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Trump, un mauvais « Génie »

Le président américain insulte l’Afrique et les Africains

Le comportement du président américain attise les inquiétudes et les spéculations .

Que faire de lui? Ou plutôt que faire avec lui? N’avonsnous d’autres choix, pratiquement sous la plupart des latitudes, que de nous échiner à le «gérer», tel qu’en lui-même, jusqu’à la fin normale de son mandat à la fin 2020? Arrivera-t-il d’ailleurs jusqu’à ce terme? Ne risque-til pas d’en décrocher un second jusqu’à 2024? On verra bien…

Aujourd’hui, une première interpellation s’impose à l’évidence pour commencer: pourquoi cette agression verbale, du président américain Donald Trump, contre Haïti, Salvador et ces «pays de merde» (shithole countries) d’Afrique, lors d’une réunion le jeudi 11 janvier 2018, avec une commission sénatoriale? Devant le tollé mondial soulevé par de tels propos, il a ensuite rétropédalé en précisant qu’il avait «utilisé un langage dur, mais que ce ne sont pas les mots utilisés». Il a ajouté, dans cette même ligne que le programme DACA (Deferred Action for Childhood Arrival) dont bénéficient 690.000 jeunes mineurs entrés illégalement sur le territoire américain qu’il avait abrogé en septembre 2017 serait réactivé alors qu’il avait donné un délai allant jusqu’au 5 mars 2018 pour trouver une solution de compromis.

Cri de ralliement
Une mise au point de rétractation démentie formellement par un parlementaire présent à cette réunion, le sénateur démocrate Cory Booker. Enfin, le locataire de la Maison blanche a cru bon d’en ajouter une couche en déclarant: «Je ne suis pas raciste». Comment réagir? Le plus prompt dans la classe politique française a été sans aucun doute Jack Lang, ancien ministre et président de l’Institut du Monde Arabe: «C’est un cri du coeur, un cri de révolte après ce qu’il a dit sur les Haïtiens, les Salvadoriens et les pays africains. J’ai envie qu’en dise dans le monde entier: “Président de merde”, comme un cri de ralliement contre ce personnage humiliant et offensant». Et de réitérer sa solidarité avec ces pays qu’il aime en concluant: «Trump, un xénophobe et un raciste maladif».

Ailleurs, dans notre continent, la colère et l’indignation explosent. Le groupe africain des représentants des 54 États membres de l’ONU a exigé des «excuses» et condamné des «propos racistes». Il a exprimé aussi sa profonde préoccupation à propos de la tendance continue et grandissante de l’administration américaine vis-àvis de l’Afrique à «dénigrer le continent et les gens de couleur». Le président sénégalais Macky Sall a fait convoquer l’ambassadeur américain pour lui faire notifier une note de protestation; d’autres pays ont emprunté cette même procédure.

Et après, dira-t-on? Trump ne présentera pas d’excuses, il faut bien s’en convaincre, mais le mal aura été fait: il a gravement porté atteinte à la dignité des peuples africains. Leurs responsables peuvent-ils se défausser d’une telle qualification? Voire. Les potentats, les présidents réélus, violant la constitution pour de nouveaux mandats, au centre d’un système de prédation et de corruption portent une lourde responsabilité dans l’état de leurs pays respectifs et plus particulièrement dans l’exode de leurs concitoyens vers l’Occident. En retour, Washington est partie prenante dans ce sombre tableau parce que le soutien n’a pas manqué, pour des raisons géostratégiques ou économiques, à de tels dirigeants locaux.

A se tourner maintenant vers Trump, connaît-il l’Afrique? Peut-il situer sur une mappemonde quelques pays, à part l’Égypte ou l’Afrique du Sud? Il vient d’être mis en cause par le livre du journaliste Michaël Wolff (Fire and Fury: Inside the Trump White House, Editions Henry Holt & Company) déjà vendu en quelques jours à des centaines de milliers d’exemplaires. Il a ainsi contre-attaqué avec fureur en livrant une bordée de tweets fustigeant pêle-mêle l’Iran, les Palestiniens, le Pakistan et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Il. Il a été fortement ébranlé par les révélations contenues dans ce livre: son instabilité, son «semi-illettrisme», ses humeurs et ses coups de sang, enfin son égo et son narcissisme. Et en réplique, il est allé jusqu’à cette outrance: «Je pense qu’on peut me qualifier non seulement de malin, mais de génie… un génie très stable, en outre!».

Capacités de prise de décision
Par ailleurs, l’état psychiatrique de Trump est à l’ordre du jour. Le professeur en psychiatrie à Harvard, Bandy Leo, a été ainsi longuement interrogé en décembre 2017 par une dizaine d’élus démocrates et un républicain au Congrès. Ils ont fait état de leur inquiétude et ils lui ont paru pratiquement terrifiés. Une situation qui a conduit Trump à effectuer un test sur sa santé mentale –le test cognitif de Montréal MoCA, un court questionnaire de dix minutes avec les points suivants: reconnaître un chameau, un lion; faire une soustraction (100-7), … un score maximal de 30/30 de portée limitée parce qu’il ne permet pas d’évaluer les capacités de prise de décision. Tout est-il réglé? Pas vraiment. Le comportement du président Trump va continuer à attiser les inquiétudes et les spéculations à Washington et dans le monde sur l’avenir de son administration, alors que lui s’autoproclame «un génie très stable»…

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