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UN CONGRÈS POUR RIEN

Mustapha Sehimi

Neuvième mandat de Mohand Laenser à la tête du MP

Le MP n’a pas su se redonner un nouveau logiciel lui assurant une identité propre, attractive et mobilisatrice.

Les 28, 29 et 30 septembre 2018, à Rabat, le Mouvement populaire a tenu son congrès. Sans surprise, Mohand Laenser a été élu pour un 9ème mandat, le voilà donc investi pour quatre autres années. Une situation pour le moins problématique. Il a obtenu 1.554 voix sur 1.968 votants, contre 289 pour son rival, Mustapha Slalou, 125 bulletins étant annulés. Et après, dira-t-on, quoi de neuf dans le monde haraki? Pas grand-chose, rien.

Pourquoi cette formation se trouve-t-elle en 2018 dans cette situation s’apparentant à une impasse pratiquement existentielle? Déjà, voici quatre ans, Mohand Laenser avait annoncé à différentes reprises qu’il ne solliciterait pas un 8ème mandat; il avait d’ailleurs fait la même promesse avant le XIe congrès de 2010. Qu’en tirer comme conclusion? Que, dans les rangs harakis, aucun profil ne paraît s’imposer pour prétendre à la succession.

C’est encore plus vrai lors de ce XIIIe congrès. M. Laenser n’a fini par se décider qu’au dernier moment. Il avait ainsi veillé à faire savoir, ici ou là, qu’il était en tain de réfléchir. Une manière tactique d’entretenir le flou pour geler –faire patienter– les velléités de candidature de plusieurs dirigeants. Le premier, Mohamed Ouzzine, ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, révoqué le 7 janvier 2015 par le Roi à la suite du scandale du terrain de foot de Rabat –l’affaire de la “karata”– a rebondi au plan local puis parlementaire.

Depuis des années, il a un rival pour la direction du MP en la personne de Mohamed Moubdiï, ancien ministre, aujourd’hui président du groupe parlementaire. Ce duo, qui s’était déjà repositionné, a vu arriver au MP un outsider inattendu, Mohamed Hassad, ancien ministre de l’Intérieur puis de l’Education nationale remercié le 5 avril 2017. Il a eu droit à la qualité de membre du bureau politique où il a siégé régulièrement depuis un an et demi. Il a aussi bénéficié d’un changement dans les dispositions de l’article 50 des statuts, lesquelles exigeaient un mandat au moins dans cette instance pour pouvoir postuler à la candidature au secrétariat général. Tout paraissait se passer comme si un boulevard était dégagé pour lui permettre sans coup férir de succéder à Mohand Laenser, en application d’une feuille de route.

Or, cette éventualité n’a pas pu se concrétiser lors des assises qui viennent de se tenir. Il semble bien que les termes qui se sont imposés à cette occasion étaient les suivants: pas de candidature si Mohand Laenser se représente; dans le cas contraire, c’est le chacun pour soi. Une option qui aurait vu au moins trois candidats se disputer les suffrages des congressistes sans qu’il soit exclu que d’autres auraient pu eux aussi se lancer dans la compétition. Le risque était réel de voir le parti éclater au grand jour et accuser alors une profonde division. Entre un candidat du Moyen-Atlas comme Mohamed Ouzzine, Mohamed Moubdiï (Fqih Ben Salah), et Mohamed Hassad (Tafraout), c’est un large spectre géographique et culturel qui couvre la famille harakie. Mais, historiquement et sociologiquement, la mouvance populaire a toujours eu un centre de gravité dans le Moyen-Atlas.

Cet équilibre pouvait-il être bousculé vers le Souss (Hassad)? Mohamed Ouzzine, lui, est bien du Moyen-Atlas (Oued Ifrane, Azrou) mais aucune majorité ne paraissait lui être acquise d’autant plus que son image auprès de l’opinion publique était un handicap persistant. Quel renouveau aurait donné le MP dans un tel cas de figure? Voilà sans doute pourquoi les uns et les autres se sont ralliés, à leur corps défendant et même à reculons, pour accepter la solution Laenser, comme formule d’attente. Ce qui, au passage, n’augure rien de bon quant au rebond de cette formation dans les mois et les années à venir.

Au sein de la majorité actuelle, passablement fragilisée et même sous tension par suite des rapports entre le PJD et le RNI et même avec le PPS, le MP est à la remorque des événements. Au sein de la majorité, il a le même statut que l’UC voire même l’USFP: celui d’un allié supplétif dans un pôle où le président du RNI, Aziz Akhannouch, s’échine depuis avril 2017 à se présenter comme le mandataire de ses trois alliés.

C’est que les marqueurs du MP historique de Mahjoubi Aherdan (1958-1986) que sont l’amazigh et le monde rural sont dilués aujourd’hui. L’amazigh a été consacré comme deuxième langue officielle. Le monde rural est une grande priorité depuis le Plan Maroc Vert. Le MP n’a pas pu, su ou voulu se redonner dans ces conditions un nouveau logiciel lui assurant une identité propre, attractive et mobilisatrice. Il est devenu conservateur, gérant au mieux un réseau de notables, avec des intérêts et des égos. Un “Sleeping Partner” absent, coupé de la dynamique sociale et des grands challenges du Maroc d’aujourd’hui et de demain.

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