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Un capital écorné

Driss Fahli

Driss Fahli

Je ne sais pas qui, mais il  y a dans ce pays quelques  cerveaux musclés qui sont  payés pour générer du  mauvais buzz à la queue  leu leu. C’est probablement  quelques matricules d’importance,  nostalgiques de la chape  de plomb et de ses méthodes,  qui n’ont pas pu sauter l’abîme  qui sépare le nouveau Maroc de  l’ancien, le nouveau monde de  l’ancien.

Tout le travail suant et colossal  fait pour soigner le capital image  de ce pays aussi bien sur le plan  international qu’interne, vient à  être sapé par des actions irréfléchies  et répétitives héritées  d’une autre époque qu’on croyait  révolue.

Le 19 octobre, le New York Times  a consacré un article critique sur  la situation de la liberté d’expression  et de presse au Maroc et le  traitement de certaines affaires  mettant en cause des journalistes  ou des activistes des droits de  l’humain. Une semaine après, le  journal rebelote. Cette fois–ci,  excusez du peu, c’est un «board  editorial» accrochant sous le  gros titre: « Muzzling Dissent  in Morocco». Cela veut dire  «Musellement de la dissidence  au Maroc». Je rappelle en passant  que la muselle est un appareil qui  empêche les chiens d’ouvrir leurs  gueules. Transposé à l’humain,  c’est des méthodes pas très  catholiques ni très musulmanes  non plus, qui abusent du pouvoir  public des autorités ou des oligarchies  du sérail en place pour priver  le commun des mortels de sa  liberté d’expression en y associant  le bâton ou la carotte.

L’éditorial du New York Times  nous dit que depuis que le Maroc  a pris le chemin de la démocratie  après le dit printemps arabe en  2011, il est cité comme le pays  le plus stable de l’Afrique et du  Moyen Orient mais que cette  réputation commence à s’écorner  en raison de la campagne d’intimidation  du gouvernement contre  les journalistes et les groupes des  droits de l’Homme.  A mon avis, le prestigieux journal  américain se trompe déjà d’hypothèse.  Il accorde au gouvernement  un pouvoir qu’il ne semble pas  pratiquer car la galère vogue sans  vision convergente au rythme des  bourdes successives, des partages  du butin politicien et des calculs  personnels.

L’éditorial continue en citant tous  les efforts du Roi pour faire du  Maroc un modèle démocratique et fait référence au succès des  dernières élections. Le revers de  la médaille c’est le harcèlement,  l’intimidation, les peines de prison,  les accusations vagues de  diffamation ou d’autres inventions  du moment entrepris à  l’encontre des journalistes et  des activistes qui dérangent. Le  journal cite les cas de Samad  Lach, de Hicham Mansouri, de  Karima Nadir mais c’est surtout  le cas de Maâti Monji, ancien  opposant et président de Freedom  Rights qui y est développé.  On n’a pas encore terminé  de sortir de la bourde avec la  Suède et nous voilà embarqués  dans un mauvais trip avec le  cas de Maâti Monji.

Hyper buzz  sur les réseaux, soutien international  médiatique et institutionnel  grandissant du mis  en cause, accusé aujourd’hui  «d’irrégularités datant d’hier  où il dirigeait le centre Ibnou  Rochd des études et de la communication  ». C’est donc «une  affaire privée» (Ministre dixit),  révélée au hasard des coïncidences  et bien entendu à des  kilomètres de distance de tout  délit d’opinion. Malheureusement  l’opinion internationale  ne l’entend pas de cette sorte  ni sur ce registre et l’image du  pays s’écorne de plus en plus  par des pratiques récurrentes  ressuscitées d’un passé pas tout  à fait enterré.

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