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Trois grandes personnalités algériennes s’insurgent contre le maintien de Bouteflika au pouvoir

L’appel de détresse

Condamnation sans appel du système Bouteflika. Rapine et dilapidation de la manne pétrolière, enrichissement illicite et mise en faillite d’un pays riche. L’entourage familial du président et les oligarques civils et militaires sont mis à l’index. Un 5ème mandat pour un homme impotent et incapable de s’exprimer est un délire dangereux.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Abdelaziz Bouteflika n’a jamais été aussi présent que depuis son accident vasculaire cérébral (AVC) survenu en 2013. L’enjeu ne porte pas sur son futur successeur à la présidence de l’Algérie, comme on pouvait facilement l’imaginer dans une république où l’alternance au pouvoir est une marque de fabrique et un gage de fonctionnement démocratique. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Il est plutôt question de savoir s’il ne faut pas maintenir Abdelaziz Bouteflika à la tête d’un pouvoir qu’il n’exerce plus. C’est même parce qu’il est si dramatiquement démuni physiquement et mentalement qu’il faut le préserver dans un cocon présidentiel totalement factif. Quitte à le faire concourir pour un 5ème mandat prévu pour 2019.

Appel d’opposition
Pour que cette absurdité surréaliste ne prenne pas corps et ne s’impose pas aux Algériens comme unique alternative, un appel d’opposition à cette perspective vient d’être rendu public. Il porte la signature de trois personnalités connues de la scène politique et militaire algérienne: Ahmed Taleb Ibrahimi, ex-ministre des Affaires étrangères et candidat à la présidence en 1999; Ali Yahya Abd Ennour, ancien ministre et doyen des militants des droits de l’Homme; et le général à la retraite Rachid Benyallès, ancien chef des forces navales.

On aura remarqué que les domaines où ces opposants ont déjà exercé et accumulé une expérience certaine sont constitutifs de la problématique algérienne: les atteintes chroniques aux droits humains fondamentaux; l’implication de l’armée, composante intéressée par les grenouillages et les enrichissements illicites; à ces deux points marquants, il faut ajouter l’image que reflète l’Algérie depuis les grandes tribunes internationales.

Le document commun évoque de façon brève, mais édifiante, les dégâts humains, matériels et financiers que l’Algérie a dû subir durant les vingt années ou presque de la présidence de Bouteflika. Le document mis en circulation dénonce le détournement et la dilapidation de la manne pétrolière; ainsi que les répercussions systématiques sur «l’épuisement annoncé des réserves en hydrocarbures et la fonte des réserves de change». C’est là un aspect, estiment les signataires, «qui fait craindre le pire pour la survie de la population et la cohésion sociale». Au passage et comme attendu, ils évoquent et condamnent avec la vigueur convenue «les commissions faramineuses empochées et vite transférées ou gardées à l’étranger».

Une UMA mort-née
En fait, ces dérapages en continu et à tous les étages de la responsabilité publique, ne sont pas l’apanage exclusif de l’équipe à Bouteflika. Ils remontent à la période fondatrice de Houari Boumediene, suite au coup d’État de 1965, et qui ont marqué tous les gouvernements successifs à ce jour. Disons, pour ne pas paraître trop “injuste” à l’égard de ce natif d’Oujda, qu’ils se sont “juste” aggravés sous sa houlette. De toute façon, les auteurs de cet appel ne pouvaient laisser passer, par pertes et profits, l’idée d’un régime qui se serait subitement écarté des beaux principes de l’après indépendance. Le ver était dans le fruit, à la racine; avec des retombées tout aussi catastrophiques à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Ahmed Taleb Ibrahimi, qui compte une vie politique bien remplie, est bien placé pour le savoir. Il a été ministre des Affaires étrangères sous la présidence de Chadli Benjedid. Il a dû suivre, avec l’oeil d’un professionnel averti, les péripéties d’une structure maghrébine quasiment mort-née. L’UMA, un organisme porteur de tous les espoirs, sitôt exprimés, sitôt ensevelis.

Mépris pour le peuple
De même qu’il aurait pu prendre comme référence le modèle marocain d’encadrement de la question berbère; lui le militant du berbérisme algérien qu’il a essayé de défendre en tant que ministre de l’Éducation nationale, déjà sous Houari Boumediene. Pour le moment, c’est le passage obligé de la reconquête du pouvoir qui prime. Ce sont effectivement de gros intérêts de lobbies nationaux et étrangers qui sont en jeu. Ceux qui les détiennent feront tout pour les conserver, y compris mettre de nouveau en péril la paix civile du pays.

Pour le trio de signataires de l’appel, la réalité du pouvoir est détenue par une alliance d’intérêts communs, «l’entourage familial du président et un groupe de puissants oligarques » où l’on retrouve des carriéristes civils et des militaires convertis dans la haute finance de Suisse et d’ailleurs. C’est dans ces milieux qu’il faut chercher ceux qui veulent imposer pour un 5ème mandat un homme impotent et incapable de s’exprimer. Arrogance et mépris pour le peuple algérien. Et de conclure que «pour éviter le naufrage et sauver ce qui peut l’être encore, nous devons taire nos divergences culturelles, linguistiques et politiques pour crier à l’unisson: ça suffit».

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