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Un poids, deux mesures

Driss Fahli

Driss Fahli

Les attentats de  Charlie Hebdo et de  l’Hyper Casher de  janvier en France  avaient fait 17 morts  et soulevé une vive émotion.  Presque toutes les têtes  couronnées étaient là pour  exprimer leur indignation  et condamner les attentats à  travers la marche républicaine  du 11 janvier. L’émotion était  telle que le Président Obama a  eu à regretter son absence à la  marche de Paris. L’émoi était  à son paroxysme au point que  la ville de Lille avait décidé de  suspendre un de ses agents,  un animateur de 22 ans et de  déposer une plainte contre lui  pour “apologie du terrorisme”  parce que, tout en admettant la  barbarie des attentats, il avait  dit «Qu’une minute de silence  aurait pu être aussi faite pour  les Gazaouis».
En même temps que l’attentat  criminel de Charlie Hebdo,  il y avait eu un autre attentat  beaucoup plus loin de l’Europe.  Il avait fait plus de victimes  et n’avait soulevé qu’un bout  de condamnation, une pincée  d’émotion internationale  et juste quelques filets dans  presse occidentale. L’explosion  d’une voiture piégée à 7  heures du matin devant l’école  de police de Sanaa au Yémen  avait tué 35 personnes entre  passants et élèves. Normal, me dira-t-on, au Yémen, la violence  est banalisée et les tués ne sont  “que” des musulmans. Il n’y avait  donc pas matière d’implication  des démocraties occidentales.
Cela aurait pu avoir lieu en Irak,  en Afghanistan ou au Pakistan,  ça n’aurait rien changé à la  donne. Pourtant, le terrorisme,  sous toutes ses couleurs, loin de  terroriser l’Occident, atteint et  terrorise en premier lieu tous les  musulmans. Selon une étude de la  BBC (The new Jihadism, A global Snapshot), publiée en novembre  2014, dans ce monde musulman,  664 attaques “jihadistes” ont fait  5.042 morts, soit 3 attaques par  jour, l’équivalent des attentats  à la bombe de Londres de juillet  2005 et ce, en un seul mois. Ou, si  l’on utilise une autre échelle tout  aussi barbare, près de deux fois les  victimes de l’attentat du WTC du  11 septembre 2001.
Toutes ces morts musulmanes ne  soulèvent, à vrai dire aucune réaction  mondiale digne de ce nom si ce n’est les quelques condoléances  diplomatiques prononcées  du bout des lèvres.  En réalité, aujourd’hui, les victimes  sont pour la plupart du  temps irakiennes, syriennes,  afghanes, pakistanaises,  nigérianes, égyptiennes,  libyennes, tunisiennes, yéménites,  etc. Elles sont non seulement  les souffre-douleurs  du terrorisme jihadiste, mais  elles sont aussi les victimes de  la pauvreté, de la corruption  et de l’injustice de leurs pays.  Cela est souvent oublié ou  simplement tu.
A la suite de chaque attentat  terroriste commis en Occident  et attribué aux jihadistes, l’islamophobie  caracole en tête  de paroxysmes. Les discours  bien-pensants de l’évitement  des amalgames entre l’islam  et la violence n’y font rien. La  population, primaire et préconditionnée  par les média et  l’extrême droite, fera d’autant  plus volontiers l’amalgame  que son environnement s’y  prête sous l’accoutrement  communautaire.

La communauté musulmane  en Occident est alors doublement  impactée. Principale victime  d’un terrorisme jihadiste  en terre d’islam, elle gagne en  haine en devenant victime du  racisme et de la xénophobie  en terre chrétienne.

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