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Une diplomatie offensive

MUSTAPHA SEHIMI

Rendre coup pour coup, ne rien laisser passer, multiplier les initiatives et les réactions.

Quelle diplomatie mener face à l’Algérie à propos de la question du Sahara marocain? Tout a été essayé depuis des lustres, en vain. Des médiations et des contacts de bons offices ont été ainsi menés par telle monarchie du Golfe ou par des puissances occidentales. Des messages ont été transmis, de part et d’autre, mais rien n’y a fait –c’est l’échec. Pourquoi? Parce que le voisin de l’Est s’obstine depuis plus de quatre décennies dans sa rigidité, à savoir l’organisation d’un référendum d’autodétermination du «peuple» sahraoui. De quel peuple parle-t-on au vrai? Le recensement de la puissance occupante, l’Espagne, en 1974, avait retenu quelque 73.000 âmes. Il ne prenait pas en compte les populations sahraouies réfugiées au Maroc par suite de la répression ou encore celles qui y gardaient de fortes attaches. Finalement, faute d’un accord sur le corps électoral, cette procédure a été abandonnée et le Conseil de sécurité n’y fait plus référence depuis 2004. Et cette haute instance insiste depuis lors sur la nécessité de rechercher une solution politique consensuelle et acceptable pour toutes les parties. Il faut ajouter au passage –on l’oublie…- que la Charte des Nations Unies ne contient aucune disposition faisant mention du référendum. Aucune corrélation n’existe entre l’autodétermination et le principe d’indépendance (article 73, résolutions 1541 de l’Assemblée générale de décembre 1960 ainsi que 2625 de 1970).

Alors? L’Algérie nie ces faits et ces évidences. Elle a fait du dossier du Sahara marocain un axe central de sa diplomatie, mobilisant son appareil d’État, ses réseaux aussi et offrant aide, assistance et armes aux séparatistes dans les camps de Tindouf. La glaciation que connaît le régime des généraux, en particulier depuis l’AVC du président Bouteflika en avril 2013 et partant son incapacité à assurer ses fonctions, ne peut que faire perdurer le statu quo actuel… Pour nous, cela veut dire quoi? Qu’il n’y a pratiquement rien à attendre d’Alger dans un avenir prévisible. L’ancien président Chadli Benjedid paraissait envisager une approche de normalisation; il a été destitué le 11 janvier 1992 par les mêmes généraux après le succès électoral du FIS deux semaines auparavant. Un autre chef d’État, appelé à la rescousse, Mohamed Boudiaf, lui succède et il était déterminé à trouver une solution; il sera assassiné à la fin juin à Annaba, en direct…

Plus d’un quart de siècle après, c’est toujours l’impasse dans les relations avec Alger. L’UMA est en panne et il paraît difficile de la réactiver tant que le voisin de l’Est persiste dans son hostilité, de manière opérationnelle, «activiste» même, avec davantage de moyens. Le Maroc, lui, a accompagné, patiemment, tout le processus de recherche d’un règlement placé sous l’égide des Nations Unies et qui s’est décliné tout au long des mandats successifs des secrétaires généraux de l’Organisation mondiale et de leurs envoyés personnels jusqu’au nouveau nommé en septembre 2017, Horst Köhler. Mais dans le même temps, l’Algérie a multiplié les provocations.

Le Royaume a déployé sa diplomatie dans deux directions. L’une regarde le projet d’autonomie régionale, le 11 avril 2007 devant le Conseil de sécurité, lequel le qualifie toujours de «réaliste, sérieux et crédible» et l’a encore validé dans la résolution 2414, le 27 avril 2018, confirmant par là sa prééminence dans l’optique d’une solution négociatoire.

Quant à l’autre axe de Rabat, il a trait à une diplomatie offensive, réactive et proactive: rendre coup pour coup, ne rien laisser passer, multiplier les initiatives et les réactions. Le retour de Rabat à l’UA à la fin janvier 2017 participe de cette position; l’élection au Conseil de sécurité et de paix de cette organisation continentale aussi; la toute dernière admission au Parlement africain prolonge cette attitude. Sans oublier des actes forts, porteurs de sens, incriminant la connexion Téhéran-Alger dans l’aide par Hezbollah libanais du mouvement séparatiste et conclue par la rupture des relations diplomatiques avec le régime des mollahs.

Confrontée à cette nouvelle doctrine marocaine, l’Algérie n’était pas préparée et accuse le coup. Mais est-elle audible en Afrique, dans le monde arabe et en Occident? Personne ne peut sérieusement le soutenir. D’où le forcing de Rabat pour mettre fin, dans les meilleurs délais, à une situation portant atteinte à la paix et à la sécurité, déjà menacées par tant de crises au Maghreb, au Sahel et ailleurs

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