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Trente ans plus tard, l’affaire du meurtre de la fillette inconnue est élucidée

Un nouvel appel à témoin avait été lancé en 2012 pour tenter d’identifier la fillette.

Inass, la petite martyre de l’autoroute A10, enfin identifiée

Triste affaire. Inass, c’est son prénom, la fillette d’origine marocaine découverte mutilée au bord de l’autoroute un jour du mois d’août 1987. L’obstination des enquêteurs à tirer au clair ce mystérieux dossier n’a pas fléchi durant 30 ans. Les détails.

Le 11 août 1987 à 15h20, le corps d’une enfant de 4 ans était découvert abandonné derrière la glissière de sécurité de l’autoroute, au bord de l’autoroute A10 près de Blois, une commune française, chef-lieu du département de Loir-et-Cher, dans le centre de la France. Le signalement donné par la gendarmerie et la justice n’a pas servi à grand’ chose: 95 centimètres, 20 kg, cheveux bruns bouclés, yeux noirs, âgée de 3 à 5 ans, d’origine maghrébine, habillée en robe bleu et blanc à carreaux, d’après les médecins légistes. Pendant 30 ans, son identité était restée inconnue.

Une course contre le temps
Une simple couverture dissimule les traces des sévices que la fillette a subis. Les expertises révèlent des traces de brûlures à l’aide d’un fer à repasser, des fractures non consolidées, ainsi que des cicatrices et des plaies, vraisemblablement provoquées par la mâchoire d’une femme. Le mystère a couvert cette affaire jusqu’à ce 12 juin 2018, quand les gendarmes de la section de recherches d’Orléans ont finalement retrouvé ses parents, qui ont été mis en examen, étant poursuivis pour le meurtre de leur fille. La fillette a un prénom et un nom: Inass Touloub. C’est peut-être l’enquête policière élucidée la plus longue de l’Histoire.

Mais comment la justice et la gendarmerie françaises ont gardé ouverte cette affaire durant tout ce temps? Après la découverte du cadavre non identifié, l’enquête préliminaire dure un an, diligentée par Pierre Bouyssic, alors premier substitut au TGI de Blois. À l’été 1988, avant de quitter ses fonctions, il ouvre une information judiciaire. Le juge Georges Domergue prend le relais. Avec les enquêteurs de la section de recherches de la gendarmerie de Blois, il lance une large campagne d’affichage pour tenter d’identifier la petite victime. Ils recevront 300 appels. Le visage est tellement abîmé, notamment par une morsure humaine à la joue. Jusqu’à ce mois de juin 2018, elle n’avait pas de nom. Cette fillette de quatre ans, découverte en 1987 dans un fossé à Suèvres (Loir-et-Cher), était simplement surnommée la «petite martyre de l’autoroute A10». D’ailleurs, c’est ce qu’on lisait sur sa tombe sur laquelle certains citoyens français se recueillaient régulièrement. Durant des années, les enquêteurs de la section de recherche d’Orléans ont essayé de l’identifier en visitant près de 65.000 écoles à chaque rentrée scolaire. Ce n’est pas tout. Ils ont diffusé son signalement en France et dans plus de 30 pays. En sus de cela, sa photographie a été placardée dans tous les lieux publics. Sans succès.

ADN non identifié
Le 12 juin 2018, ils ont interpellé ses parents et les ont placés en garde à vue. Deux jours plus tard, ils étaient mis en examen pour meurtre, recel de cadavre, violences habituelles sur mineur de moins de 15 ans. Le procureur de la République de Blois, Frédéric Chevallier, revient sur les déclarations du père lors de sa garde à vue, accusant sa femme d’être «violente» avec lui et avec leurs filles. «Le papa a expliqué qu’il a vécu un enfer avec son épouse, que celle-ci était violente à son égard comme à l’égard de ses trois filles et qu’il avait peur de sa femme et qu’il vivait sous sa domination. Le 19 août [1987], lorsqu’il est rentré chez lui, il a constaté le corps sans vie de sa petite fille. Il dit qu’il a été suffisamment lâche pour ne pas faire autre chose… Quant à la maman, elle a indiqué, à son tour, qu’elle était victime de violence de la part de son mari et qu’elle n’était pas impliquée dans la mort de sa fille», a-t-il affirmé. La question qui a taraudé l’esprit de ceux qui viennent de découvrir cette affaire mystérieuse ou qui la suivaient depuis son éclatement, est comment les enquêteurs ont-ils pu retrouver les parents, près de 31 ans plus tard? En vérité, les enquêteurs ont exploité un prélèvement ADN opéré sur son frère en 2016.

Mais comment ont-ils retrouvé son frère? Les gendarmes de l’époque ont conservé la couverture dans laquelle la petite était enroulée et ses vêtements, dans des conditions optimales, qui ont permis d’effectuer plusieurs analyses dans différents laboratoires. En 2007, on découvre l’ADN des parents de la fillette. Puis, en 2013, on va découvrir un ADN masculin inconnu, qui s’avérera être celui de son frère. Il est alors intégré au Fnaeg (Fichier national automatisé des empreintes génétiques), en tant que trace non résolue.

Fin 2016, le frère de la petite Inass, impliqué dans une affaire de violence, est placé en garde à vue par les gendarmes. Son ADN est prélevé et fiché en 2017. C’est à ce moment là qu’on va se rendre compte qu’il correspond avec l’ADN inconnu prélevé sur la couverture qui enveloppait le cadavre de la petite fille découverte le long de l’A10, et qui avait été intégré dans la base en 2013. Par la suite, les gendarmes vont mener une enquête classique le concernant, et ainsi remonter jusqu’à ses parents, qui sont aussi ceux de la petite.
Le Fnaeg renferme près de 500.000 ADN non identifiés. Parmi eux se trouvent ceux des auteurs mais aussi sûrement les ADN de policiers, de gendarmes ou de pompiers qui sont intervenus sur place. Il y a aussi des empreintes génétiques de personnes qui sont passées par là et qui n’ont peut-être rien à voir avec l’affaire.

Obstination payante
En France, le code de procédure pénal stipule que les auteurs de près de 200 infractions -notamment les crimes ou les viols- puissent faire l’objet d’un prélèvement d’ADN. Cet ADN est intégré au Fnaeg et est ensuite comparé avec les traces non résolues. C’est ainsi que cela s’est passé avec le frère d’Inass. Ce qui est merveilleux dans cette macabre affaire et heureuse fin, c’est qu’elle a été élucidée grâce à l’obstination des enquêteurs et de la justice française, qui n’a pas fléchi trente ans durant.

Au fil des années, des magistrats ont passé le relais à d’autres magistrats, des gendarmes à d’autres gendarmes. Le risque était que le meurtre soit un jour prescrit, étant donné que le délai de prescription pour les crimes est de 20 ans.
Tous les gendarmes passés par la section de recherche (Loiret) soutenus par les magistrats de Blois étaient décidés à poursuivre l’enquête jusqu’à voir le bout du tunnel. Ils ont fourni des efforts inlassables pour que l’affaire reste ouverte. Et c’est grâce à eux que la martyre de l’Autoroute A10 a désormais un nom. Qu’elle repose enfin en paix!.

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