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Le système Bouteflika au bord de l’implosion

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En révélant que l’Algérie n’excluait plus de recourir à l’emprunt extérieur, le ministre des Finances algériens en a dit beaucoup sur la situation d’un pays qui paie les choix politiques de la junte au pouvoir.

Du 10 au 13 de ce mois de février 2018 s’est tenu dans la cité-État de Dubaï, aux Émirats arabes unis, le troisième Forum arabe sur les finances publiques. Un événement auquel, en tant que ministre marocain de l’Économie et des Finances, a pris part Mohamed Boussaïd; mais c’est en fait, contrairement à l’habitude, un des homologues étrangers de ce dernier, en l’occurrence l’Algérien Abderrahmane Raouya, qui a le plus fait couler d’encre dans les médias nationaux.

Risques de révoltes
Car en révélant que l’Algérie pourrait aller sur les marchés internationaux pour lever des liquidités, le ministre des Finances de la voisine de l’Est a jeté un pavé dans la mare. «L’emprunt ne pourrait pas être exclu l’année prochaine», a-t-il déclaré, dans des propos rapportés par l’agence de presse britannique Reuters. Pourtant, aussi bien le président Abdelaziz Bouteflika que ses premiers ministres successifs n’ont cessé ces dernières années, depuis que le prix du baril de pétrole a commencé à baisser -en juillet 2014-, de marteler qu’il n’en serait rien; l’emprunt extérieur étant même proclamé «interdit» par l’actuel Premier ministre, Ahmed Ouyahia; ce alors que l’Algérie n’a plus eu recours à ce type d’endettement depuis le milieu des années 2000 (elle s’était alors mise d’accord avec ses créanciers pour leur rembourser, de façon anticipée, les quelque 7,9 milliards de dollars qu’elle leur devait). M. Ouyahia avertissait même le 14 avril 2017 à Skikda (nord-est), alors en pleine campagne législative, de «problèmes plus grands» si le gouvernement algérien venait à contracter des dettes extérieures.

«L’Algérie doit éviter de retomber dans l’erreur commise dans les années 1980», avaitil défendu, en référence à la crise qu’avait alors connue la voisine de l’Est en raison (déjà) de la baisse du prix du pétrole et qui avait conduit en octobre 1988 à des manifestations dans tout le pays -au moins 159 morts et 154 blessés du propre aveu de la junte algérienne- suivies de la guerre civile à partir de janvier 1992. Il semble donc que M. Ouyahia ait, depuis son passage, le 15 août, au palais du gouvernement -en lieu et place d’Abdelmajid Tebboune, débarqué sous pression du milieu des affaires-, mis de l’eau dans son vin. Mais avait-il en vérité le choix? Car plus que jamais, les réserves de change algériennes se réduisent comme peau de chagrin. A fin 2017, elles s’établissaient à 97,3 milliards de dollars selon des chiffres communiqués trois jours après la déclaration de M. Raouya, lundi 12 février, par le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal.

L’importation suspendue
Le gouvernement vient ainsi de décider, pour endiguer la fonte de ses réserves, de suspendre l’importation depuis début janvier, au titre de la loi des finances, de quelque 851 produits allant des fruits secs aux téléphones mobiles en passant par les papiers, le ciment et les détergents. La liste des marchandises soumises à la taxe intérieure de consommation (TIC), au taux de 30%, avait en outre été élargie pour 10 familles de produits finis, en plus du relèvement des droits de douanes, pouvant atteindre 60%, pour 32 familles de produits finis.

S’inquiétant, le 12 mai, des défis «considérables » auxquels est d’après lui confronté le pays, le Fonds monétaire international (FMI) avait lui-même considéré, dans un rapport publié à l’issue d’une visite de consultations de deux semaines dans le pays, l’emprunt extérieur comme un moyen de réduire plus progressivement les dépenses algériennes. «Compte tenu des niveaux d’endettement relativement faibles de l’Algérie, les services du FMI estiment que le pays pourrait réduire ses dépenses d’une façon plus progressive, ce qui aurait moins d’impact sur la croissance et l’emploi,» avait-il argumenté.

L’emprunt suffira-t-il cependant à aider le pays à enrayer la spirale où il se trouve? En vérité, le mal semble plus profond qu’il n’y paraît, et ce, même si M. Bouteflika excipait de «réels progrès» dans un interview rendue publique le 19 janvier 2018 par le groupe britannique d’expertise économique Oxford Business Group (OBG), et qui par ailleurs est sa première depuis l’accident vasculaire cérébral (AVC) qu’il avait essuyé en avril 2013 (le président algérien cite les domaines de l’emploi, du logement, de la santé, de l’éducation et des services publics). Malgré l’adoption, en juillet 2016, d’un nouveau modèle de croissance économique visant à sortir du presque-tout-pétrole -94,8% des exportations à fin septembre selon les services de douanes-, l’Algérie reste encore peu attrayante en termes d’investissements, en raison d’un système bureaucratique à forte teinte socialiste.

La fin des subventions
Le déficit budgétaire, même s’il a reculé de moitié en raison de la hausse relative du prix du baril de pétrole au cours de l’année 2017, s’est ainsi établi à 795 milliards de dinars à fin septembre -près de 64 milliards de dirhams-, et était estimé en mai 2017 par le FMI à 14% du produit intérieur brut (PIB). Pour tenir le coup, le gouvernement avait puisé dans le Fonds de régulation des recettes (FRR), mis en place en novembre 1999 pour recueillir les excédents pécuniaires provenant des hydrocarbures, et qui s’est aujourd’hui complètement tari après avoir dépassé à un moment les 32 milliards de dollars de fonds.

M. Bouteflika voudrait, de fait, bien mettre fin au système de subventions, notamment celles des hydrocarbures -il s’était dit favorable, dans son interview à OBG, à des «réformes structurelles»-, et, à l’instar de ce que projette le Maroc, mettre en place des aides directes aux plus démunis; vraisemblablement à partir de 2019. «Ces réductions de subventions interviendraient dans le contexte de réformes visant à rendre le système plus efficace et plus favorable aux Algériens à faible revenu,» a ainsi expliqué M. Raouya à Dubaï. Osera-t-on cependant, au palais d’El Mouradia, aller jusqu’au bout? En tout cas, nos voisins semblent encore bien loin d’être sortis de l’auberge…

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