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Unanimité au sein de la CGEM sur la candidature de l’ancien ministre des Affaires étrangères

Miriem Bensalah-Chaqroun et Salaheddine Mezouar.

Salaheddine Mezouar, grand favori

A quelques jours du dépôt final des candidatures à la présidence de la CGEM, toutes les anciennes alliances se défont au profit d’un candidat qui fait l’unanimité au sein du patronat: Salaheddine Mezouar.

Dans les coulisses, l’ancien patron du RNI et l’ex-ministre des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar cache mal ses ambitions et sa volonté de devenir le nouveau patron des patrons. Mais, selon ses confidents, il est hésitant. Non qu’il refuse d’assumer cette responsabilité, mais il attend une bénédiction, un feu vert qui le réintroduise dans le sérail après plusieurs mois sans responsabilité. D’aucuns ont avancé qu’il lui faut un titre de patron d’entreprise. Pour un proche de Mezouar, l’ancien ministre et président de la COP22 est resté administrateur d’une ou deux sociétés et, en plus, il est pressenti pour devenir administrateur de la BMCI.

Un binôme sans concurrent
En tout cas, ce candidat plébiscité à la présidence de la CGEM, et qui n’a pas encore réellement décidé s’il allait franchir le pas, a été élu, en 2002, président de l’Association marocaine des industries du textile et de l’Habillement (AMITH), en sa qualité de DG de Settavex.
Il a aussi dirigé la Fédération textile et cuir au sein de la CGEM. Il a également occupé le poste de ministre de l’Industrie et du Commerce dans le gouvernement Jettou II puis celui de ministre des Finances dans le gouvernement Abbas El Fassi et enfin celui de ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Benkirane.
L’étonnant, c’est qu’à l’annonce de la candidature de Salaheddine Mezouar, toutes les spéculations sur les alliances qui circulaient ces dernières semaines sont tombées à l’eau. Il y a quelques semaines, deux noms circulaient dans les coulisses, en l’occurrence Khalid Benjelloun, ex-président de la commission PME, et Hakim Marrakchi, actuel vice-président de la confédération.

Jusqu’à une date récente, Marrakchi et Benjelloun formaient un bon couple. Un binôme qui avait même la bénédiction des grands groupes qui dominent le conseil d’administration de la CGEM. Puis, les deux se sont séparés. Le nom de Assia Benhida, patronne d’Optimum Conseil, entre en lice comme formant un binôme avec Marrakchi. Même Hammad Kassal, figure active au sein de la confédération, s’est retiré à l’annonce de la candidature de Mezouar. Marrakchi aussi. L’ancien ministre des Affaires étrangères est parti favori, sauf surprise. On avance le nom de Naïla Tazi comme vice-présidente qui formera le binôme sans concurrent.

Un véritable contre-pouvoir
Ces calculs demeurent pour l’heure de simples spéculations en attendant la fin du dépôt des candidatures le 13 avril 2018. Ces élections sont suivies tous les trois ans par les acteurs politiques et les pouvoirs publics avec beaucoup d’intérêt. La CGEM de 2018 compte dans la prise de beaucoup de décisions à caractère économique et socio-politique. Un véritable contre-pouvoir avec des contre-propositions pour tout ce qui concerne au moins la politique économique gouvernementale ayant trait, notamment, à la fiscalité des grandes entreprises. C’est le début d’une ère nouvelle après celle de Miriem Bensalah-Chaqroun, qui a été élue le 16 mai 2012 et qui est restée pour deux mandats successifs.

Une main de fer dans un gant de velours. Première femme patronne des patrons, Miriem Bensalah-Chaqroun, une des riches héritiers du conglomérat Bensalah, donnait fausse impression. Derrière son charme était caché un style de management directif et autocratique.
Miriem Bensalah-Chaqroun commence son mandat par un gros malentendu né de sa décision de publier les résultats d’une étude critique à l’encontre de la stratégie industrielle à une semaine des Assises de l’Industrie, présidées par le Roi. Moulay Hafid Elalamy ne lui pardonnera pas cet «excès de zèle» au moment inopportun car il s’est vu visé par ce geste.

Ce pas mal calculé coûtera à Mme Bensalah- Chaqroun des relations un peu tendues avec nombre de fédérations, notamment celles de l’automobile et de l’aéronautique, qui avaient besoin de gagner la confiance et l’appui de leur ancien «collègue» devenu ministre de l’Industrie. D’ailleurs, on lui reproche le fait de se concerter peu en ce qui concerne certaines décisions stratégiques. Mais il faut rendre à César ce qui lui appartient. Car sous le mandat de Miriem Bensalah- Chaqroun, il fallait que la patronne des patrons compose avec un gouvernement islamiste dirigé par Abdelilah Benkirane. Chose qu’elle a su gérer admirablement puisqu’elle s’est concertée avec l’ex-chef du gouvernement sur une pratique inédite et qui annonce une rupture avec les us et coutumes de la confédération.

Une institution incontournable
Les deux responsables ont convenu en effet de mettre sur pied des groupes thématiques composés de représentants des départements concernés et d’un représentant du chef du gouvernement et de la CGEM pour régler plus vite les problèmes de chaque secteur. Un exploit à mettre à son actif. Et, malgré tout ce qui a été dit, elle a pu faire deux mandats successifs. Elle a aussi marqué ces deux mandats par une présence et une proximité inhabituelle dans tous les périples du Roi à l’étranger, notamment en Afrique.

Ce qui a conféré, en vérité, un rôle de premier plan au secteur privé dans la diplomatie économique royale africaine et a fait gagner au patronat du poids, l’érigeant en une institution incontournable avec laquelle l’administration devrait compter.

Défaillances des PME
Celle-ci a bel et bien compris son intérêt à se concerter et à collaborer avec la CGEM avant le lancement de tout projet impactant le secteur privé, de près ou de loin. Pour preuve, les rounds de concertation avec les opérateurs économiques qui ont précédé l’annonce de la mise en place de la flexibilité du change (décision reportée sine die par le gouvernement). Ceci est à mettre à l’actif de Miriem Bensalah-Chaqroun, indépendamment du bilan qui laisse entrevoir un penchant à défendre les intérêts des grandes entreprises au grand dam des petites et moyennes entreprises. D’ailleurs, durant ces dernières années, les défaillances des PME ont atteint des proportions pour le moins inquiétantes, avec tout ce que cela entraîne comme conséquences sur le taux de chômage.

Tous les regards seront dirigés dans quelques jours sur ce candidat donné pour favori qu’est Salaheddine Mezouar. En tout cas, que ce soit lui ou quelqu’un d’autre, la direction de la CGEM va-t-elle enfin défendre avec la même véhémence les intérêts des petits au même titre que les grands, notamment auprès des banques mais aussi pour tout ce qui est application de la loi sur les délais de paiement qui étouffent les PME?

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