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Qui succèdera à Miriem Bensalah-Chaqroun ?

Des alliances se font à six mois de l’élection d’un nouveau président de la CGEM

A quelques mois des élections à la présidence de la CGEM, les alliances se font et se défont pour soutenir des candidats à la tête du patronat. Cette institution joue-telle encore son rôle de locomotive de la création d’emplois?

Pour l’heure, deux noms circulent dans les coulisses, en l’occurrence Khalid Benjelloun, ex-président de la commission PME; et Hakim Marrakchi, actuel vice-président de la confédération. Ces élections sont suivies tous les trois ans par les acteurs politiques et les pouvoirs publics avec beaucoup d’intérêt. La CGEM de 2017 compte dans la prise de beaucoup de décisions à caractère économique et socio-politique. Un véritable contre-pouvoir avec des contre-propositions pour tout ce qui concerne au moins la politique économique gouvernementale. Rien à voir avec la CGEM d’il y a 20 ans. «C’était une institution qui faisait de la figuration. Il y a vingt ans, du temps de Hassan Chami, l’administration consultait les fédérations de la CGEM mais n’attendait rien d’elles. C’était une pure comédie vis-à-vis de l’extérieur. On jouait la transparence et la démocratie. Mais, de l’intérieur, la CGEM n’avait aucune importance », confie un patron qui requiert l’anonymat.

Vers la fin de son premier mandat, la compétition entre Hassan Chami et Adnane Debbagh -un patron aux couleurs de l’USFP et président d’une fédération active de la PME qui émettait des messages critiques à l’encontre du gouvernement pour la présidence de la CGEM était houleuse et a fini par attirer l’attention sur la confédération. Aussi, l’interview accordée par Hassan Chami à un journal francophone a créé de vives tensions au sein d’un patronat déjà affaibli. Chami n’avait ménagé personne: Patrons rentiers, gouvernement sans réel pouvoir de décision, ministres aux mains liées, ingérence du politique dans l’économique, interventionnisme de l’Etat… Une sortie surprenante et inattendue du président de la CGEM qui a suscité de nombreux commentaires, alimenté les conversations mais qui a eu le mérite d’attirer les projecteurs sur cette «institution» avec laquelle il va falloir compter.

L’arrivée de technocrates issus du monde des affaires comme Driss Jettou et Salaheddine Mezouar, ex-président de l’Amith (association des industriels du textile et de l’habillement) donnera l’occasion au patronat d’avoir des interlocuteurs gouvernementaux attentifs à leurs doléances et revendications. La CGEM, qui renforce sa légitimité à travers une représentativité plus large et régionale, gagne davantage de poids avec les pressions exercées par les grands cabinets comme McKinsey ou encore les institutions financières internationales comme la Banque mondiale sur le gouvernement et qui demandaient d’accorder au secteur privé plus de poids et un droit de parole pour l’ériger en véritable contre-pouvoir.

L’élection en juin 2006, à la tête de la CGEM de Moulay Hafid Elalamy, actuel ministre de l’Industrie, de l’Investissement, du Commerce extérieur et des Nouvelles technologies, n’est pas passée inaperçue. Pragmatique avec un style directif (autoritaire), il a amélioré l’image de la CGEM. «La CGEM était un bon produit qui avait un mauvais packaging.» Il a donné de l’aura au patronat à travers un nouveau siège, le lancement de la Fondation CGEM et un rayonnement à l’international, notamment en France à travers les échanges avec le MEDEF, le patronat français, une place à la femme entrepreneure et un interlocuteur sérieux de l’administration.

Rayonnement à l’international
Mai 2009, une figure presque inconnue au bataillon monte au pinacle de la confédération patronale, en l’occurrence Mohamed Hourani, patron d’une PME montante dans le domaine des solutions informatiques à haute valeur ajoutée. C’était l’«anti-Moulay Hafid Elalamy». Hourani était calme et intelligent et avait un style consensuel et rationnel. Il cherchait toujours à impliquer tout le monde dans la prise de décision. C’était sous son mandat où s’est déroulé le vote sur la décision d’avoir des représentants de la CGEM à la deuxième chambre du Parlement. Le vote a fini par consacrer l’aval quasi unanime des fédérations de rentrer au Parlement et de participer à faire de la politique au lieu de jouer le rôle de contre-pouvoir.

Le règne de l’homme des consensus ne durera pas plus d’un mandat. Son style ne satisfaisait pas beaucoup de patrons habitués à voir des présidents téméraires. Le 16 mai 2012, une main de fer dans un gant de velours reprendra le flambeau. Première femme patronne des patrons, Miriem Bensalah- Chaqroun, une des riches héritiers du conglomérat Bensalah, donnait fausse impression. Derrière son charme était caché un style de management directif et autocrate, un peu à l’image de Moulay Hafid Elalamy. Mais les deux patrons avaient deux personnalités différentes.

Rupture avec les us et coutumes
Miriem Bensalah commence son mandat par un gros malentendu né de sa décision de publier les résultats d’une étude critique à l’encontre de la stratégie industrielle à une semaine des Assises de l’Industrie, présidées par le Roi. Moulay Hafid Elalamy ne lui pardonnera pas cet «excès de zèle» au moment inoportun car il s’est vu visé par ce geste.

Ce pas mal calculé lui coûtera des relations un peu tendues avec nombre de fédérations, notamment de l’automobile et l’aéronautique qui avaient besoin de gagner la confiance et l’appui de leur ancien «collègue» devenu ministre de l’Industrie. D’ailleurs, on lui reproche le fait de se concerter peu en ce qui concerne certaines décisions stratégiques. Mais il faut rendre à César ce qui lui appartient. Car sous le mandat de Miriem Bensalah, il fallait que la patronne des patrons compose avec un gouvernement islamiste dirigé par Abdelilah Benkirane.

Chose qu’elle a su gérer admirablement puisqu’elle s’est concertée avec l’ex-chef du gouvernement sur une pratique inédite et qui annonce une rupture avec les us et coutumes de la confédération. Les deux responsables ont convenu en effet de mettre sur pied des groupes thématiques composés de représentants des départements concernés et d’un représentant du chef du gouvernement et de la CGEM pour régler plus vite les problèmes de chaque secteur. Un exploit à mettre à son actif. Et, malgré tout ce qui a été dit, elle a pu faire deux mandats successifs.

Elle a aussi marqué ces deux mandats par une présence et une proximité inhabituelle dans tous les périples du Roi à l’étranger, notamment en Afrique. Ce qui a conféré, en vérité, un rôle de premier plan au secteur privé dans la diplomatie économique royale africaine et a fait gagner au patronat du poids, l’érigeant en une institution incontournable avec laquelle l’administration devrait compter. Celle-ci a bel et bien compris son intérêt à se concerter et à collaborer avec la CGEM avant le lancement de tout projet impactant le secteur privé, de près ou de loin. Pour preuve, les rounds de concertation avec les opérateurs économiques qui ont précédé l’annonce de la mise en place de la flexibilité du change (décision reportée sine die par le gouvernement).

Frileux à la prise de risque
Mais, tout compte fait, le rôle de contre-pouvoir de la CGEM devait s’accompagner d’un rôle de dynamiseur de la machine économique en consentant, en contrepartie d’incitations et de concessions gouvernementales, des investissements pourvoyeurs d’emplois. Or, et c’est là où le bât blesse, ces dernières années ont été décevantes en termes de dynamique d’investissements. Le capital est frileux, dit-on. Les opérateurs économiques, du moins ceux d’entre eux qui investissent encore, concentrent leurs investissements dans l’axe Casablanca-Kénitra. L’argent fuit là où le risque s’installe.

Le risque de gagner moins ou de se voir perdre même ses biens personnels. «Les opérateurs économiques prennent moins de risque car ils déplorent la non flexibilité du code du travail qui donne systématiquement raison à l’employé. C’est un peu l’école française. Puis les patrons ne sont pas appuyés par l’Etat à travers la garantie de leurs crédits bancaires. Car quand le projet rencontre des difficultés, l’entrepreneur risque de perdre ses biens personnels pris en hypothèque pour l’octroi du crédit», souligne un ancien membre de l’équipe de Hourani et de Moulay Hafid Elalamy.

Le gros problème au Maroc, estiment certains observateurs, c’est que le patronat veut pouvoir licencier plus facilement, une baisse des charges, ne pas augmenter les salariés, sans prendre de risques et sans créer assez d’emplois. Ce «contre-pouvoir » a joué tellement bien son rôle ces dernières années au point que les pouvoirs publics l’ont introduit dans le jeu politique.

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