisme n’est plus au programme des extériorisations festives ou contestataires, accompagnant les matchs de foot. Que les supporters et leurs associations s’étaient assagis. Mieux, qu’ils avaient enfin appris à manifester sans violence et sans fureur; bref, sans casse. Peine perdue.

Au cours du match opposant le Kakab de Marrakech au Raja de Casablanca, le 25 février 2018, les gradins se sont transformés en zone retranchée pour un combat sans merci entre des supporters du Raja et les forces de l’ordre. Les sièges flambants neufs, destinés à plus de confort pour les spectateurs, voltigeaient dans les airs à l’adresse des services de sécurité. Résultat des courses, 14 blessés côté forces publiques et dégâts matériels considérables sur les équipements d’un stade qui se voulait le fleuron des infrastructures sportives du Maroc. Pas moins de 65 personnes présumées coupables, ont été arrêtées et placées en garde à vue.

Un sale coup au projet
Pour un pays qui postule à l’organisation de la coupe du monde 2026, ce n’était vraiment pas ce spectacle qu’il fallait afficher au vue des cercles décideurs de l’octroi de cet événement planétaire. Dans ce genre de démarche en situation de demandeur, c’est surtout la sécurité des équipes et des spectateurs venus des quatre coins du monde qui prime. Le Maroc est un pays sûr, en matière sécuritaire, soit. Mais faut-il y ajouter des distinguos du type «avec ou sans le foot»; «avec match ouvert au public, d’ici ou d’ailleurs, ou à huis-clos»! Les efforts consentis pour l’aboutissement de ce projet ne sont pas anéantis; mais ils ont reçu un sale coup au flanc. D’autant plus que ce n’est pas la première fois que les stades de foot sont pris en otage par des groupes de jeunes voyous. Sans remonter au déluge, l’année dernière a connu les mêmes comportements destructeurs. En mars 2017, les rencontres de Chabab Rif Al Hoceima-WAC de Casablanca; et Union Sidi Kacem-Moghreb de Fès, se sont vu infliger des actes similaires de vandalisme et de batailles rangées.

Incidents à grand bruit
À chacun de ces incidents à grand bruit, des commissions sans lendemain sont formées et des sanctions sont prises. On y retrouve toutes les parties concernées, de l’Intérieur à la Justice, en passant par le département de la Jeunesse et des sports, la Protection civile et la Fédération royale marocaine de football; des mesures, parfois limites, sont prises, telle l’interdiction des déplacements en groupe de supporters vers les lieux de rencontres éloignées; ou d’accès au stade des mineurs non accompagnés. Les outils des nouvelles technologies ont été mis à contribution: caméras de surveillance; portiques électroniques pour contrôler l’entrée aux stades; modernisation du système de vente de billetterie, en vue d’appuyer les protocoles de sécurité. À l’évidence, toutes ces dispositions, pas plus que les matchs à huis-clos et les amendes financières n’ont eu les effets dissuasifs escomptés.

Les ressorts d’un phénomène
Qui sont ces jeunes casseurs qui semblent inatteignables? Des désoeuvrés en ruptures de ban, entre une enfance dont on ne guérit jamais; une adolescence mal vécue et une maturité d’emblée aléatoire! Les conditions d’existence d’une précarité criante sont souvent mises en avant pour expliquer, sans pour autant justifier, une hargne qui frise une sorte d’instinct destructif. Pour exprimer un penchant résolument asocial, on va jusqu’à faire le sacrifice du prix du billet d’entrée.

Toujours dans la même recherche d’explication, on a également évoqué le manque d’implication de la famille et de l’école pour ancrer des idées et des modes comportementaux de civisme et de savoir-être parmi les autres, dans une même communauté nationale.
Il se trouve que la structure familiale se disloque, alors que l’école est en crise. En fait, c’est le concept d’autorité éducative qui se délite. Dans cette quête éperdue d’explication, on a été jusqu’à mettre en parallèle le caractère violemment belliqueux des jeunes et le taux de testostérone (hormone mâle), dans le sang. Ce taux diminue après 25 ans; or, chance inespérée ou malchance fortuite, plus de tiers de la population a moins de 25 ans. Il faut donc chercher ailleurs des explications que la biologie n’a pas prévues. En fait, ce sont tous ces faits de société qui se recoupent et s’additionnent pour donner à comprendre les ressorts d’un phénomène au plus proche de nous. Les jeunes.

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