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Un outil incontournable au service du développement du pays

Succès du lancement et de la mise en orbite du satellite Mohammed VI-A

Le satellite Mohammed VI-A est aussi et surtout un outil ultra technologique, incontournable, utile et efficace pour les décideurs et opérateurs économiques. Explications.

Pour rien au monde, des millions de Marocains n’auraient manqué le lancement et la mise en orbite avec succès, au Centre spatial de Kourou, en Guyane française, de ce qui fait déjà leur fierté, le satellite Mohammed VI-A d’observation de la terre. Ils l’ont suivi en ligne, dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 novembre 2017, plus précisément à 1h42 min heure marocaine, en direct sur le site web de la compagnie Arianespace. Accroché puis mis sur orbite à 694 km d’altitude 55 minutes et 33 secondes après le décollage de la fusée italienne Vega, ce satellite d’observation à très haute résolution de type Pléiades est l’un des deux modèles commandés en 2013 au consortium constitué de Thales Alenia Space (mandataire) et d’Airbus (co-maîtrise d’oeuvre) pour quelque 500 millions d’euros. Le lancement du second satellite, Mohammed VIB, est prévu en 2018, sans plus de précision pour l’heure.

L’acquisition de cette technologie de pointe de la télédétection spatiale a fait couler beaucoup d’encore autant au Maroc qu’à l’étranger. Plusieurs comptes-rendus, même message: un satellite qui procurera au Royaume du Maroc un avantage militaire stratégique indéniable. En Algérie, les médias locaux ont commenté cet événement par la volonté du Royaume de renforcer les barrières sécuritaires aux frontières avec le voisin de l’est. Il est vrai que ce satellite fait du Royaume le troisième pays africain seulement (après l’Égypte et l’Afrique du Sud) à se doter d’une telle technologie. Mais réduire l’achat de Pléiades à une simple acquisition militaire risque de détourner l’attention de son aspect civil à connotation socio-économique.

Mais, comme l’a rappelé Arianespace sur son site web, ce satellite servira «aux activités cartographiques et cadastrales, à l’aménagement du territoire, au suivi des activités agricoles, à la prévention et à la gestion des catastrophes naturelles, au suivi des évolutions environnementales et de la désertification, ainsi qu’à la surveillance des frontières et du littoral». Une description enrichie par celle du Centre national d’études spatiales (CNES), qui souligne sur son site officiel que le Mohammed VI-A fait partie d’un système d’imagerie spatiale à très haute résolution qui «peut (…) suivre l’expansion des grands centres urbains, (…), surveiller l’activité des grands volcans de la planète ou (…) aider à l’élaboration des tracés routiers et ferrés». Ce n’est donc pas fortuit si c’est le Centre royal de télédétection spatiale (CRTS) qui va se charger de son exploitation ou plutôt de l’exploitation des données qu’il envoie sur terre. Le CRTS, dont les objectifs sont d’abord et surtout civils, chapeaute notamment plusieurs programmes maritimes et civils.

Cartes d’occupation des sols
Tout bien pensé, ce satellite aura le mérite d’aider les décideurs et opérateurs économiques dans la prise de décision. Reste à savoir comment? En ces temps de raréfaction des ressources en eau, les informations et données réceptionnées depuis ce satellite apportent des éléments d’information pertinents pour la prospection des eaux souterraines et surtout éviter de perdre du temps et de l’argent dans les forages dans des zones qui a priori ne présentent pas un potentiel important mais aussi pour le suivi l’irrigation des terrains cultivés pour en évaluer l’impact sur les nappes phréatiques.

Les manifestations de Zagora auraient été évitées si l’on disposait d’informations sur l’impact de la culture de la pastèque sur le tarissement des puits de la région. Ce n’est pas tout. Les données satellitaires devront servir à élaborer des cartes d’occupation des sols (inventaire des principales cultures par classification des images), d’un registre agricole qui offre un suivi régulier et précis de chaque parcelle ou exploitation agricole et de l’évolution spatiale et temporelle des zones irriguées. Ou encore l’impact de l’urbanisation sur les terres agricoles.

Autre avantage non moins important: Elles permettront par ailleurs d’évaluer l’impact des catastrophes naturelles telles que la sécheresse ou les inondations sur les zones touchées et les dommages qui s’en suivent. De telle sorte que la coordination avec les équipes d’intervention et de secours sur le terrain sera rapide et plus efficace, ce qui permettra de sauver, à titre d’exemple, la région de Moulay Brahim (région de Marrakech) en proie annuellement à des inondations terribles provoquées par les crues de l’oued Ourika.

Sous un autre registre, les images haute résolution du satellite permettent d’inventorier et de suivre, avec précision et en temps réel, la propagation de l’habitat clandestin et insalubre. Ainsi, les opérations d’éradication des bidonvilles seront plus efficaces étant donné que les images satellitaires instantanées dénonceront les abus commis par les bidonvillois encouragés par le laxisme des agents d’autorité.

Dans la même ligne de mire, ces données numériques aideront, aussi, à établir des schémas et des cartes topographiques des cités et des régions grâce à une connaissance de la morphologie de l’urbanisation et de son expansion. C’est donc un outil incontournable dans la prise de décisions relatives aux plans d’aménagement des villes marocaines (zones industrielles, zones touristiques, espaces verts, quartiers résidentiels, zone agricole ou urbaine…).

Suivre de près l’habitat insalubre
Les usages multiples des données recueillies par cette technologie de pointe ne s’arrêtent pas en si bon chemin. Leur pertinence aide à échafauder des études de faisabilité de tracés routiers, ferroviaires et d’ouvrages d’art (ports, tunnels, barrages, routes…) ainsi que des cartographies qui renseignent sur les occupants des zones du littoral (le cas de l’occupation par les promoteurs immobiliers et restaurateurs de la corniche casablancaise d’Ain Diab peut être donné en exemple). Elles peuvent servir, entre autres, à dénicher des sites à vocation aquacole (sites où prospèrent les cultures marines).

Tout compte fait, il paraît clair que la dimension militaire –trop médiatisée- du satellite Mohammed VI-A ne peut et ne doit pas cacher l’autre dimension socio-économique, dont l’impact justifie grandement l’investissement consenti par le Royaume.

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