Dépêche
GCAM
Accueil » Sports » Tennis : le duel Federer-Nadal

Tennis : le duel Federer-Nadal

©ph:AFP

Mars 2004, Roger Federer débarque à Miami après un début de saison tonitruant avec son 2èmetitre du grand chelem à l’open d’Australie, ses titres à Dubaïet Indian Wells avec à la clef la 1 ère place mondiale. Il est le nouveau patron incontesté du circuit à l’âge de 23 ans. Exempté du 1er tour, il affronte un jeune espagnol de 17 ans au 2ème tour… Rafael Nadal. À ce moment, personne n’aurait imaginé un seul instant que son duel avec celui que l’on nommera par la suite, le taureau de Manacor, devienne la confrontation la plus passionnante de l’histoire du jeu (une sorte de classico du tennis) et source également de frustrations, d’incompréhension et de situations parfois dramatiques. Je m’explique :au passage, Federer s’inclina sèchement face au jeune espagnol ce jour-là sur un score sans appel 6-3 6-3 ! Rien d à priori grave pour le numéro 1 mondial, et pourtant…
La suite de l’histoire allait démontrer un très net avantage de l’espagnol sur le maestro suisse, considéré dès 2009 comme le plus grand joueur de tous les temps (Federer). Alors comment expliquer une telle situation alors que Federer avait dit lui-même avoir créé un monstre, une machine à gagner, qui se déjouait de ses adversaires avec élégance, classe et un niveau de jeu stratosphérique ?
Plusieurs raisons expliquent cette anomalie, à savoir :
Dès leurs premières confrontations, Nadal a vite décelé une « faiblesse » chez le suisse, celle de pilonner son revers à une main avec son coup droit ultra puissant de gaucher en lui imprimant un effet lasso, un lift extrême. Ceci se matérialise par une balle très lourde qui gicle et rebondit très haut à hauteur de l’épaule de Federer, ce qui empêche ce dernier de développer son jeu et finit par causer un nombre incalculable de fautes directes et de la frustration, une sorte de cercle vicieux.

L’avantage psychologique :
À force de buter sur ce plan de jeu,que je considère comme unidimensionnel et peut être un peu bête et méchant, Federer a par moments, enregistré des défaites sèches et amères face à sa bête noire. Les meilleurs exemples qui me viennent à l’espritsont le crève-cœurde la finale de l’open d’Australie2009 lorsque Federer alterna entre l’injouable et le mauvais, offrant la 5ème manche à son adversaire et s’effondrant lors du speech de remise des trophées en disant « Oh My God it’s killing me » (Oh Mon Dieu ça me tue) ou encore la finale du Masters 1000 de Rome en 2006 ou Federer mena 4-1 puis 5-2 au 5ème set et même obtenu deux balles de match gâchéesde manière surprenante.
Ainsi, même pendant la période où il survolait la planète tennis en marchant sur l’eau (2004-2007), Federer a développé un complexe terrible vis à vis de Nadal comme en témoignent ses 4 défaites en 2006 à Dubaï, Monte Carlo, Rome et Roland Garros alors que cette année peut facilement être considérée comme la plus dominée de l’histoire du jeu, Federer ayant remporté 12 trophées, 82 rencontres pour 5 défaites seulement, le petit chelem (3 grands chelem sur 4), le Tournoi des maîtres de fin d’année et atteint la finale de Roland Garros.

Les face à face Federer/Nadal sont globalement équilibrées sur surfaces rapides mais il n’ya pas photo sur terre battue, Nadal étant un véritable gladiateur porte d’Auteuil. Sa domination sur la surface ocre ne souffre d’aucune contestation tellement Rafa écrase la concurrence et ses 10 titres à Roland Garros en sont la parfaite illustration. Il est ainsile seul joueur de l’histoire à avoir glané 10 titres dans un même tournoi du grand chelem, soit 2 de plus que son illustre aîné à Wimbledon. D’ailleurs, son carnage porte d’Auteuil en finale en 2008 avait tellement traumatisé Federer que ce dernier finit par céder sa couronne à Wimbledon le mois suivant au bout d’un combat titanesque de 4 h 50 sur le score étriqué de 9 jeux à 7 dans la dernière manche.

Sur terre battue, sur l’ensemble de leurs duels, Nadal mène 13-2, ce qui fait largement pencher la balance en sa faveur dans letête-à-tête global (23-15 actuellement).
Pour résumer la situation, les fans de Federer (y compris moi-même) ont énormément souffert durant ces 13 dernières années où nous assistions, impuissants, à un Federer incapable de relever le défi ultime que représentait Nadal.

Durant toute une décennie, les sentiments de déception, de frustration et parfois de colère chez les fervents supporters ont prévalu et nous commencions à perdre espoir quant à la capacité de Federer de redresser la barre. Je me posais sincèrement la question suivante : Comment espérer que Federer répare cette injustice alors que son niveau de jeu et sa condition physique commençaient à décliner de manière significative avec l’âge d’autant plus que Nadal est de 5 ans son cadet?

À partir de la saison 2014, Roger Federer a entamé une opération commando qui lui a permis non seulement de retrouver la 2ème place mondiale mais surtout, au grand bonheur de ses nombreux fans dans le monde, réussi à inverser la tendance avec sa bête noire. Ce qui semblait impossible il y a 10 ans arriva pour Federer et à l’âge de 36 ans s’il vous plaît ! Je crois vivre un véritable conte de fées : Rafael Nadal est l’actuel numéro 1 mondial mais vient de subir 4 défaites consécutives en 2017 face à Federer dont une finale de grand chelem et une autre en Masters 1000. Mieuxencore, tenez-vous bien, il reste sur 5 victoires de rang face à l’espagnol et sa dernière défaite contre lui remonte à janvier 2014. Oui Monsieur ! Quel bonheur d’assister à cette résurrection et quel bonheur d’être le témoin privilégié de la réparation d’une injustice qui m’a tellement fait mal par le passé. Surement, Roger Federer repoussera davantage l’âge de sa retraite pour que nous puissions tous profiter encore un peu plus de ses partitions.

Contribution de Omar Chlyah

NEWSLETTER MAROC HEBDO.

Entrez votre adresse e-mail

S'abonner à  la Newsletter !